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Église : 2000 ans de fake-news

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Publié le

20 novembre 2024

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Spécialiste du Vatican et fondateur de la web-radio Storiavoce, l’historien Christophe Dickès signe Pour l’Église, ouvrage aussi magistral que méticuleux qui met à bas les contre-vérités qui visent à torpiller la barque de Pierre.

Qui ont été, et quand, les fers de lance des contre-vérités sur l’Église qui sévissent encore aujourd’hui ?

L’Église, dans sa longue histoire, a dû faire face à de multiples critiques en son sein même. En soi, ces critiques ont toujours été une bonne chose parce qu’elles ont permis à l’Église de préciser sa pensée, d’évoluer et surtout de cultiver le débat en son sein. Cependant, comme chacun sait, il y a eu aussi des moments de tensions ayant généré ruptures et schismes.

Cependant, il faut attendre la Réforme protestante au XVIe siècle pour que se mette en place une critique systématique de l’institution ecclésiastique, de sa hiérarchie mais aussi de sa nature et de ses conceptions. Les premiers clichés historiques sur l’histoire de l’Église datent de cette époque. Cette critique se développe de nouveau au XVIIIe avec la philosophie des Lumières et, plus encore, au XIXe siècle avec le scientisme et le progressisme.

Notre image d’une institution passéiste et obscurantiste s’articule entre ces trois époques. Tout en soulignant ce que l’Église a pu faire de mal dans son passé, l’anticléricalisme s’est bien gardé de souligner ce qu’elle avait apporté de positif.

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Comment expliquer que l’Église, plutôt que de se défendre, a cédé à la repentance, puis désormais à l’ignorance ?

Là aussi la repentance n’est pas une chose nouvelle dans l’Église : elle correspond simplement à la confession des fautes commises.  En 1522 par exemple, le pape Adrien VI confesse les fautes de la papauté et de l’Église afin de répondre à la critique de Luther. En vain. En 2000, Jean-Paul II a fait de même dans le cadre de l’année jubilaire qui célébrait la naissance du Christ. Cependant, iI encourageait par ailleurs la recherche historique. Il demandait surtout que soit cultivée la nuance dans les études. Autrement dit, que la recherche ne tombe ni dans l’anachronisme, ni dans une forme d’idéologie binaire des bons d’un côté, des méchants de l’autre…

Or, la repentance a créé un effet de loupe : l’Église s’est retrouvée au centre d’un procès médiatique avec de multiples chefs d’accusation qui n’étaient autre qu’une reprise des poncifs anticléricaux. Cette culpabilité unilatérale s’est comme inscrite dans la conscience des fidèles et du clergé qui, faute de connaissance, n’ont pas su ou n’ont cherché à y remédier.

On peut aussi trouver les causes de ce rejet du passé dans le Concile Vatican II lui-même. En effet, en séparant l’Église de l’État, la papauté a souhaité clore tout un pan d’une histoire politico-religieuse qui remonte à la fin du IVe siècle ! En agissant ainsi, elle refermait une page de son histoire et a préféré oublier son passé, cédant ainsi à une forme de progressisme. D’où le constat sans appel de l’historien Andrea Riccardi sur les autorités de l’Église : « Leur manque de culture historique dans l’évaluation des phénomènes a conduit à un appauvrissement de la compréhension du réel ».

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Vous battez en brèche de nombreuses idées reçues, par exemple l’idée selon laquelle l’Église se serait de tout temps opposée à la science. Quelles sont vos preuves ?

Quand le christianisme s’est développé à l’époque antique, il a été très vite confronté à la question de ses rapports avec l’hellénisme. Autrement dit, dès les premiers siècles, se pose la question du rapport de la foi et de la raison. À la charnière des IIe et IIIe siècles, Clément d’Alexandrie explique par exemple qu’il est nécessaire que la foi soit exercée dans la science.

Plus tard au Moyen âge, il existe une forme de rationalisme : parce que la nature a été créée par Dieu, il s’agit de la comprendre. Dans son discours au collège des Bernardins, Benoît XVI avait souligné ce caractère essentiel de l’époque médiévale à savoir que la recherche de Dieu ne s’opposait pas à la science. Au contraire, elle la porte. Ce qu’avait compris Oppenheimer popularisé par le génial Christopher Nolan. Le fameux physicien américain affirmait ainsi que « le christianisme était nécessaire pour donner naissance à la science moderne ».

Vous l’aurez compris, la fameuse affaire Galilée ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt des hommes de sciences dans l’histoire de l’Église et dont je donne un aperçu dans mon livre.

Sur le plan politique, l’État moderne doit beaucoup à l’Église.

Vous documentez aussi de nombreuses avancées que l’on doit à l’Église, aussi diverses que l’organisation du temps, l’école, l’hôpital, etc. Que lui doit-on sur le plan politique, élément bien moins connu ?

Sur le plan politique, l’État moderne doit beaucoup à l’Église. Elle est d’abord à l’origine d’une distinction des pouvoirs spirituel et temporel, de l’Église et de l’État. Même si pendant des siècles, l’un et l’autre étaient étroitement liés dans leurs actions, la distinction permet d’envisager ce que nous appelons aujourd’hui la naissance de la laïcité.

En outre, alors que pendant des décennies, les études historiques se sont employées à opposer l’Église et l’État moderne naissant, on voit qu’aujourd’hui des historiens soulignent l’apport de la Réforme grégorienne, du nom du pape Grégoire VII, à la construction des structures de l’État et d’un droit objectif et universel. L’Église a comme anticipé les fonctions de l’État souverain, de son organisation bureaucratique et fiscale, en mêlant à la fois le droit romain et le message évangélique.

En revanche, il est faux d’affirmer que l’Église ait été à l’origine des principes démocratiques comme le pensaient les démocrates-chrétiens. Même s’il est vrai que, des origines à nos jours, elle a régulièrement utilisé le mode électif dans son fonctionnement institutionnel. Elle a même été une des seules à le faire.

On sort de cette lecture en se disant que l’Église, bien que réputée obscure et en phase terminale, est finalement partout autour de nous, et que ses ennemis ne s’en débarrassent pas si facilement…

Oui, vous avez tout à fait raison. Pourtant, j’aime assez peu le terme de racines chrétiennes. D’abord parce que les racines sont un élément figé alors que le christianisme est une dynamique. Il est donc performatif. C’est ce que nous enseigne justement l’étude de son histoire : l’Église n’est pas figée et possède en elle une incroyable vitalité, même en période de crise. C’est pourquoi je préfère le terme de fondations qui oblige à continuer à écrire cette histoire. Et c’est aussi pour cette raison qu’avec mon éditeur, nous avons choisi pour couverture l’image d’une cathédrale en construction.

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Votre livre se conclut sur un beau plaidoyer pour l’histoire. En quoi constitue-t-elle le meilleur antidote aux désordres de notre temps ?

L’histoire ne doit pas être un musée des curiosités. Le grand historien belge Henri Pirenne disait que s’il avait aimé les vieilles choses, il serait devenu antiquaire. Or, comme il affirmait aimer la vie, il est devenu historien. On retrouve dans notre histoire cette vitalité que j’évoquais à l’instant.

L’histoire est aussi un exercice de l’intelligence, elle est maîtresse de vie et de vérité selon le fameux mot de Cicéron. Elle nous enseigne ce que nous avons fait de bien et, au contraire, ce que nous avons fait de mal. Elle nous invite à ne pas recommencer les erreurs du passé ou, au contraire, à y chercher des exemples, des intuitions ou des précédents afin de mieux préparer l’avenir. Autrement dit, si l’Église ne regarde pas aussi son passé, elle est comme condamnée à rester engluée dans la crise du temps présent. Elle serait alors sans avenir.

Elle dit enfin ce que nous sommes et ce que nous ne sommes pas. Là aussi le pape Benoît XVI avait compris que la perte d’identité était un danger mortel pour une institution qui avait 2000 ans d’histoire.

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