Ils le font tous, à chaque échéance présidentielle, faisant fi de l’inévitable passage au pilon auquel ils s’exposent. C’est l’inévitable « confession politique » censée donner le « la » d’une campagne. Mélenchon est coutumier du fait, avec quelques navrantes originalités (comme un pamphlet anti-allemand complètement délirant, Le Hareng de Bismarck, trouvable dans toutes les bonnes ressourceries). Le voilà de retour avec Faites Mieux, dernière pièce de son édifice intellectuel. Enfin, « intellectuel » n’exagérons rien. Pour commencer, Mélenchon se contente de coller entre elles, avec une approximation de cancre, quelques pages Wikipédia sur les grosses problématiques du moment : surpopulation, réchauffement climatique, sans oublier le fameux « anthropocène », concept initié par les collapsologues et utilisé désormais à tort et à travers par tous les think tanks en carton-pâte et tous les consultants en green washing de France et de Navarre.
Ils le font tous, à chaque échéance présidentielle, faisant fi de l’inévitable passage au pilon auquel ils s’exposent.
Dans cette très longue première partie, Mélenchon tente difficilement d’articuler sa pensée autour du concept de « mise en réseau » du monde (en oubliant probablement que Deleuze et Baudrillard l’ont fait il y a 50 ans), ce qui lui permet au passage de nous livrer quelques pensées très profondes : « En réalité, les réseaux formatent les besoins. Ils les spécifient. Comme la pelle crée la pelletée. » Bien vu, Sherlock !
Tout ça pour quoi? Pour asséner en deuxième partie une de ces glorifications du « peuple » dont il a le secret, copié-collé de ses discours récents, évoquant pêle-mêle quelques moments oubliés de révoltes citoyennes, comme Occupy Wall Street (qui a eu l’effet d’un pétard mouillé) ou le suicide par le feu, en Tunisie, de Mohamed Bouaziz, qui a initié le Printemps arabe (avec le succès que l’on sait). Bon, d’accord, et après ? « Je ne voudrais pas faire de l’“événement fortuit” la baguette magique de l’histoire au service des révolutionnaires en attente de grands bouleversements » nous précise brusquement le Lider Massimo, comme flairant déjà l’inévitable critique… c’est pourtant bien ce qu’il fait, et sans aucune nuance. Pour le reste, on est terrain connu: après cette mise en place laborieuse, Mélenchon s’offre une troisième partie forcément réparatrice dans laquelle il détaille l’habituel catéchisme de sa révolution citoyenne, thème par thème (la mer, l’espace, les scoubidous…) et avec la grâce d’un rapport d’entreprise.
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Mais toujours en arborant cette nouvelle casquette, décidément très à la mode, de psycho-cogniticien des foules, ce qui lui permet quelques digressions complètement lunaires, comme celle où il évoque son « hamac en Colombie », situé « à côté d’un manguier où jacassent des dizaines de perruche ». Et de se lancer dans une comparaison comportementaliste (décidément, toujours ce vieux réflexe gauchiste qui consiste à tout ramener à la biologie) qui lui sert à éclairer le concept ultra-fumeux de « méta-réseau » et de « murmuration ». À ce niveau de grotesque, c’est presque de l’art.

FAITES MIEUX ! VERS LA RÉVOLUTION CITOYENNE, JEAN-LUC MÉLENCHON, Robert Laffont, 352 p., 20 €





