L’hiver revient, et avec lui les vacances au ski. Sport de riches, si on veut, dans la tête de ceux qui n’y vont pas, mais après tout pas davantage que le tennis ou le golf, qui se sont, eux aussi, pas mal démocratisés. Pendant les mois de février, mars, voire avril pour les plus mordus, les citadins, génériquement appelés « Parisiens » par les vrais montagnards, vont raquer des fortunes pour faire les malins sur les pistes, boire du vin chaud et du Génépi, manger des fondues et des raclettes, mais aussi des paninis à prix d’or, et déposer leurs enfants, crémés comme des grands brûlés, casqués comme des motards et vêtus d’anoraks ridicules, aux cours de ski de l’ESF. Voilà pour l’essentiel.
Lire aussi : Prise de tête basque : le béret, l’accessoire identitaire indispensable
Possiblement traumatisés par leurs propres cours de ski, au cours desquels ils suivaient à la file indienne entre les sapins, comme des canards glissants, un moniteur ou une monitrice à l’aisance diabolique, les fabos se sont juré d’être hyper cool sur les pistes, et aussi peu craignos que possible, quand ils seraient grands. Le ski, c’est comme la plage, on fait semblant d’y aller nature, mais bon, on fait tout de même un peu gaffe. Et évidemment, dans ce domaine comme en tant d’autres, il y a plusieurs écoles.
Après tout, mieux vaut se casser la figure sur un champ de bosses une bonne fois que faire du chasse-neige toute sa vie
Les vieux chnoques les plus rigoureux (quel que soit leur âge), suivant en cela l’exemple que donne James Darwen dans Le Chic anglais, choisissent des skis en bois, des chaussures de randonnée, des pantalons en velours et des vestes en tweed. Avec ça, une paire de lunettes de glacier (avec des verres miroir et des pièces de cuir sur les côtés), peut-être une écharpe en laine, et hop! L’assurance de rendre hommage aux anciens, mais aussi, c’est probable, de foutre une honte intersidérale à votre progéniture, laquelle n’a probablement pas besoin de ça.
Levi’s fatigué, guêtres bleu marine à zip, col roulé, Aviator, mains dans le dos comme les patineurs, et surtout pas de bâtons, ça fait touriste
Les artistes de la sprezzatura sur glace, eux, skient comme si de rien n’était, et même comme s’ils n’avaient pas prévu de faire une piste noire ce matin-là : Levi’s fatigué, guêtres bleu marine à zip, col roulé, Aviator, mains dans le dos comme les patineurs, et surtout pas de bâtons, ça fait touriste. Il faut sacrément toucher sa bille pour se permettre autant de désinvolture, mais quel effet si ça passe ! Nos frères italiens, dans les stations frontalières du Val d’Aoste, ont souvent appris, tout petits, à skier avec les pieds attachés, pour ne pas perdre la bella figura quel que soit le contexte. Après tout, mieux vaut se casser la figure sur un champ de bosses une bonne fois que faire du chasse-neige toute sa vie – une injonction qui, en y réfléchissant bien, est presque métaphorique et vaut pour pas mal de choses.
Lire aussi : Le seersucker, uniforme de la dolce vita
Entre les deux, on peut faire partie des gens qui s’en foutent, évidemment. On peut tenter la combinaison, sans égard pour la commodité de cette tenue, mais c’est dur de ne pas ressembler à un Télétubby (n’est pas James Bond qui veut). On peut réhabiliter la parka fluo des années 80, qui ressemble aux pubs Ovomaltine, celle avec laquelle votre papa vous a fait faire vos premiers virages. Et puis, il y a quelques autres options fantaisistes, venues de sports auxquels on est souvent plus habitué: la parka Aigle avec laquelle vous faisiez de la voile à l’ESSCA (celle avec un 1853 sur la manche), la polaire Barbour qui sent encore le feu de bois des chasses de Sologne… Ou alors – ou alors – c’est presque le moment (voir notre numéro précédent) de trouver une utilité à la doudoune sans manches, pour y ranger le forfait et les clopes? Ce ne serait pas si bête…





