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Le tonton Germain

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Publié le

18 mai 2021

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Mitterrand, en signant le traité de Maastricht, a ouvert les portes au déclin de la souveraineté nationale. Cette union entre les pays européens profite à l’Allemagne dont la France est comparée à une femme battue.
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À l’aube de sa vie publique, François Mitterrand s’engage en tant que fonctionnaire du gouvernement de Vichy. Il s’investit notamment au sein de la Légion française des combattants – pour un organe de propagande né d’un armistice, un tel intitulé frise l’ironie. Jusqu’en 1943, Tonton tète le téton teuton ; puis il tourne casaque quand le vent de la guerre change définitivement de cap. Déjà alors, le natif de Jarnac brille par son opportunisme teinté de cynisme.

À l’époque où le jeune Mitterrand collabore, la presse parle déjà d’une « Grande Europe » dont le destin serait de vivre et de prospérer sous la tutelle du Reich. Celui-ci prétend alors sacrifier ses meilleurs fils à seule fin de préserver le Vieux Continent de l’ogre bolchevique et de l’impérium américain. Européiste et antinational, Mitterrand le demeurera obstinément tout au long de sa carrière politique. En 1964, dans Le Coup d’État permanent, il déclare : « Une France nationaliste oblige ses partenaires ou bien à l’imiter et donc à s’isoler, ou bien à s’abolir dans un atlantisme qui, sous couvert du “plus grand occident”, étouffera ce que la civilisation européenne contient d’irremplaçable ». À l’heure où le démantèlement de nos nations atteint son parachèvement, l’on aimerait connaître l’avis d’outre-tombe du grand homme à propos de la politique d’indépendance européenne vis-à-vis des États-Unis.

En sacrifiant sa souveraineté monétaire sur l’autel de la concorde continentale, elle a tourné le dos à une tradition qui fit pourtant son succès : celle de la dévaluation stratégique

 Au crépuscule de son existence, Tonton revient à ses premières amours d’outre-Rhin en ratifiant son testament politique : Maastricht. Traître de vocation, il livre à l’ancien occupant les clefs de la souveraineté française. Calqué sur le mark, l’euro doit selon lui limiter la puissance de l’Allemagne réunifiée par son ami Helmuth Kohl. Y croit-il un seul instant ? À la lumière de vingt années de monnaie commune, il est permis d’en douter : en adoptant l’euro, la France a accéléré son déclin. En sacrifiant sa souveraineté monétaire sur l’autel de la concorde continentale, elle a tourné le dos à une tradition qui fit pourtant son succès : celle de la dévaluation stratégique. En choisissant une monnaie inadaptée à sa structure économique et commerciale, elle a payé chèrement les traumas d’une Allemagne hantée par le souvenir de Weimar et de ses brouettes de deutschemarks, une Allemagne désormais convertie à l’École de Chicago et au dogme sacré de la stabilité des prix.

Jadis levier de compétitivité, la monnaie est devenue tout à la fois veau d’or et symbole : celui de la fluidité et de l’interconnexion, valeurs paradigmatiques d’une Europe liquidée et liquéfiée – c’est d’ailleurs à raison qu’Éric Zemmour déplorait récemment, devant l’air ahuri de Clément Beaune, que nos billets représentassent des ponts plutôt que des figures historiques.

Constatant l’échec patent de l’austérité monétaire en temps de crise, Mario Draghi a lancé en 2015 – au grand dam de l’Allemagne – une politique d’assouplissement quantitatif. La BCE maintient l’euro sous respirateur artificiel en évitant l’asphyxie aux pays du Sud dont fait économiquement partie la France. Mais l’emprise allemande ne se limite pas à la monnaie : elle s’est répandue par capillarité dans l’esprit de nos élites politiques. Dernier témoignage de cette soumission germanolâtre : le programme européen de défense et d’armement, servilement porté à bout de bras par une France qui n’a rien à y gagner et tout à y perdre. Avec le SCAF (Système de Combat Aérien du Futur), Paris devrait notamment opérer de massifs transferts de technologies vers Berlin, sans pour autant obtenir la moindre contrepartie en retour : aucun cadeau n’est trop beau pour tenter de s’attirer les bonnes grâces d’un voisin dont on vante sans cesse les vertus.

Lire aussi : Mitterrand, le roi fantoche

 Dans son ouvrage le plus célèbre, la regrettée Coralie Delaume clamait l’inexistence du fameux « couple franco-allemand ». Or ce couple existe, mais il s’agit d’une union forcée : prisonnière du harem germanique qu’est devenue l’Union européenne, la France joue le rôle d’une femme battue et spoliée dont l’époux est aussi le geôlier. Le contrat de mariage fut scellé le 7 février 1992 par François-la-Francisque.

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