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Les critiques musicales de septembre

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Publié le

2 octobre 2023

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Chaque mois, L’Incorrect sélectionne pour vous le meilleur et le pire de l’actualité culturelle. Perles rares ou navets survendus, authentiques exploits ou pathétiques arnaques, ici se poursuit l’ambition de distinguer. À rebours de la tyrannie du médiocre, du politiquement convenable et du consensus, nos critiques vous redonnent le sens des hiérarchies. Place aux critiques musicales de septembre.
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RÉSURRECTION RÉUSSIE

THE BALLAD OF DARREN, BLUR, Parlophone, 16,99 €

Doit-on retrouver nos amis du lycée, vingt ans plus tard? Que leur dira-t-on? Les conversations auront-elles la même saveur, la même innocence, la même intensité ? C’est un peu les mêmes questions que l’on pourrait se poser concernant les membres d’un groupe culte qui se reforme. Blur a été grand, parfois majestueux (ô la première moitié de l’album Think Thank !), puis Graham Coxon et Damon Albarn ont décidé d’entamer une première rupture, avant de se retrouver en 2015, soit douze années plus tard, pour enregistrer un album très honorable. Pendant cet intermède, Coxon et Albarn ont montré, avec des disques toujours réussis, à quel point ils étaient, même l’un sans l’autre, des compositeurs majeurs. Les voilà désormais réunis avec ce nouveau disque nommé The Ballad of Darren. On peut toutefois se demander si l’influence de Graham Coxon est encore palpable dans la musique de Blur ? Excepté dans le titre rocailleux « St Charles Square », on a plutôt affaire à un album solo de Damon Albarn dans lequel il y aurait plus de guitares. Ne boudons pas notre plaisir : c’est malgré cela (et peut-être grâce à cela) un disque avec beaucoup de charme. Certains titres sont même parmi les meilleurs du groupe (« Barbaric », « The Narcissist », « The Ballad, Russian Strings »). Damon Albarn fait l’apologie d’Alex Turner et des Arctic Monkeys dans différentes interviews de la dernière promo: ce n’est pas étonnant. Il y a une grande élégance, un raffinement mélodique et une précision dans les arrangements qui rappellent les deux derniers albums des Arctic. Bien sûr, la touche inimitable d’Albarn fait la différence. On est parfois surpris d’entendre aussi quelque chose de Bowie dans les aigus du chanteur ici et là au fil de ce disque qui ne se laisse pas prendre à la hussarde, mais autour duquel on tourne, d’écoutes en écoutes, petit à petit, et laisse apparaitre ses beautés avec une noble timidité, une pudeur qui le pousse à ne révéler ses attraits qu’au fur et à mesure : c’est souvent ainsi que l’on ne s’ennuie pas de quelqu’un ou d’une œuvre d’art malgré le temps qui passe. Emmanuel Domont

REVIVALISME ASSUMÉ

CUT WORMS, CUT WORMS, Jagjaguwar, 14,99 €

Il y a hélas peu de moyens de se couper de l’implacable et harassant présent, de notre souvent désastreuse modernité qui toujours blesse certaines âmes nostalgiques. Tenter de se réfugier dans le passé, c’est fermer les yeux ou retourner vers un temps qui ne nous a pas vus naître. Cut Worms rêvasse ainsi en composant de merveilleuses petites chansons qui auraient pu figurer sur un album des Everly Brothers en 1958, avec quelque chose de George Harrison dans la voix. Avec ce troisième album, il continue son voyage monomaniaque vers les contrées mélodiques bien éloignées de l’année 2023. Mêlant les influences country aux harmonies vocales des Beatles, tout en apportant des souvenirs d’un Ricky Nelson avec beaucoup d’élégance, et parfois même des parfums de ragtime 1920, Max Clarke (c’est son nom) est, des guitares aux vêtements, la quintessence de l’esprit revivaliste. Les rockeurs sont toujours des réactionnaires déguisés en progressistes. Surfons donc avec Max sur la vague oubliée des débuts de la pop music, le temps d’un disque. Emmanuel Domont

Lire aussi : Les critiques musicales de l’été

RECENSION DÉCALÉE

AUSTIN, POST MALONE, Mercury, 16,99 €

Post Malone, oui. Je sais. Qui donc va aller écouter un type produisant une sorte de hip-hop gentille mixée à de la pop commerciale, plutôt alcoolique, idole notoire de la jeunesse née dans les années 2000, et acheter un numéro de L’Incorrect dans un kiosque parisien ou une gare de province ? On peut se le demander. Ma chronique, si elle vous agace (encore) aura au moins ce mérite. Post Malone, donc : un Texan inondé de tatouages de la tête aux pieds et qui possède d’indéniables qualités vocales, dont celle (essentielle) d’être reconnaissable, revient pour secouer l’été (peut-être pas le vôtre, certes). L’album en question s’appelle Austin (son prénom véritable – oui, parce que « Post » est un prénom assez nul, en fait, si l’on n’est pas le carlin d’une desperate housewife) et il tend résolument vers la face pop, taillée pour la radio et les téléchargements par millions, efficace, californienne, tout à fait à son aise sur le sound-system d’une décapotable flashy (et quelque peu vulgaire) qui roulerait dans les rues de Los Angeles ou sur la French Riviera (comme on ne dit pas). Ce tournant n’est pas sans charme, donc, et l’a poussé à être désormais beaucoup plus proche de sa guitare acoustique que des rythmes des beatmakers. Pour ceux qui auraient lu cette recension jusqu’ici (merci et bravo, d’abord) et qui ne me détesteraient pas encore : attendez d’écouter le disque, ça devrait arriver. Emmanuel Domont

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