Le Péril Dieu est un titre mensonger, puisque la journaliste Tristane Banon ne consacre qu’une partie de son essai à la religion. Principalement les trois premiers chapitres, écrits façon Wikipédia, qui nous enseignent que les trois monothéismes sont fondés sur des principes patriarcaux et que même Aristote et Platon sont d’insupportables machistes. Inutile de dire que calquer les principes modernes de parité sur les propos du Stagirite relève de l’escroquerie intellectuelle. Pour le reste, on est en terrain connu et on a l’impression de lire une rédaction féministe conçue par Chat GPT. Le vrai sujet du livre (le rapport fondateur entre monothéisme, invention du capitalisme et appareil de production – c’est-à-dire corps de la femme) est malheureusement évacué assez vite – sans doute Banon s’est-elle rendu compte que pour déflorer un tel argument, il fallait s’aventurer sur des terres autrement plus philosophiques que cet ersatz de sociologie-bonbonnière. Au final, Le Péril Dieu se contente d’aligner de très courts chapitres qui reviennent sommairement sur les petits débats sociétaux du moment, avec en toile de fond cette tentative candide de mettre les religions face à leurs responsabilités.
Dans ce fourre-tout constipatoire, Banon s’offusque entre autres du sort fait à Eddy De Pretto, insignifiant chanteur-militant gay, reçu en l’Église Saint Eustache pour un concert et brocardé par quelques chrétiens scandalisés. Ici, l’intersectionnalité des luttes sert essentiellement de remplissage, puisque Banon n’a au fond pas grand-chose à dire sur ce fameux « péril Dieu », se contentant d’en énumérer les conséquences triviales, en s’épargnant de dépoussiérer un appareil métaphysique contemporain qui mériterait pourtant d’être interrogé. C’est sans doute la principale tare de ces militants de salon : asséner des lapalissades qui ne valent que dans un environnement intellectuel désuet, celui du marxisme culturel ou de la French Theory. On notera que si Banon énonce certaines vérités bonnes à dire (notamment que la révolution jacobine fut un retour en force des mânes patriarcaux), elle se garde bien d’en évoquer d’autres qui pourraient apporter un peu de nuance. Au hasard, la façon dont le christianisme féodal a inventé le mariage d’amour et a mis la femme au centre de la société. « L’Église trouvera toujours le féminisme sur sa route » conclut-elle. Sans même s’apercevoir que l’Église, dans le sillage de nombreuses traditions, a trouvé le féminin depuis bien longtemps.

L’Observatoire, 256 p., 20€





