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Léviathan et Moloch : brèves réflexions sur Macron

Quoiqu'il ait tout fait pour ne pas en parler, le bilan d’Emmanuel Macron est funeste. Sous sa présidence, le Capital et l’État, Moloch et Léviathan, ont marché main dans la main pour mieux nous annihiler.

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© Capture d'écran BFM TV

On juge un arbre à ses fruits, et celui qui ne porte pas de fruits, on le coupe et on le jette au feu. Peut-être parce qu’il le sait, Macron a tout fait pour que, de son bilan, on ne parle pas.

Nous voudrions lutter contre cette amnésie imposée, en évaluant le quinquennat écoulé à partir de deux phénomènes, qui le résument : les Gilets jaunes & la gestion du covid. On objectera que ce sont deux « crises », mais une telle succession de crises n’indique-t-elle pas plutôt que c’est l’époque, tout simplement, qui est critique ?

Souvenons-nous des Gilets jaunes. L’événement naît d’une taxe carbone, supposément écologique, mais c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase, la France périphérique s’embrase, et Macron ne comprend pas – il ne peut pas comprendre. Il veut engager résolument la France sur le chemin du progrès, lequel s’appelle Union européenne, ouverture économique, libéralisation. La mondialisation ne peut être qu’heureuse, alors pourquoi une si vaste partie de la France résiste-t-elle ?

Nul sentiment de communion, d’entraide, de solidarité ; nul sentiment surtout d’appartenir à un destin commun, qui s’appelle France, qui nous préexista et nous succédera, nul enracinement dans une terre et dans une culture

La crise des Gilets jaunes a révélé l’absence totale de sens de la communauté chez Macron. En philosophie libérale, il n’est que des individus, et la société est le marchepied de la poursuite de leurs buts privés. La société est inessentielle à l’individu. Nul sentiment de communion, d’entraide, de solidarité ; nul sentiment surtout d’appartenir à un destin commun, qui s’appelle France, qui nous préexista et nous succédera, nul enracinement dans une terre et dans une culture, pour le président de la start-up nation (il suffit de lire, parmi mille témoignages de cela, sa tribune dans le Figaro de mercredi : « La France n’est pas une géographie figée, elle est un mouvement ; elle n’est pas un donné, mais un engagement », « est français celui pour qui la liberté est un idéal indépassable », avant le coup de grâce, sommet d’abstraction et d’idéalisme : « La France est une idée »…).

Alors, pour compenser ce nihilisme social, ce mépris des compatriotes, cet individualisme postnational, il nous saturera de discours sur la fraternité, jusqu’à ce slogan de campagne si creux et vide qu’on doit sans doute en apprécier l’audace : « Nous tous ». Si sa politique visait effectivement la conservation et la défense d’un tel « nous », il n’aurait pas eu besoin de le clamer aussi fort.

Souvenons-nous, ensuite, de sa gestion du covid. Nous avons assisté au déploiement d’un tel autoritarisme qu’on hésite à croire que le macronisme est encore un libéralisme. Léviathan s’est révélé plus puissant que jamais, et, prenant appui sur les armes numériques et technologiques, a su tour à tour immobiliser, contrôler, surveiller, forcer les individus, dans les corps autant que dans les esprits.

Lire aussi : Élection présidentielle : la France pour une civilisation de la limite

Sous Macron, le Capital et l’État, Moloch et Léviathan, marchent main dans la main, et nous annihilent progressivement, usant de persuasion et de contrainte, c’est-à-dire de publicité et de police. Le totalitarisme de notre époque, dont la réponse au covid marque les prémices, est la mise en place de ce que Michel Foucault appelait le « pouvoir de la Norme », « pouvoir multiple, automatique et anonyme, qui fonctionne comme une Machinerie », d’autant plus dangereux qu’il est insidieux et insensible. Bien sûr, de ce pouvoir, Macron n’est pas l’instaurateur, il n’en est que le serviteur… ce qui est encore plus inquiétant.

L’étrange mais nécessaire alliance du libéralisme philosophique et de l’autoritarisme politique: voilà l’œuvre de Macron lors de son dernier quinquennat. Faut-il ajouter que sa réélection serait funeste ? En parodiant celui dont l’aveuglement idéologique l’interdit de percevoir son véritable adversaire, on se contentera de dire qu’aucune voix ne doit se porter sur Macron.

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