Les débuts chaotiques de la seconde présidence de Donald Trump ont provoqué chez plusieurs un désenchantement face à la promesse populiste. Richard Hanania, intellectuel de droite connu pour son essai The Origins of Woke qui disséquait la propagation du wokisme dans l’État administratif américain, fait partie de ces repentis. Dans Kakistocracy, qui doit son titre au terme grec désignant un gouvernement dirigé par les plus médiocres, il rompt les rangs avec une critique frontale du populisme, aux États-Unis et en Occident.
On appréciera l’analyse sociologique du populisme qui y est proposée, soit un retour de balancier culturel plus qu’économique, situé dans des pays qui ont opéré un virage vers une économie tertiarisée, et dont les élites sont définies par leur statut social plus que par leur pouvoir économique. À la différence d’observateurs qui pèchent par excès de matérialisme, et qui décrivent le phénomène comme irrationnel dans des pays où le niveau de vie s’améliore, l’auteur en comprend les ressorts culturels : c’est parce que les gens ordinaires se sentent méprisés par « ceux d’en haut » que la confiance a laissé place au ressentiment.
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Hanania reconnaît que l’emballement quasi unanime des élites occidentales pour l’obscurantisme woke, et les ratés de la gestion de la crise du Covid, ont discrédité les « experts » aux yeux de beaucoup. Comment croire en effet ceux qui ont sérieusement affirmé qu’il serait très dangereux de se rassembler, sauf pour des manifestations monstres en soutien à Black Lives Matter, car « le racisme serait la vraie pandémie » ? Cependant, est-ce que les erreurs des élites en place donnent automatiquement raison à leurs critiques les plus ardents, qu’ils s’appellent Joe Rogan ou Candace Owens ? Cet argument, justifié, est au cœur de sa critique : ce n’est pas parce qu’un camp a démérité que ses opposants ont raison. Au contraire, en congédiant les élites actuelles, on pourrait bien se retrouver avec pire encore.
Si le raisonnement tient jusque-là, Richard Hanania manifeste par la suite une condescendance qui le discrédite. Fondamentalement, les citoyens seraient idiots, et la droite serait simplement plus apte à parler à cette sensibilité à travers ses bas instincts. Si les élites ont un biais post-nationaliste et progressiste, c’est parce que le patriotisme et le conservatisme social seraient des opinions erronées, qu’il serait dangereux de laisser gouverner. Il reprend essentiellement la critique usuelle, et inefficace, du populisme, selon laquelle les électeurs opposés au projet progressiste seraient des ignares à rééduquer plus qu’à représenter.
Hormis dans certains pays latino-américains gangrenés par le crime et la corruption, le populisme ne trouve donc pas grâce aux yeux de l’auteur. Que faire pour l’endiguer ? Mentir aux électeurs, suggère-t-il sérieusement, à l’image d’une droite habituée à faire campagne en patriote pour gouverner en libérale. Emmanuel Macron lui apparaît aussi comme une piste de solution, alors qu’il rêve d’un dirigeant progressiste, technocrate et pro-immigration, sans être woke pour autant, qui puisse gagner avec un électorat urbain et éduqué. À voir l’état de la France dix ans après son élection, voilà un constat que seules la distance et la barrière de la langue ont pu engendrer, et qui devrait suffire à invalider le fantasme d’un élitisme libéral sans vernis woke comme solution à la crise occidentale.





