Skip to content

Prise de tête basque : le béret, l’accessoire identitaire indispensable

Par

Publié le

28 mai 2024

Partage

Si vous n’aimez pas la Peña Baiona, l’Ossau-Iraty et le gilet en peau de mouton, passez votre chemin… Nous à L’Inco, on aime ça ! Nous considérons le Pays basque et les grandes gueules qui l’habitent comme les chaloupes de sauvetage de l’identité française. Parmi les oriflammes de la résistance, le béret noir des bergers qui se protège face aux orages du mondialisme.
© Benjamin De Diesbach pour l'incorrect

Quoi de plus français que le béret ? Et bien… La baguette et la tour Eiffel. Peut-être, mais le béret a l’avantage sur les deux autres de protéger du vent et de la pluie. C’est aussi l’accessoire parfait qui traverse les âges et les modes. Pas une année ne passe sans que les sinistres magazines féminins ne nous annoncent le retour du béret comme accessoire phare de la saison.

Lire aussi : Corrida : défendre une tradition en tant que tradition

 Au-delà de ces délires féminins, il existe un engouement actuel pour le béret. Une mode plus scandaleuse que les petits marquis de la République qui se raccrochent aux manches du pouvoir essayent de mettre sous le boisseau : la mode identitaire.

Car le constat est cruel pour eux :  la mondialisation ne fait plus rêver ! Le projet d’une société multiethnique où chaque individu partagerait sa culture ancestrale comme on répartit un œuf Kinder dans la cour de l’école… Eh bien ce projet-là a du plomb dans l’aile et notre chèvre nationale, la dénommée Jack Lang, retourne vers le bouc, la patte boiteuse et la gueule baveuse. Est-ce parce que ce rêve est éculé, essoré comme une vieille salade aux quatre coins de la planète ? Où est-ce parce que les aspirations de l’homme moderne se perdent dans les gras effluves du McDo ? Qu’importent les raisons, le résultat s’impose : l’avenir n’appartient plus à l’individu mondialisé et interchangeable. L’identité se construit localement parce qu’elle surgit de la terre. C’est pour cela qu’elle est singulière. Le Chinois ne sera jamais Californien, pas plus que le Breton ne sera Camerounais. Cet attachement à la terre des ancêtres s’exprime aujourd’hui par des signes extérieurs comme le port du béret. Il suffit de faire les croisées du Salon de l’agriculture ou des manifestations conservatrices pour croiser des jeunes arborant le couvre-chef des bergers.

L’identité se construit localement parce qu’elle surgit de la terre

Contrairement à la casquette de baseball, le béret appartient à l’héritage national. Le béret basque bien entendu ! Nous excluons de cet article tous les faux frères qui pullulent sur les cinq continents : bérets de gaucho argentins, bérets écossais, bérets militaires, etc… Notre béret national est né dans les Pyrénées et dans le Béarn. Le mot «béret» vient du béarnais «berret» qui signifie «bonnet» et qui dérive du latin «birretum». Dès le XVII e siècle, les bergers basques remarquèrent que la laine maintenait les moutons à température optimale tant l’été que l’hiver. Souhaitant bénéficier de cette singulière capacité, ils bourrèrent leurs chaussures de laine afin d’avoir les pieds bien au chaud. La chaleur et la compression, issues d’une marche quotidienne, créèrent le phénomène de feutrage : les fibres se collèrent entre elles. Le feutre passa finalement de l’état de touffe dans les chaussures à la fabrication de vestes et de bérets. Facile à transporter, protégeant du vent et de la pluie, le béret devint rapidement l’emblématique couvre-chef des bergers.

Toutefois si le béret demeure un symbole national, les fabricants français se comptent aujourd’hui sur les doigts de la main droite. Si l’engouement pour le béret est international, sa fabrication l’est tout autant. Le touriste chinois à Paris en quête de souvenirs serait bien étonné d’apprendre que sa tour Eiffel miniature et son béret basque ont été confectionnés non loin de son village. Constat déprimant et absurde : la majorité des bérets bon marché sont produits en Asie.

C’est sans doute tragique mais nullement dramatique ! Voilà ce que pensa Rodolphe Grosset il y a dix ans. Entrepreneur dans l’industrie du cadeau souvenir, Grosset était un passionné du «made in France». Visionnaire, il comprit que la crise de la mondialisation constituait une opportunité pour le développement local. Plus les séismes économiques ou sanitaires se développaient, plus les consommateurs deviendraient méfiants. Déjà dirigeant d’une société produisant des sodas locaux (La Limonaderie de Paris), Rodolphe Grosset fut séduit par le caractère particulier du béret.

Couvre-chef économique (le produit le moins cher d’une chapellerie), le béret survit aux modes. En acheter un, c’est le garder toute sa vie. La clientèle captive est aussi internationale (cadeau souvenir pour le touriste) que locale. Ce peut-être le gosse qui part chez les scouts comme la jeune fille cherchant une allure ou la mamie se protégeant de la pluie. Le béret est par ailleurs de taille unique et unisexe. De plus, il est facilement transportable pour le client (dans une poche, un sac) comme pour le fabricant qui l’expédie en carton.

Couvre-chef économique, le béret survit aux modes. En acheter un, c’est le garder toute sa vie

Le cœur gonflé à bloc par ces lendemains prometteurs, Rodolphe Grosset lance en novembre 2012 la fabrique du Béret français. Il s’installe dans le Béarn afin de s’appuyer sur le savoir-faire local. Alors que ces concurrents ferment les uns après les autres, Grosset embauche les maîtres artisans qui sont restés sur le carreau.

Car le métier est à la fois technique et industriel. Il débute par la laine que l’on récolte sur le dos des mérinos d’Arles. Rien à voir avec les vulgaires moutons mérinos de Nouvelle- Zélande qui ont inondé le marché. Les nôtres sont la race ancestrale. Leur origine est impériale (1804, Bergerie nationale d’Arles). Ils sont le fier croisement entre une brebis locale et un bélier mérinos venu d’Espagne. Cette rencontre donne naissance à une race d’ovin pourvue d’une laine exceptionnelle. La laine du Mérinos d’Arles, une fois nettoyée, est envoyée chez le maître teinturier. «La particularité de notre cycle de production, remarque Nathalie de Mauduit, la directrice commerciale du Béret français, est de teindre la bourre de laine avant de la filer. La majorité de nos concurrents produisent des bérets blancs qu’ils teignent ensuite. Afin d’éviter le gaspillage et les risques d’une teinture ratée, nous préférons teindre les bourres de laine.»

Une fois teintes, les bourres partent chez le fileur qui transforme la laine en fibre. Autrefois les bérets étaient tricotés par les bergers, aujourd’hui c’est le labeur des machines. «Nous tricotons un béret toutes les quinze minutes» indique Nathalie de Mauduit. «Il faut deux jours pour fabriquer un lot de 130 bérets.» À la sortie des machines, chaque lot est vérifié par des couturières qui expulsent toutes les impuretés à l’aide de pinces à épiler. Si une maille a sauté au cours du tricotage, on la répare avec un fil identique.

Ses bérets s’arrachent à l’étranger. En moins de deux ans, la PME béarnaise a ouvert 40 magasins au Japon

Le lot de 130 bérets est ensuite envoyé au «foulon». C’est l’équivalent d’une très grosse machine à laver qui va, avec le battage et la chaleur, feutrer la laine. Cette étape resserre la maille et la solidifie. Au cours du «foulon», le béret perd 30% de son volume.

La troisième étape est le séchage. Les bérets qui ont été au préalable «enformés» (un disque en bois inséré à la main) sont séchés une nuit entière. Le lendemain, on retire la forme en bois. Chaque béret prend sa forme et sa taille finale. Enfin dernière étape, les bérets sont embellis par un rasage de près qui lui donne un aspect lisse et uniforme.

Destiné à disparaître il y a quelques années, le béret revient en force. Étranglé par la production asiatique, le voici qu’il gagne des marchés au Japon, en Corée du Sud et au Japon. En dépôt de bilan en 2012, la société Laulhère s’est relevée en misant sur le créneau du haut de gamme. Depuis, ses bérets s’arrachent à l’étranger.

Lire aussi : Corse, Pays basque, Bretagne, Guadeloupe : la poussée régionaliste

En moins de deux ans, la PME béarnaise a ouvert 40 magasins au Japon. À deux doigts de disparaître, Laulhère emploie aujourd’hui 44 salariés contre 25 au moment du dépôt de bilan.

Il demeure donc un espoir. Ceux qui refusent de se fondre dans la masse indifférenciée, ceux qui veulent être distingués parmi les t-shirts mous et les casquettes de baseball, choisiront l’authenticité au toc. Nous sommes d’ici et de nulle part ailleurs !

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest