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L’Histoire falsifiée – Cathares Gate (1209-1229)

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24 novembre 2024

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Parmi les mythes qui ont la vie dure, celui des cathares arrive en bonne tête : récupérée par toute une frange de spiritualistes new age en manque de gnose, mais aussi par des régionalistes en manque de socle identitaire, l’hérésie albigeoise a également permis à certains de déployer un antichristianisme crasse, dénonçant comme d’habitude les exactions supposées de « l’inquisition ». La vérité, comme le prouve Pierre de Meuse, auteur de L’Église et les cathares (Artège) est plus nuancée que ça.

Les causes de la répression des cathares ne sont-elles pas politiques avant d’être théologiques ?

D’abord, il faut savoir que le catharisme n’a pas commencé en Provence, mais plus tôt dans ce qui est aujourd’hui la Bosnie, avec ce qu’on a appelé les Bogomiles. Ils se sont répandus en remontant les grands fleuves : le Danube et le Rhin. Ils se sont installés, ont commencé à opérer en Champagne et puis en Flandre. Les autorités les ont rapidement mis hors-la-loi, et ils ont vite perdu leur importance dans ces régions.

En revanche, en Provence et en Languedoc, il y avait un problème, dû aux effets de la réforme grégorienne. Elle a provoqué une mise en ordre de l’Église, sur le plan ecclésial, sur son fonctionnement et sur la nature de ses subsides. D’un seul coup, les curés occitans ont eu besoin de trouver beaucoup d’argent pour construire leurs églises, et se sont mis à emprunter. Des emprunts qui se faisaient sur une durée très longue, parfois sur 100 ans. Le problème, c’est que pour emprunter, il faut des garanties : aussi les curés ont mis en gage les dîmes que l’Église encaissait. Quand ils n’arrivaient pas à payer, les seigneurs qui avaient prêté de l’argent percevaient les dîmes à leur place. Or la réforme grégorienne a déclaré que ces mises en gage n’étaient pas conformes au droit et qu’elles étaient nulles et non avenues. Ce qui voulait dire que les prêteurs avaient perdu toute garantie et que les biens de l’Église étant insaisissables : ils étaient complètement ruinés.

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Résultat, en Occitanie, dans les comtés de Toulouse, de Carcassonne et de Foix, la noblesse est devenue radicalement anticléricale. Donc quand les cathares ont commencé à s’installer dans cette région, les nobles n’ont rien fait pour les combattre, par pure défiance vis-à-vis de l’Église qui les avait escroqués. Il faut aussi évoquer une deuxième classe sociale qui était plutôt favorable aux cathares : les changeurs. Le prêt à intérêt étant interdit par l’Église, les changeurs étaient obligés d’utiliser des tas de procédés : faux contrats, contrats combinés… Or le catharisme était une religion qui tenait la matière pour impure, par conséquent les changeurs, qui produisaient de la richesse avec de l’immatériel, s’y voyaient davantage considérés que les agriculteurs, et tous ceux qui utilisaient la terre ou la fécondation, considérée comme maudite.

Maintenant, j’en viens aux raisons politiques à l’intérieur de l’Église. En fait, il faut savoir que les cathares ne représentaient pas grand-chose sur le plan de notre population. Ils étaient des groupes assez compacts, mais très peu nombreux. Par exemple, le recensement le plus important qui a été fait des cathares a été trouvé dans un petit village qui s’appelle Saint-Michel-la-Landre, en Haute-Garonne, où ils représentaient 15 % de la population. Donc les cathares n’ont jamais été un danger, mais il y avait dans l’Église des gens qui voulaient profiter de cette situation pour accroître leur pouvoir, et en particulier Bernard de Clairvaux. C’est lui qui avait des réseaux très importants et qui a poussé les papes à provoquer cette croisade.

« Si le catharisme avait “réussi”, il aurait été d’une intolérance rare »
Pierre de Meuse

Vous réfutez également la légende dorée qui voudrait faire du catharisme l’héritier d’un enseignement secret, venu de la tradition orientale, en passant par les néo-platoniciens…

Effectivement, il existe beaucoup de malentendus sur cette « tradition » cathare. Le catharisme a servi d’alibi à beaucoup de courants qui n’étaient pas du tout cathares, mais qui en ont profité pour justifier leur propre opposition à l’Église. À commencer par les protestants calvinistes, qui ont fabriqué beaucoup de légendes sur le sujet, mais aussi les théologiens qui ont trop vite établi des similitudes avec des traditions orientales comme le manichéisme ou la gnose. En fait, on n’a absolument pas trouvé d’élément de vocabulaire ou de mythologie relatif à ces traditions anciennes dans le catharisme. Pour la gnose, c’est un petit peu différent. Il y a quelques mots, très peu, mais ces mots, en fin de compte, les cathares les ont trouvés à l’intérieur des ouvrages de théologiens catholiques qui étaient à leur disposition. Le catharisme n’a aucune filiation antique comme le pensait, par exemple, la philosophe Simone Weil. Elle était très en relation avec un tas d’ésotéristes occitans, qui avaient inventé cette filiation entre le catharisme et la sagesse orientale. Elle s’est complètement plantée sur ce sujet.

Au final, c’est davantage un effet pervers de la réforme grégorienne, qui a voulu combattre l’ignorance des clercs en instaurant les fameuses discussions « quodlibétiques ». C’est-à-dire des discussions publiques dans lesquelles on discutait un sujet de théologie et où chacun pouvait développer le point de vue qu’il voulait. Le catharisme est parti en quelque sorte de ces discussions, qui ont contribué à rendre plus prosaïques certains points précis de théologie. Les cathares étaient avant toute chose de bons débatteurs, qui n’allaient pas au fond des choses mais qui disaient des choses que tout le monde pouvait comprendre. Donc, le catharisme est le résultat d’une fermentation à l’intérieur de l’Église, et pas du tout d’un apport extérieur dû à une affiliation étrangère et lointaine. Le catharisme est une religion qui exploite et extrémise des conceptions qui étaient déjà présentes dans l’Église, mais qui soit appartenaient à une conception archaïque et peu à peu abandonnée, soit était le résultat d’une interprétation totalement prosaïque.

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On met souvent en avance la fameuse « tolérance » des cathares, et on les présente comme des hippies avant l’heure.

Tout cela a été soutenu par des gens qui détestaient l’Église. Notamment les jacobins qui se sont appuyés aussi sur le catharisme, en disant : les cathares sont des victimes de l’autoritarisme des rois et de l’intolérance de l’Église. En réalité, si le catharisme avait « réussi », il aurait été d’une intolérance rare. Ils défendaient notamment le « transitionnisme », qui revendique l’ « apocatastase » c’est-à-dire le retour à un état antérieur à la Création, c’est-à-dire la fin des hommes. Au final, le catharisme n’est pas une religion très sympathique… Ce sont des gens qui détestent le corps, la matière, la fécondation, et qui voient chaque naissance comme une « catastrophe ».

Concernant le fameux sac de Béziers par les croisés, est-ce que, selon vous, les chiffres n’ont pas été un peu exagérés ?

Les chiffres ont été exagérés sur beaucoup de choses. On sait d’ailleurs que ce n’est pas l’Église qui a commandé le sac de Béziers. C’est tout simplement le résultat d’une sottise de la part de l’élite biterroise. La ville étant réputée imprenable, les croisés avaient engagé des « routiers », c’est-à-dire des mercenaires, qui ne vivaient que pour le pillage. Lorsque les élites biterroises ont voulu faire une sortie pour bousculer les croisés, les routiers se sont engouffrés dans la brèche. Une fois rentrés, ils ont effectivement massacré une partie de la population. Mais c’était malheureusement le genre de désastre militaire qui était monnaie courante au Moyen Âge.

Pourquoi, selon vous, le catharisme est aussi à la mode depuis l’ère moderne ?

C’est l’avantage des religions qui ont échoué : tout le monde peut s’en revendiquer puisque plus personne n’est là pour revendiquer une quelconque vérité. Donc chacun peut se servir de cet exemple historique pour dire n’importe quoi. On a écrit des trucs invraisemblables, par exemple que le Graal est une création cathare, qu’il se trouve à Montségur… ce qui est une absurdité complète. Il y a aussi les régionalistes qui en font une fierté locale, sans savoir que les cathares, d’ailleurs, n’étaient pas spécialement favorables aux libertés occitanes.

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