« Je n’ai pas le nez à sentir un conclave imminent », ironise le cardinal Lopez Romero. L’archevêque de Rabat revient de Rome, où il a pris part à la canonisation de Charles de Foucauld. Proche de François, « le Bergoglio marocain » comme on surnomme là-bas peine à imaginer une « Église à trois papes ». Pourtant, les rumeurs de démission de François ne cessent de s’intensifier depuis quelques semaines, au point de hanter les esprits à la Curie romaine.
Des signes annonciateurs
À 86 ans, les ennuis de santé s’accumulent pour le pape. Privé d’un poumon depuis ses 20 ans et contraint de se déplacer en fauteuil roulant depuis mai en raison d’un problème de genou, François affiche beaucoup de signes de fatigue. Alors qu’il devait se rendre en République Démocratique du Congo et au Soudan du Sud début juillet, le voyage du Saint Père est finalement annulé. Les JMJ prévues à l’été 2023 à Lisbonne inquiètent également. « Il est peu probable qu’il puisse supporter un tel voyage », affirment les vaticanistes. De quoi relancer les rumeurs de démission? Oui, selon certains. En 2013, au début de son pontificat, François avait déclaré qu’il aimerait voir « la démission d’un pape devenir normale ».
En réalité, si le sujet occupe tous les esprits, personne n’ose en parler avec l’intéressé et ses plus proches collaborateurs ne veulent pas y croire
Deux ans plus tard, il qualifiait la décision de Benoît XVI de « courageuse », tout en affirmant avoir le « sentiment » que son pontificat serait bref. La convocation pour le 27 août d’un consistoire au cours duquel il remettra les barrettes cardinalices à 21 nouveaux princes de l’Église dont 16 électeurs proches de lui laisse croire à l’imminence d’un conclave. « En choisissant des cardinaux qui lui sont acquis alors que ses détracteurs n’ont jamais été aussi nombreux au sein du Sacré Collège, le pape donne l’impression de favoriser l’élection d’un pape qui parachève ses réformes », analyse un prélat français. L’annonce d’une visite de François à Aquila, ville italienne où repose Célestin V, pontife ermite ayant démissionné en 1296, là-même où le pape Benoît XVI se rendit quatre ans avant de renoncer à ses fonctions, parachève la longue litanie de rumeurs qui bruissent au Vatican. L’Église catholique sera-t-elle prochainement dotée de trois papes ?
François n’aurait encore rien décidé
Malgré sa fatigue, François n’est pas en convalescence. Le 19 mai, le pape recevait longuement au Vatican dix patrons de revues jésuites venant d’autant de pays d’Europe. « Bienvenue ! Vous voyez ? Je suis dans mon nouveau fauteuil », a plaisanté François pour ouvrir la séance. Au programme des échanges? « Toutes les questions peuvent être librement posées lors de cette rencontre », explique le père Arturo Sosa Abascal, supérieur général de la Compagnie de Jésus également présent. La guerre en Ukraine, le synode allemand et même le Concile Vatican II furent abordés pendant plus d’une heure, mais à aucun moment, sa possible démission n’a été évoquée.
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En réalité, si le sujet occupe tous les esprits, personne n’ose en parler avec l’intéressé et ses plus proches collaborateurs ne veulent pas y croire : « Il ne nous laissera pas en si bon chemin », espère un cardinal. Dans l’entourage immédiat de Jorge Mario Bergoglio, on se veut optimiste d’autant que la peur d’un successeur plus conservateur « qui retarde les réformes » se fait forte. « François n’a encore rien décidé », affirment de nombreuses sources, sans réellement convaincre. Une chose est certaine, à l’exception de son frère Georg Ratzinger et de son secrétaire Georg Gänswein, Benoît XVI n’avait mis personne dans le secret de sa démission en 2013.





