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Le Valstarino

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Publié le

24 mai 2024

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Comment ce peuple rigoureux, dur au mal, légaliste est-il devenu ce regroupement anarchique, indolent, débrouillard ?
© Illustration de Romée de Saint Céran pour L'Incorrect

Parmi les nombreuses questions qui traversent l’esprit du flâneur à Rome, quelque part entre le Colisée et le Forum, il y a celle-ci : qu’est-ce qui a bien pu se passer ? On connaît la tendance sur X, qui consiste à demander aux hommes combien de fois par semaine ils pensent à l’Empire romain. Je pense que cela nous a permis de nous apercevoir que nous n’étions pas seuls. L’Empire romain est une sorte d’obsession familière pour beaucoup de monde, comme en filigrane.

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C’est le souvenir de ce que nous, les Occidentaux, avons été; la nostalgie de la grandeur et de la beauté, et du courage aussi ; la conscience que la nature humaine, avec ses scandales politiques, ses blagues de cul et, in fine, sa faiblesse devant les barbares, n’a pas changé; et puis il y a tout un paysage esthétique, à base de cyprès, pins parasols, atriums, tuiles rouges et bords de mer.

Mais revenons à la question?: qu’est-ce qui a bien pu se passer?? Comment ce peuple rigoureux, dur au mal, légaliste est-il devenu ce regroupement anarchique, indolent, débrouillard ? « La morale del motorino », la morale du scooter, dit l’écrivain Andrea Camilleri pour qualifier l’état d’esprit de ses compatriotes.

L’Empire romain est une sorte d’obsession familière pour beaucoup de monde, comme en filigrane.

Et de développer son propos : « Avec un scooter, on peut éviter la file d’attente, jongler avec les voitures, puis passer au rouge. Et puis avec un scooter on manœuvre facilement, on peut rouler à contresens, on fait du slalom. Bref, on fait ce qu’on veut, en se moquant des règles. » On a perdu Caton l’Ancien et la romanitas, mais bon: on a gagné Jep Gambardella, Monica Vitti, Marcello Mastroianni, on a remplacé le mos maiorum par la dolce vita. On slalome avec élégance mais sans égard pour l’autre, un peu perso mais bon, è cosi.

Parmi les vêtements emblématiques des conducteurs de vespa, de motorino, aux côtés du casque de couleur vive et du pantalon clair, on peut donc citer le Valstarino, qui est aux peaux de bête des centurions ce que Berlusconi est à Cicéron: une version décadente mais stylée. Ce blouson en daim, inspiré des blousons A-1 des aviateurs américains, est souple mais robuste, ni trop chaud ni pas assez, chic mais pas prétentieux. Il n’y a pas plus italien.

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Il donne à son porteur nonchalance et assurance. Il est cher mais il en existe des copies abordables – car il y a toujours moyen de se débrouiller, evidentemente. Avec ça, des Persol et des mocassins, Paolo Conte dans les oreilles, paré pour danser le calypso en Italie, comme dirait Lilicub. L’été arrive, autant le passer – en pensée du moins – dans le centre de Rome.

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