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Les confessions de Finkielkraut

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Publié le

19 février 2024

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Avec Pêcheur de Perles, le philosophe Alain Finkielkraut livre des confessions aussi surprenantes que diverses mais toujours d’une grande profondeur.
© Francesca Mantovani – Éditions Gallimard

Le nouveau livre d’Alain Finkielkraut, Pêcheur de perles, est un petit bijou. Chaque chapitre s’ouvre sur une citation chère au philosophe, et à partir de laquelle il se livre à des méditations aussi profondes que diverses. Levinas pour différencier la courtoisie de la muflerie, l’affreux « bonjour » qui succède au délicat « Chère Madame », et la disparition de cette « rencontre du visage » qui un jour «subvertit» le programme d’enrichissement d’Oskar Schindler en Pologne pour sauver ses ouvriers. Évidemment, Kundera n’est jamais loin de Finkielkraut pour nous rappeler que notre « occidentalité » est fragile comme tout ce qui est précieux, et que nos ricaneurs de France Inter devraient se rappeler que l’humour est « ce plaisir étrange issu de la certitude qu’il n’y a pas de certitude ».

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Dès les premières lignes, le philosophe se met à nu. Une confession aussi surprenante que touchante : « Un dimanche matin, au petit-déjeuner, celle qui allait devenir ma femme m’annonça que c’était fini. » Non, Finkielkraut n’a pas été atteint du virus Instragram et des #MaVieMonŒuvre. C’est d’un tout autre virus dont il parle: l’Amour, sulfatant au passage de sa plume précise et brûlante de vérité notre « époque post-romantique » et sa fâcheuse tendance à tout rendre périmable, surtout ce qui ne l’est pas. Ces pages sont merveilleuses. Offrant plus de réponses que de questions, Finkielkraut glisse même quelques scènes de sa vie qu’on croirait tout droit sorti d’un film de Woody Allen, comme cette cocasserie de se faire raccompagner en voiture par la femme qui vous plaque. Qu’il est difficile d’être conservateur sans permis, pense-t-on alors. L’Amour. Le mot est doux sous sa plume. Des petits gestes qui n’ont l’air de rien, un simple regard ou un baiser fugitif mais surtout un « cœur immortel », soit autant de choses sur lesquelles une DLC ne s’imprime pas. « Une rencontre a miraculeusement soustrait l’essentiel de mon existence à la consommation, c’est-à-dire à l’empire de l’éphémère » écrit-il. Finkie le bougon, Finkie le pessimiste se révèle sous un autre jour : « L’amour est un chemin de connaissance. »

Mais la mort rôde, jamais loin. Il envie la confiance de Bossuet et le pari de Pascal mais cet orphelin de Dieu n’y arrive pas car « la mort a dit son dernier mot et remplit maintenant son office dans un silence post-religieux ». Pire encore, « elle a perdu son pouvoir sur les âmes, mais n’a plus de suzerain ». Que reste-t-il alors ? L’espoir que le progrès repousse la Faucheuse d’une dizaine d’années ? Non car « tout se répare sauf le cer- veau ». Finkielkraut convoque un autre philosophe, Michel Malherbe et son ouvrage sur Alzheimer. « Un scandale » car il faut faire le deuil de la personne aimée de son vivant. À quoi bon laisser un cœur battre si l’Être est parti? C’est alors qu’il appelle un autre Michel à la barre. Houellebecq fervent opposant à l’euthanasie. S’il fait sienne les torpilles de « notre grand écrivain national » envoyées aux nihilistes obsédés de la seringue utilitaire, il lui reproche d’esquiver la question de cette « souffrance sans nom […] qui ne relève pas des soins palliatifs » car il n’existe « aucune douleur pour la lente disparition de soi ». Il préfère alors la réponse de Paul Ricœur : « Être vivant jusqu’à ma mort. »

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Il est aussi question d’une autre mort dans ce livre. La mise à mort sociale, sentence réservée aux parias. Il offre un chapitre à Renaud Camus « fou d’orgueil et de désespoir », car un philosophe n’aboie pas avec la meute, ni ne reste silencieux face à elle. S’il explique ses désaccords avec Camus comme son « ivresse théorique » ou ses « acronymes glaçants », il ose affirmer qu’il est l’un des plus « grands prosateurs de la langue française » et que « la dépossession est une tragédie sans précédent ». Encore faut-il le lire, mais les chargés de conscience ne lisent pas. Ils lynchent puis exécutent.

S’il fallait trouver un petit reproche, c’est Paul McCartney qui conclut ce livre magnifique. Comment a-t-il pu se coltiner cette endive de John Lennon? Mais comme le philosophe en parle pour nous rappeler qu’il y a des « yesterday » qui étaient mieux avant, on lui pardonne – même si une fois ces pages refermées, nous avons la certitude que non, Finkielkraut ce n’était pas mieux avant.


PÊCHEUR
DE PERLES
, ALAIN FINKIELKRAUT, Gallimard, 224 p., 19,50 €

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