Professeur de philosophie politique, Daniel J. Mahoney est depuis longtemps un auteur de référence sur le conservatisme occidental. Doté d’une grande érudition et d’une connaissance profonde de la pensée française, ce qui est rare pour un Américain, il a notamment signé des essais sur Pierre Manent, Raymond Aron, Alexandre Soljénitsyne et Roger Scruton. The Persistence of the Ideological Lie puise dans ces inspirations pour offrir un diagnostic du moment présent, et contextualiser la « révolution woke ».
L’élément déclencheur de l’ouvrage se situe à l’été 2020, lorsque la mort de George Floyd secoue le monde occidental, et initie un mouvement idéologique qui balaie tout sur son passage. Mahoney y voit une nouvelle incarnation de ce que Soljénitsyne appelle le « mensonge idéologique », qui serait au xxie siècle ce que la Révolution française et le communisme furent aux précédents. Au cœur de ce mensonge, le déni d’une réalité fondamentale : « La ligne de partage entre le bien et le mal ne passe pas entre les États ou les classes, mais traverse le cœur de chaque homme. »
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L’auteur situe la faute des mouvements révolutionnaires dans leur tendance à ériger un camp du Bien et un camp du Mal, pour concevoir le politique comme une lutte à mort entre les victimes et leurs bourreaux. Le postcolonialisme, qui fait de tous les Occidentaux des oppresseurs, se place dans cette filiation. Cette pensée binaire serait la réincarnation des excès des jacobins et des bolchéviques, et de la tentation de traquer les « ennemis de la Révolution ».
Pour Mahoney, nous serions face à une croisade idéologique contre la condition humaine, fondée sur la fausse prémisse qu’il serait possible d’expurger le Mal du monde pour arriver à une « nouvelle réalité », un Paradis terrestre. Aussi enivrant soit-il, cet utopisme entre en conflit avec des structures fondamentales qu’il est pourtant impossible d’abolir, comme la famille, la propriété, la foi et la nation. Quiconque tente de s’attaquer à ces permanences qui donnent du sens à l’expérience humaine est voué à sombrer dans une tentation totalitaire, comme l’ont démontré la Terreur et le communisme.
La persistance du mensonge depuis trois siècles n’est pourtant pas une fatalité. Aux yeux de l’auteur, 1989 fut une occasion manquée. Victoire de l’enracinement national des peuples contre l’abstraction idéologique communiste, cette répudiation du mensonge n’est pourtant pas parvenue à le discréditer, comme en atteste son retour sous forme postcoloniale. Pour vaincre l’idéologie qui a donné au monde Robespierre et Marx, Daniel J. Mahoney appelle à accepter la condition humaine dans toute son imperfection. La tâche du conservatisme en notre époque serait de congédier la déconstruction et le nihilisme pour réaffirmer des réalités permanentes et transcendantes. Contrairement aux postlibéraux qui soulignent le rôle du libéralisme dans l’institutionnalisation du wokisme en Occident, l’auteur garde espoir que les libéraux de bonne volonté se rallient aux conservateurs pour mettre en échec le mensonge. Rien n’est moins certain, alors que le libéralisme contemporain s’érige aussi sur une fiction, celle de l’individu libre et interchangeable, également en tension avec la condition humaine.





