[vc_row][vc_column][vc_column_text css= ».vc_custom_1586778363059{margin-right: 25px !important;margin-left: 25px !important;} »]
Le colloque se tenait le 9 mars au Sénat. Ouvert par Alain Richard, conclu par Gérard Longuet, tous deux anciens ministres de la Défense. Hubert Védrine était aussi de la partie. Il était intitulé : « L’Afrique des Grands Lacs – 60 ans de tragique instabilité ». Or le pouvoir rwandais a tenté de le faire interdire ! Avec l’appui d’idiots utiles au cœur même des médias français.
Seuls parmi les lecteurs de la presse quotidienne régionale, les Angevins ont appris dans le Courrier de l’Ouest du 10mars qu’un « colloque controversé » s’était tenu la veille au Sénat, qu’on y avait donné la parole à des « négationnistes » et que cela avait provoqué la colère du président rwandais, Paul Kagame. En quoi ce colloque était-il « controversé »? Qu’avaient bien pu dire les intervenants pour être qualifiés de « négationnistes »? Les lecteurs du Courrier de l’Ouest ne le sauront jamais. Les autres non plus. Les médias n’ont guère parlé du colloque, encore moins de son contenu, sauf pour s’indigner de sa tenue. Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères, a parfaitement résumé en quoi le fait même que ce colloque ait pu avoir lieu relevait de l’exploit: « Le débat a été verrouillé en France par une cinquantaine de personnes qui répètent toujours la même chose, rendant impossible l’administration de la preuve ».
Entre autres: le massacre de 200 000 Hutus au Burundi, en 1972 ; la guerre civile congolaise des années 1980 dont le bilan est de 500 000 victimes; et, bien sûr, le génocide rwandais consécutif à l’assassinat de deux chefs d’États hutus en avril 1994, le Rwandais Juvénal Habyarimana et le Burundais Cyprien Ntaryamira. Bilan: 800 000 morts en quelques semaines.
Depuis les indépendances africaines en 1960, l’Afrique centrale (la région des Grands Lacs) est le théâtre de crimes de masse et de génocides incessants. Entre autres: le massacre de 200 000 Hutus au Burundi, en 1972 ; la guerre civile congolaise des années 1980 dont le bilan est de 500 000 victimes; et, bien sûr, le génocide rwandais consécutif à l’assassinat de deux chefs d’États hutus en avril 1994, le Rwandais Juvénal Habyarimana et le Burundais Cyprien Ntaryamira. Bilan: 800 000 morts en quelques semaines. L’intervention de l’armée française (Opération Turquoise), sur mandat de l’ONU, a tenté de l’enrayer mais avec des moyens si modestes, que, depuis, c’est elle qui sert de bouc-émissaire.
Représentant de l’ethnie ultra-minoritaire, les Tutsis, dans un pays très majoritairement peuplé de Hutus, Paul Kagame joue depuis vingt-six ans de la victimisation pour se maintenir au pouvoir. Lorsqu’on ose avancer, preuves à l’appui, que les Hutus ne sont pas seuls responsables du génocide de 1994 et que c’est son FPR, le Front patriotique rwandais, qui a abattu l’avion transportant son prédécesseur et son homologue burundais, il voit rouge. Et menace.
Le rendez-vous de l’ambassadeur avec Gérard Larcher
Ainsi, l’ambassadeur du Rwanda à Paris a demandé à être reçu par le président du Sénat, Gérard Larcher, pour exiger l’annulation du colloque ! Et le deuxième personnage de l’État, celui qui est appelé à assurer les fonctions de président de la République en cas de vacance du pouvoir, a accepté de le recevoir! L’entrevue n’a finalement pas eu lieu, l’ambassadeur, pour des raisons que l’on ignore, ne s’étant pas présenté au rendez-vous…
« Compte tenu de la personnalité des intervenants et des prises de position conspirationnistes et négationnistes de plusieurs d’entre eux » (sic), il a dénoncé la participation de l’ancien ministre des Affaires étrangères et ancien Secrétaire général de l’Élysée Hubert Védrine et celle de Gérard Longuet, et a mis en doute le soutien apporté à l’initiative par le docteur Denis Mukwege, prix Nobel de la paix 2018, connu comme « l’homme qui répare les femmes » et qui a fait de la lutte contre le viol comme arme de guerre, le combat de sa vie.
Un avocat du barreau de Pontoise, Me Richard Gisagara, qui se targue d’être à l’origine de la loi mémorielle de 2017 réprimant la négation du génocide de 1994, s’est déchaîné dans Jeune Afrique. « Compte tenu de la personnalité des intervenants et des prises de position conspirationnistes et négationnistes de plusieurs d’entre eux » (sic), il a dénoncé la participation de l’ancien ministre des Affaires étrangères et ancien Secrétaire général de l’Élysée Hubert Védrine et celle de Gérard Longuet, et a mis en doute le soutien apporté à l’initiative par le docteur Denis Mukwege, prix Nobel de la paix 2018, connu comme « l’homme qui répare les femmes » et qui a fait de la lutte contre le viol comme arme de guerre, le combat de sa vie.
Lire aussi : Changeons
Me Gisagara est allé jusqu’à mobiliser tout ce que la France compte de lobbies communautaristes pour faire signer une pétition contre un « colloque révisionniste », pétition largement relayée par les médias alors que, a contrario, aucun des journalistes présents au colloque n’a fait l’effort de s’entretenir avec les collaborateurs du Dr Mukwege ; ils leur avaient pourtant été présentés et leur auraient confirmé le soutien du prix Nobel. Les analyses documentées et argumentées de la part de professeurs, diplomates français, belges, canadiens, américains, congolais, rwandais, tous de renommée mondiale et experts de leurs sujets, n’ont pas intéressé non plus les journalistes qui n’avaient qu’un but: discréditer. Trois intervenants ont été particulièrement visés.
« Le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté »
D’abord, la journaliste canadienne Judi Rever, experte au tribunal international pour le Rwanda, ancienne de l’AFP et de RFI, auteur du livre In Praise of Blood. Te crimes of the Rwandan Patriotic Front, écrit après vingt ans d’enquête et publié par Penguin Random House, le plus grand éditeur américain. Judi Rever avait signé un contrat d’édition à l’automne 2018 pour la publication de son livre en français. Près de deux ans plus tard, l’éditeur, un des plus grands noms de l’édition française, n’a manifestement pas trouvé de traductrice anglais-français compétente…
Ensuite, le journaliste franco-camerounais Charles Onana, que Le Monde a présenté comme poursuivi pour contestation de crimes contre l’humanité en vertu de la loi de 2017. C’est exact. Mais sans préciser qu’il n’a pas été jugé. Ancien président de l’Organisation panafricaine des journalistes indépendants, Charles Onana a publié quatre livres sur le sujet, et sa thèse de doctorat, Rwanda : l’Opération turquoise et la controverse médiatique (1994- 2014). Analyse des enquêtes journalistiques, des documents secret-défense et de la stratégie militaire, lui a valu le titre de docteur en sciences politiques de l’université Jean-Moulin Lyon-III !
Comme celui-ci, à coups de publireportages dans la presse européenne, vante les prouesses économiques de son pays, il est fâcheux que Helen Epstein ait présenté des graphiques illustrant la disproportion ahurissante entre les aides au développement perçues par Kagame aux frais des contribuables, notamment français, et ce que perçoivent les pays voisins.
La troisième tête de Turc a été l’Américaine Helen Epstein, professeur (invité) de droits de l’homme et de santé mondiale au Bard College de New-York, collaboratrice des revues les plus prestigieuses, jugée coupable d’avoir écrit Another Fine Mess: America, Uganda and the War on Terror (Columbia Global Reports, 2017), qui met l’accent sur le soutien trouble apporté par les États-Unis à Paul Kagame. Comme celui-ci, à coups de publireportages dans la presse européenne, vante les prouesses économiques de son pays, il est fâcheux que Helen Epstein ait présenté des graphiques illustrant la disproportion ahurissante entre les aides au développement perçues par Kagame aux frais des contribuables, notamment français, et ce que perçoivent les pays voisins.
Le secrétaire perpétuel cède aux pressions
Le colloque n’avait d’autre objet que de rétablir la vérité, celle de guerres ethniques dont les responsabilités sont partagées, et de mettre fin à cette « culture de la repentance » qui charge l’armée française de tous les maux, alors qu’elle fut la seule à s’être interposée en 1994 entre Hutus et Tutsis. L’Afrique centrale est, comme l’a dit le docteur Mukwege dans le film d’introduction au colloque, la région « la plus riche de la planète, pourvoyeuse de toutes les matières premières indispensables à la technologie mondiale, mais qui abrite les populations les plus pauvres du monde ». Or, Paul Kagame ayant décidé une fois pour toutes que cette situation était la conséquence du massacre des Tutsis par les Hutus, quiconque essaie de formuler un jugement nuancé est taxé de négationnisme. Et la terreur fonctionne.
Alors que l’Académie des sciences d’Outre-mer parrainait le colloque et avait, à ce titre, loué la salle du Sénat, son secrétaire perpétuel, Pierre Gény, a adressé, le jeudi précédant l’événement, un courriel aux organisateurs pour les informer que l’Académie retirait son parrainage, « cette réunion sortant des domaines académiques qui sont les nôtres ». Que ne s’en était-il aperçu plus tôt: l’Académie des sciences d’Outre-mer disposait de tous les éléments depuis six mois !
Lire aussi : MARION MARÉCHAL, VICTIME DU CORONAVIRUS !
Manifestement, pression avait été opérée sur cet ancien conseiller de Paris, qui fut aussi conseiller auprès de Jacques Toubon au ministère de la Culture et de la Francophonie, pour qu’il fasse échouer le colloque. Pusillanime, ce docte spécialiste… d’hydrogéologie a donc écrit aux organisateurs sur le plan logistique, mais, malin, cet octogénaire qui en a vu d’autres n’en a pas informé le Sénat, qui n’avait donc aucune raison valable pour interdire l’hémicycle de la salle Médicis aux orateurs et aux plus de 150 personnes qui avaient fait le déplacement, soit la capacité maximale de la salle, parmi lesquels, excusez du peu, le général Lafourcade, qui commandait l’opération Turquoise, et le général Quesnot, qui fut chef de l’état-major particulier du président de la République française de 1991 à 1995 !
Flopée d’attestations pour démentir un « journaliste »
Pourtant, à deux exceptions près, le quotidien belge Le Soir, et le site russe Sputnik, qui ont rendu compte de l’événement, les médias ont ignoré le colloque ou n’en ont parlé que pour dénigrer les intervenants. La palme revient à Jean-François Dupaquier, qui, lui, a fait preuve d’une inventivité hors norme. Sur AfikArabia, il a prétendu qu’un dénommé Chaste Gahunde, dont les organisateurs n’ont jamais entendu parler mais qui se présenterait comme « ministre de l’information d’un “gouvernement rwandais en exil“ », s’était « vanté de déterminer qui était admis ou pas au colloque ». Il a même ajouté qu’au Sénat, la file d’attente était « ralentie par des contrôles tatillons » – alors qu’il y était entré en moins de deux minutes, ce qui inhabituel en temps habituel en un lieu aussi sensible que le Sénat– et que, « à l’intérieur, on avait mobilisé bon nombre d’officiers de sécurité pour éviter tout incident », alors qu’il y avait en tout et pour tout deux vigiles !
Des propos démentis par la totalité des intervenants, qui ont peu goûté le côté passablement humiliant d’une telle hypothèse. Et qui, pour la plupart, ont déjà attesté, par écrit, que c’était totalement faux. Mais peut-être nous expliquera-t-on qu’ils ont dû signer le revolver (français) sur la tempe…
Cela est véniel. Ce qui l’est moins est cette assertion dans Jeune Afrique: « Ce 9 mars, a-t-il osé écrire, c’étaient les propos ouvertement négationnistes que les conférenciers devaient laisser au vestiaire. “J’ai cru comprendre que c’était une instruction du président du Sénat, confie, sous couvert d’anonymat, l’un des intervenants. On m’a demandé de ne pas improviser. C’est tout juste si je n’ai pas dû présenter mon texte à l’avance aux organisateurs pour acceptation ». Des propos démentis par la totalité des intervenants, qui ont peu goûté le côté passablement humiliant d’une telle hypothèse. Et qui, pour la plupart, ont déjà attesté, par écrit, que c’était totalement faux. Mais peut-être nous expliquera-t-on qu’ils ont dû signer le revolver (français) sur la tempe…
Charles Le Cerf
[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]





