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Les carrières sont-elles de droite ?

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Publié le

6 novembre 2023

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Qu’est-ce qu’un « fabo » (contraction de facho-bohème)? C’est vous, chers lecteurs, enfin selon certains de nos confrères chargés de conscience. Un fabo, c’est donc l’extrême ultra drouate version bohême. Prenons-les donc au mot. Le fabo c’est l’anarchie ordonnée, le flegme exigeant, l’ivresse élégante, bref tout mais pas n’importe quoi, en somme c’est un art de vivre.
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Aujourd’hui je chanterai les carrières, qu’il s’agisse de sables, de graviers, de grès, d’ardoises ou de calcaires, qu’elles soient souterraines ou à ciel ouvert. Je chanterai les carrières de marbre abandonnées et les carrières dont j’observe chaque année la progression en voyant la montagne reculer et une grande faille apparaître. Je chanterai la pierre nue, les parois rectilignes, les strates exhibées, l’étagement des bancs, l’odeur indécise, la main qui caresse la veine rocheuse et ce goût subtil où l’on croit sentir le sel.

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Je chanterai les explosions assourdies qu’on entend parfois, les grands éboulis, les énormes rochers qu’on concassera bientôt, les blocs géométriques que les scies extraient et ces tapis roulants assourdissants dont le bruit contredit désagréablement la sérénité silencieuse du front de taille. Je chanterai les carrières au repos qu’on parcourt quand les ouvriers sont partis, ceinturées de larges gradins qui disparaîtront bientôt.

Je chanterai ces falaises que ne borde aucune mer, les inselbergs du Roussillon et les vastes étendues minérales où l’on s’étonne: pourquoi des masses si formidables pour ne soutenir qu’un peu de terre, cette très mince couche, là-haut, qui n’est qu’un trait séparant la roche du ciel ? Je chanterai les carrières qui nous révèlent le soubassement de l’existence. Nos vies sont comme cette terre où prospère la végétation, forêt dense ou steppe pelée : ce qui les soutient dans l’être est cette prodigieuse épaisseur inerte et nuancée, roches fondues par des milliards d’années d’existence, figure incommensurable d’un Dieu qui nous soutient de toute éternité dans l’existence, nous, aujourd’hui, ici, maintenant.

Je chanterai les carrières qui sont comme nos vies qui s’épuisent, matériaux sans cesse extraits dont on se demande à quoi ils ont bien pu servir alors que nous contemplons notre empreinte, ce creux à la fois artificiel et naturel, contraint par l’environnement, source pierreuse dont les éclats ont été dispersés: avons-nous produit des pierres dures, destinées aux nervures qui soutiennent les édifices ? Pierres farcies des microfossiles de nos paroles, de nos pensées et de nos actes, désormais installées ailleurs. Ou peut être n’avons-nous produit que ce sable modeste et nécessaire pour du mortier; et peut-être dans ces terrils mal tamisés git encore on ne sait quel trésor qui n’aura jamais vu le jour, talent à jamais enfoui.

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J’aime les carrières abandonnées, envahies de broussailles, où les eaux ont ruisselé jusqu’à former un petit lac. On dirait un vieillard qui a donné tout ce qu’il a pu et finit sa vie en souriant. Les gens de gauche sont comme ces mines qui déchirent la nature et réduisent en poussière mille tonnes pour un gramme de minerai, ravage total qui dévaste au nom d’une seule idée. Les gens de droite sont comme ces carrières qu’on laisse revenir à la nature, d’où l’on a extrait d’honnêtes pierres, que l’on remploiera.

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