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Le mois d’un mot : culpabilité

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Publié le

30 septembre 2026

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Comme nous l’a enseigné Edmund Burke, il faut savoir regarder en arrière pour pouvoir affronter l’avenir avec sérénité. Retour sur l’actualité du mois dernier, qui peut se résumer en un mot : culpabilité.
© DR

Le 4 septembre, deux informations déchirent le ciel médiatique. Aux États-Unis, le procès de Lindsay Clancy, cette jeune femme qui a reconnu avoir étranglé ses trois enfants, est ajourné, le jury s’étant déclaré dans l’incapacité de prononcer un verdict. Le procès aura duré cinq semaines, auditionné 80 témoins et fasciné le monde entier.

Le même 4 septembre, l’université anglaise de Cambridge annonce l’ouverture d’une enquête sur les dysfonctionnements ayant conduit au décès de Jason Arday. Ce professeur en sciences de l’éducation avait démissionné après que la presse eut révélé ses plagiats et affabulations. Le 17 août, il était retrouvé mort chez lui, probablement suicidé.

Jason Arday était célèbre. Pour preuve : la publication de ses mémoires dans le monde anglo-saxon, ainsi que les interviews et documentaires réalisés de son vivant. Personne ne questionnait les fables d’Arday. Autiste, mutique jusqu’à 11 ans, analphabète jusqu’à 18 ans, il entrait bientôt à l’université, accomplissait un doctorat et devenait en 2023 le plus jeune professeur noir de Cambridge. Trajectoire fulgurante malgré un dossier médical insensé : épilepsie, coma, tumeurs au cerveau… Ces tuiles n’ont pas freiné son engagement humanitaire : pour les sans-abri, il a couru 30 marathons en 35 jours. Tout ça, et plus encore, jusqu’à ce que les preuves de plagiat dans ses travaux de recherche jettent le soupçon sur tous ses boniments.

Arday, titulaire d’une chaire à Cambridge, était un imposteur. Qui est responsable de sa fin tragique ? Lui-même ? Ceux qui ont révélé ses mystifications ? La presse qui les a relayées ? Cambridge, qui l’a porté aux nues, au mépris de toute rigueur académique, à seule fin de peaufiner son image d’université inclusive et diversitaire ?

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Clancy/Arday : ces deux tragédies distinctes ont déclenché une mobilisation idéologique qui, dans un cas comme dans l’autre, brouille la notion de culpabilité.

Lors du procès Clancy, on apprend que la jeune mère, après avoir envoyé son mari chercher de quoi dîner chez un traiteur, a étranglé ses trois enfants – Cora 5 ans, Dawson 3 ans, Callan 8 mois – l’un après l’autre, avec des bandes élastiques de fitness. Selon le procureur, l’accusée a agi « intentionnellement, rationnellement et prestement » et mérite la perpétuité. Selon la défense, victime d’une psychose post-partum qui la privait de discernement, Lindsay n’est pas pénalement responsable.

Devant le tribunal, 400 féministes en rose ont brandi des pancartes « Justice pour Lindsay », « Tous avec Lindsay ». Les coupables ? Le système de santé qui néglige les souffrances de la maternité, en un mot le patriarcat. La victime ? Lindsay Clancy. Des trois petits, il n’était guère fait mention. Le crime surpasse le forfait mythique de Médée qui égorgea ses deux enfants. Mais l’alarme est ailleurs. Une cagnotte, destinée à soulager les finances des parents de l’inculpée venus assister au procès, a récolté 1,2 million de dollars.

Pour Jason Arday, une veillée à Trafalgar Square a réuni 30 000 personnes et donné à entendre les prêches d’orateurs qui condamnaient un lynchage médiatique à caractère raciste et exigeaient une nouvelle loi pour encadrer la liberté de la presse. Des journalistes contris ont posté des vidéos d’excuses publiques. Ils se sont excusés d’avoir relayé la vérité.

Lindsay Clancy et Jason Arday, victimes systémiques de l’oppression mâle ou blanche, sont-ils responsables de leur destin ? Par un étrange télescopage, les foules ont célébré et Médée et Jason.

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