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Les albums du mois de novembre

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Publié le

23 novembre 2020

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Romaric Sangars, Alexandra Do Nascimento, Marc Obregon et Jean-Emmanuel Deluxe vous expliquent quels albums écouter en ce mois de novembre. Au programme : S16 de Woodkid, Motets de Bach d’Ensemble Pygmalion et Raphaël Pichon, Out d’Anthony Moore, Interplay – The Music of Bill Evans de Bill Evans et Papier Ciseau de Roberto Negro. Critique.
woodkid

L’ARNAQUE LA PLUS ATTENDUE DE LA RENTRÉE

S16 de Woodkid, Barclay, 15,99 €

L’électro chic, élégante, suave, est un genre typiquement français, souvent assortie d’orchestres, de Thylacine à Laake, parfois pour le meilleur, mais la plupart du temps, il faut bien l’avouer, pour un résultat se limitant à un genre de musique d’ascenseur, fût-ce pour hôtel de luxe, vite lassante, même sur cinq étages. Woodkid, le nain le plus surévalué de France, est un exemple flagrant de cet écueil. Sept ans après son Golden Age et alors qu’il avait prétendu, fort sagement, arrêter la musique, voici qu’il revient avec un S16, soi-disant moins accessible et allant jusqu’à prétendre porter des « réflexions sur l’équilibre des forces entre infiniment grand et petit », alors qu’il est une simple démonstration de platitude. C’est kitsch, cliché, attendu, surfait, exactement comme le précédent disque. Une musique cosmétique pour défilés de mode et jeux vidéo, dont la pompe creuse, après avoir un instant accroché l’oreille, vire à l’ennuyeux, voire au grotesque. L’épidémie devrait du moins nous épargner la gêne d’une version scénique. Romaric Sangars

BACH ÜBER ALLES MOTETS

Motets de Bach d’Ensemble Pygmalion et Raphaël Pichon, Harmonia Mundi, 17,99 €

Les Motets de Bach sont réputés pour leur difficulté d’interprétation : ils échafaudent une architecture à la fois dansante et méditative qui trouve ses origines dans la tradition liturgique allemande mais aussi dans l’héritage italien de Gesualdo ou de Giovanni Croce. Composés pour des services funèbres, ils n’ont pourtant rien de mortuaire et sonnent au contraire comme des célébrations aériennes, avec un entrelacement de voix et de motifs qui confine au sublime. Le chef Raphaël Pichon – chanteur baroque formé notamment par Jordi Savall et Ton Koopman – a chanté ces motets à l’âge de dix ans et n’a jamais cessé, depuis, de vouloir porter à nouveau cette exubérance. Avec son ensemble Pygmalion il réalise enfin son rêve et propose sa version : une direction à la fois précise et enfiévrée soutenue par une section instrumentale chatoyante et par des mezzos gorgées de lumières. Une réussite totale. Marc Obregon

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RÉSURRECTION D’UN DISQUE CULTE

Out d’Anthony Moore, Drag City, 17 €

Au milieu des années soixante-dix, Moore est un « angry young man » mais le monde change et les illusions politiques se heurtent au réel. « Mon groupe Henry Cow, confie-t-il, était extrêmement engagé à gauche. Mais à la fin de mon mariage, le balancier de ma vie bascula dans l’hédonisme, l’ivresse et la poésie romantique – plus proche de William Blake que de Karl Marx ». C’est ainsi qu’en 1975, Moore enregistre l’album OUT. Alors que tous les ingrédients sont présents pour obtenir l’album suave et pop qui sortira en 1976, une sorte de rêve de dandy glam entre onirisme et exotisme, Virgin, le considérant comme insuffisamment commercial, en saborde la sortie. Sir Moore nous livre son analyse : « Je n’ai jamais compris l’attitude de Virgin envers OUT. Ils avaient dépensé beaucoup d’argent dans divers studios comme ceux du Manor et d’Abbey Road et avaient payé de merveilleux musiciens. Il est possible qu’ils m’aient rendu service en ne publiant pas ce disque. Peut-être que le meilleur moment pour OUT et pour moi se situe ici et maintenant ». Alors autorisons-nous aujourd’hui à l’écouter à haut volume afin de rêver « en dehors » du monde actuel. Jean-Emmanuel Deluxe

UN MODÈLE DE FUSION MUSICALE

Interplay – The Music of Bill Evans de Bill Evans, Trebim Music, 15 €

Interplay – The Music of Bill Evans ressuscite le duo des années 70 de Bill Evans et Eddie Gomez. Le contrebassiste Diego Imbert et le pianiste Alain Jean-Marie ne marient leurs instruments que pour le meilleur, dans une complicité de chaque instant. Diego Imbert se souvient qu’auprès d’Eddie Gomez il a appris que « virtuosité pouvait rimer avec liberté et musicalité » et compris que « sur l’instrument il n’y avait aucune limite, sinon celles que l’on se met dans la tête ». Alain Jean- Marie a hésité avant de rejoindre le projet : « Pour moi qui viens de la rue, du bal, me confronter à un pianiste doué d’une telle culture classique et que j’admire tant, depuis si longtemps, m’a fait peur. Diego m’a convaincu d’accepter en m’encourageant à ne surtout pas chercher à jouer comme Bill, ce que je n’aurais jamais su faire, mais à revisiter son répertoire à ma manière ». La formule duo piano/contrebasse, est l’une des plus risquées en jazz. Intransigeante, elle requiert dextérité, confiance et complicité. C’est magistralement réussi et l’occasion de se replonger dans les albums Intuition (1974) et Montreux III (1975) de Bill Evans. Alexandra Do Nascimento

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QUAND LES PLANÈTES S’ALIGNENT

Papier Ciseau de Roberto Negro, Label Bleu, 14 €

Ce pourrait être une bande-son de cinéma underground, c’est une invitation aux mémoires de l’enfance et à l’aventure de l’apprentissage. Soit ! Il faudra écouter Papier Ciseau activement ! Ce n’est pas le genre de son qui s’écoute passivement… Déstabilisant par le mode atonal, Papier ciseau nous raccroche soudain à un environnement familier par une harmonie au piano de Roberto Negro, par exemple, ou par le saxophone identifiable d’Émile Parisien. Ce que l’un établit, les autres l’ébranlent, ce qui donne un résultat riche de sensations physiques et psychiques. Pendant plus de deux minutes, au beau milieu de « Solarels », Roberto nous plante : plus de son ! On vérifie si le système fait défaut. On monte le son. On finit par percevoir comme des crépitements de Vinyl. Et soudain, le retour du thème est ébouriffant ! Probablement l’une des créations les plus inventives et ingénieuses du moment, à découvrir dans de bonnes conditions d’écoute pour mesurer le génie de l’ensemble. Alexandra Do Nascimento

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