Comment être léger sans être insignifiant ? C’est pour certains la question d’une vie. Françoise Sagan et Charles Trenet y sont presque toujours parvenus ; Jean-Louis Borloo, par exemple, beaucoup moins. Le cocktail, comme toujours, est affaire de précision autant que de nuances : une dose d’innocence et de fraîcheur ne doit pas être confondue avec de la naïveté, ou pire, de la niaiserie ; les charmes populaires et un certain dandysme acidulé doivent être tenus à égale distance, le tout sans vulgarité ni frigidité. Au fond, cela ne s’invente pas. Rien de plus impossible que de chercher à être un autre. On naît fantaisiste comme d’autres naissent sourds : ce que ne sont pas les garçons de Kiwi Jr., détail qui a son importance lorsque l’on fait de la musique.
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Des gages aux fétichistes
Groupe originaire de Toronto (Canada), Kiwi Jr. a enchaîné entre 2020 et 2022 les sorties de ses trois premiers disques à raison d’un par an. Le dernier (qui a bénéficié, lui, d’une période de quatre années entre la sortie du précédent et sa diffusion), qui est sans doute leur meilleur sinon le plus direct, accessible et efficace, s’intitule Blowin’Up, ce qui peut se traduire par : percer, réussir, devenir célèbre. On peut le leur souhaiter. Même si l’on n’est pas tout à fait certain que les quatre garçons disent cela sans une délicate ironie sous-jacente. Puisque la tradition est de situer les influences de chaque groupe dont on parle, les voici : Pavement pour leur nonchalance délicieuse et The Strokes première époque pour ce qu’il y a de brut, direct et sincère dans leur sens des mélodies sont en tête. Il faudrait aussi citer Jonathan Richman et ses Modern Lovers autant que Lou Reed et son Velvet Underground. L’ensemble offrant un gage de confiance aux amateurs et fétichistes de ce registre.
Autodérision et nonchalance
En dix titres (pourquoi plus ?) à la fois variés et homogènes, le leader Jeremy Gaudet et ses compères déroulent avec brio et délicatesse ce qui semble être l’un des tout meilleurs albums d’indie-rock de l’année 2026. Pas un raté là-dedans. On pensait aux meilleures des ballades de Stephen Malkmus en écoutant « Caught In The Wild » sur les routes de la côte ouest française, cet été, du Pays basque à la Normandie, en prenant sur le vif des clichés avec un pauvre Kodak jetable. D’un romantisme non pas noir, mais peut-être bleu, comme les fleurs, n’hésitant pas à être cruel en se moquant de lui-même, Kiwi Jr. participe aussi à cette tradition qui va des Go-Betweens à Belle & Sebastian. Direct, léger, pétillant et intelligent, le groupe est incontestablement devenu, avec ce disque plus qu’avec les précédents, le sommet actuel d’un registre qui ne doit pas mourir. Mention spéciale au titre « World Like Polly », d’une délicatesse merveilleuse, où le micro est partagé avec la chanteuse française d’En attendant Ana qu’on espère retrouver pour l’interpréter sur la scène parisienne du Hasard Ludique, où nous serons le 12 novembre prochain.





