« Il a des rouflaquettes/Un costard à carreaux », chantait Renaud, en parlant de son beau-frère, dans « Mon Beauf » (1981), comme pour montrer, à la manière d’un Balzac des années Mitterrand, que l’apparence dudit beauf entrait largement en ligne de compte dans l’expression de son caractère… et, au passage, que le costume à carreaux était, sans ambiguïté possible, un signe certain de la vulgarité, de la connerie et du mauvais goût de ce brave homme « imbécile et facho, mais heureusement cocu ».
Est-ce à cause de cela que le costume à carreaux a mauvaise presse ? Peut-être. Il doit y avoir aussi, dans cette affaire, une désaffection plus générale envers les costumes à motifs : de nos jours, l’idéal paradoxal de la sape, dans une société qui glorifie jusqu’à l’absurde la singularité des individus, c’est de ressembler à tout le monde. Mettre sa vie de merde sur Insta comme si on était Donald Trump, croire que ses posts sur X énoncent des vérités éternelles, mais surtout, surtout, ne pas risquer de sortir des rangs quand on va bosser. Dans l’opinion commune, le costume rayé fait mafieux ou trader, le costume à carreaux fait beauf ou clown. Et puis voilà.
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Pourtant, les contre-exemples ne manquent pas. Le motif prince de Galles est probablement le plus connu : le duc de Windsor, ex-prince de Galles puis ex-roi d’Angleterre, lui a donné son nom définitif. Son motif vient en réalité d’Écosse, comme beaucoup de trucs quadrillés, et il porte originellement le nom de Glen Urquhart. Pour les curieux, Urquhart est aujourd’hui un château en ruine des Highlands, ainsi que le nom du personnage principal de la série House of Cards, la vraie, celle de la BBC. Presque ton sur ton, souvent gris clair, plus rarement bleu marine, il a une sacrée gueule et trimballe une certaine décontraction insolente. Voyez par exemple James Bond (Sean Connery) dans Goldfinger (1964), avec un impeccable trois-pièces prince de Galles, en train de boire des martinis dans la villa de son ennemi, avant de chopper Pussy Galore (Honor Blackman) dans la paille d’une grange attenante. Même leçon de style, dans la même saga, pour George Lazenby dans Au Service secret de sa majesté (1969), qui feuillette négligemment un numéro de Playboy, vêtu d’un impeccable prince de Galles lui aussi, en attendant qu’une machine électronique ouvre à sa place le coffre qui contient les secrets du Spectre. Et, bien sûr, comment ne pas penser au costard de Thomas Crown (Steve McQueen), dans le film éponyme (1968) : c’est en prince de Galles, lui, aussi, Persol en écaille sur le nez, qu’il ramasse les sacs de billets déposés dans un cimetière, avant de les charger dans le coffre de sa Rolls.
Plus démonstratif, il y a les larges carreaux fenêtre. Très stylés mais pas forcément faciles à porter, ils requièrent une indifférence souveraine au jugement d’autrui, notamment dans le cas des vestes de chasse britanniques – kaki ou moutarde avec des carreaux orange ou mauves (honnêtement, dur à jouer quand on ne chasse pas la grouse à Balmoral, pour le coup). Un bon moyen terme est probablement le costume classique à « carreaux craie », si toutefois l’expression existe. Voyez le napolitain Luca Rubinacci ou, en France, les cousins Cifonelli. En tous les cas, puisque porter un costume de nos jours est déjà, en soi, un acte politique, évidemment que c’est cool d’en rajouter un peu. Et se faire traiter de beauf par un bourgeois en perfecto, franchement c’est pas bien grave.





