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Le marqueur est-il droite ?

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Publié le

4 novembre 2024

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Radio France nous apprend que « le plastique n’est pas un bon marqueur de l’entrée dans l’Anthropocène »*. Un site marocain affirme que le maté est un marqueur identitaire argentin et Le Figaro pense pouvoir affirmer, en juin 2024, que « l’Ukraine s’impose comme marqueur dans les rapports de force européens. » Je me souviens avoir entendu un chef étoilé parler des marqueurs de la blanquette, pour juger d’une blanquette réinventée (et sans doute sublimée au passage), ce qui n’avait rien à voir avec le fait de marquer la viande.

Le marqueur est une marque distinctive et un repère, comme ces marques que les forestiers apposent sur les arbres, qui distinguent ceux qui sont à abattre (on appelle d’ailleurs marqueur celui qui marque). On sent que la prolifération médiatique des marqueurs en tout genre procède plus de l’abattage que de la distinction : ce qu’on repère, c’est ce qui permet d’identifier facilement au sens où cette identification est une réduction identitaire.

Lire aussi : Le tarabiscot est-il de droite ?

Le marqueur fonctionne comme cette fléchette anesthésiante projetée sur l’animal qu’on veut capturer : une fois plantée la banderille, l’animal n’est plus que cette proie terrassée ou ne peut plus jouer que le rôle qu’on lui assigne socialement et qui pourtant ne le résume pas, ne le définit même pas ; quand Laurent Fabius dit que la solidarité est un marqueur de gauche (Le Monde, 2002), il annexe la chose sans rien démontrer et écrase les mots de Giscard (frémissons). Les scrutateurs observent avec leurs viseurs filtrants leur environnement et repèrent les marqueurs, lumineux points rouges qui désignent leurs cibles : « homme déconstruit » signale le gauchiste, « réduction des dépenses publiques » pointe le droitiste, on peut faire feu.

La principale qualité des marqueurs, on le voit, est d’économiser toute réflexion un peu sérieuse et de prévenir toute empathie dangereuse

La principale qualité des marqueurs, on le voit, est d’économiser toute réflexion un peu sérieuse et de prévenir toute empathie dangereuse. Si je repère un marqueur, je n’ai pas besoin de découvrir, d’analyser, de comprendre, d’argumenter. On ne s’étonnera donc pas que l’Ukraine marque singulièrement les partis populistes, selon Le Figaro. Le marqueur aime apposer partout ses marques, qui fonctionnent comme autant de pompes à vide, vidant les choses marquées de leur substance pour n’en plus garder que la portion réduite à la taille de son intelligence.

Résumons-nous. Le marqueur est à la fois un signe distinctif et celui qui appose ce signe. La distinction apposée abolit tous les autres caractères intrinsèques à ce qui est marqué au profit de la caractéristique exogène imposée par le marqueur. Superficiel, exclusif, réducteur, accapareur et accusatoire, le marqueur est donc de gauche. Méfiez-vous de ce que son usage révèle.

*Pour ceux que la question angoisse, le bon marqueur serait les produits des retombées des essais nucléaires qui ont eu lieu dans l’atmosphère au début des années 60. Et aussi l’aluminium, le béton, le plastique, quand même, les nitrates et Annie Ernaux, contemporaine et participant de toutes ces proliférations artificielles.

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