TOUT À FAIT ROMANESQUE
JOY ALL, JENNY LEWIS, Blue Note, 19,99 €
Jenny Lewis a été actrice de sitcom dans son enfance puis son adolescence, elle a aussi été le modèle pour la poupée Barbie western, avant d’interpréter de nombreux personnages de teenmovie américains. À vingt ans, elle se met sérieusement à la musique dans le groupe Rilo Kiley. Bon, Cocteau aussi faisait un peu de tout. Passons. Jenny Lewis est désormais musicienne – et pas la plus mauvaise. Elle eut souvent pour collaborateurs des compositeurs qui composaient autant qu’ils étaient ses compagnons. C’est romanesque. Les albums n’étaient pas mauvais ; en revanche, nous ne savons rien de ces relations. Jenny Lewis mêle la pop, la folk et la country dans la plus pure tradition américaine. Elle fait les yeux doux à chacun des membres de ces petites sectes charmantes. Sûrement est-elle tout à fait honnête. Nous n’en doutons pas. Pas de doute non plus sur le petit plaisir que nous donne son dernier album. Sorte de Taylor Swift égarée à Nashville et qui résiste à la dèche en chantant dans des clubs anciennement chics où quelques âmes damnées promènent encore leur désespoir. En vérité, elle a aussi fait les premières parties de Harry Styles: c’est moins romanesque, mais ça rapporte plus. Emmanuel Domont

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UN DÉBUT FRACASSAN
SIM SIM SIM, BALA DESEJO, Mr Bongo, 17,99 €
Voici Bala Desejo, un groupe qui provoque soit l’engouement soit la détestation! Quoi qu’il en soit, ces musiciens innovent avec brio, se situant à l’avant-garde de la renaissance artistique de Rio de Janeiro. Leurs scènes, théâtrales et épiques, tiennent le public en haleine. Il s’agit de quatre personnalités bien trempées et bénéficiant d’une riche culture musicale dont les pérégrinations démentes se montrent certes, parfois encore un peu vertes, mais qui rappellent les mythiques Novos Baianos ou Os Mutantes dont les héritages ont été admirablement assimilés. Franchement, ce type de musique a non seulement sa place dans le paysage mu- sical brésilien mais il est également très stimulant ! Sim Sim Sim, ce premier album primé aux Latin Grammy, possède toute la fragrance d’un classique de l’âge d’or (la musique brésilienne des années 60 et 70) et témoigne d’une impressionnante technicité comme d’une inspiration résolument actuelle. Alexandra do Nascimento

SAUDADE MODERNE
CRU, SEU JORGE, Believe, 19,99 €
CRU le deuxième disque solo et album culte du musicien chanteur et acteur brésilien Seu Jorge, est paru en 2004. Indissociable du film culte brésilien La Cité de Dieu de Wes Anderson, dans lequel Seu Jorge interprétait Mané Galinha, CRU est le fruit de sa rencontre avec le producteur français Jérôme Pigeon – notons que Matthieu Chedid a participé à l’enregistrement et intervient dans Tive Razão, l’un des plus jolis titres. À l’aube de son vingtième anniversaire, la réédition de ce disque phare révèle comment l’artiste aura su ouvrir la voie « samba-pop » au sein de la musique populaire brésilienne. Du mixage d’une rare délicatesse à la pochette pointilliste signée Vik Muniz, rien n’a été envisagé à la légère. Dense et pourtant rafraîchissant, indémodable surtout, CRU tient toujours sacrément la route ! Composé de reprises surprenantes déportées vers d’autres rivages – Gainsbourg, Elvis Presley, Bezerra Da Silva – et de titres originaux, CRU est à découvrir ou à redécouvrir pour savourer une version contemporaine de l’intraduisible « saudade ». Alexandra do Nascimento

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FOLK IMBERBE
LET THERE BE MUSIC, BONNY DOON, Anti, 15,99 €
Indéniablement, il y a un retour à la nature, aux feux de bois, aux barbes trop longues, donc à la folk-music. Il y a des choses plus graves. Et puis, je dois avouer que si je ne fréquente pas ceux qui la font, la musique folk me plaît lorsqu’elle est bien faite. C’est-à-dire quand c’est une pop seventies jouée avec des guitares acoustiques. Je vais même être honnête : qui sait si je ne finirai pas barbu (tout de même : j’ai mis douze ans à avoir une minuscule moustache ridicule) à prendre des trains vers les Cévennes accompagné de ma Gibson J-45 et d’un bâtard de chien. Il y a des choses plus graves ? Non, il n’y en a pas. En attendant, écoutons le dernier album de Bonny Doon (ceci n’est pas un alias de Danny Boon, non) qui est excellent. Pas une barbe à l’horizon quand on regarde les photos du groupe sur Google. Ma chronique n’a donc aucun sens. Mais leur album en a un: faire dans la délicatesse des mélodies doucereuses avec élégance pour tenter de remplacer le Xanax des citadins. Quelque part entre Wilco et Ben Kweller. Emmanuel Domont






