Si le sujet du père dans un monde nocif n’est pas une nouveauté cinématographique, on remarque depuis quelques années le développement d’une vraie réflexion sur ce thème en provenance d’outre-Atlantique (Captain Fantastic ou Leave no trace) et qui semble faire pièce à la propagande hystérico-connasse dénonçant l’affreux patriarcat pour mieux promouvoir les inepties idéologiques du « genre ». Avec Light of my life, Casey, le cadet des Affleck, se met en scène en tant que « papa », seul nom attribué au personnage, assumant son statut dans un monde apocalyptique. Dans cet avenir proche, après l’éradication de la population féminine, seule Rag, sa fille unique, a été miraculeusement épargnée. Dans ce monde brutal où se déchaînent les instincts primaires, la survie passe par la discipline, la vigilance, l’échappée permanente et les subterfuges.
Les situations extrêmes où nous projette le réalisateur ont l’avantage d’aller droit au but tout en excitant l’empathie, conjuguant ainsi raison et émotion. Quand l’ombre de la mort envahit tout, il n’est plus temps ni pour les tricheries ni pour les pudeurs. Et ô surprise, on découvre des choses étonnantes: par exemple, que l’homme, ce grand singe patriarcal, prédateur, voire esclavagiste de surcroît s’il est blanc, se révèle finalement bien moins encombrant que prévu lorsqu’il faut défoncer une abominable bestiole tentée de becter vos enfants au moindre bruit (l’excellentissime Sans Un Bruit) ou qu’il faut réquisitionner une bagnole pour éviter à sa fille de finir changée en Mister Freeze: « Je suis plus fort que toi, j’ai besoin de ta voiture, restons-en là », explique ainsi calmement « papa » Affleck avant de s’emparer d’un véhicule, de même qu’il assure à sa petite fille « que non, les enfants ne sont pas créés dans des laboratoires » comme ce nouveau monde sans femmes tente de faire, mais qu’ils sont le fruit « de l’amour d’un homme et d’une femme ».
A défaut de nerfs et d’originalité, l’acteur-réalisateur surprend par sa finesse d’écriture
À la différence de son frère Ben Affleck, acteur médiocre mais élégant réalisateur, le cinéma de Casey ne s’inscrit pas dans une grammaire classique mais puise ses références chez ceux qui l’ont fait jouer, comme David Lowery (Ghost Story) ou Andrew Dominik (L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford), un cinéma contemporain et minimaliste, qui s’avère parfois surtout chiant. Il annonce d’ailleurs la couleur dès l’ouverture avec un plan fixe en plongée sur un père racontant un conte à sa fille pendant douze minutes: son Survival sera introspectif. Le père et sa fille vivent dans les bois, se déplacent dès qu’ils croisent un être humain et sont en mesure plier bagage en trente secondes au premier soupçon. Affleck montre peu le danger puisqu’il cherche avant tout à montrer comment le père préserve l’innocence de sa fille. Si sa caméra se montre élégante lorsqu’il capte dans un fortement étrange ces maisons abandonnées et ces villes sans âme, l’ensemble manque néanmoins de singularité. Son immersion reste trop uniforme et répétitive pour nous impliquer complètement malgré un dernier tiers intense. Cela étant, à défaut de nerfs et d’originalité, l’acteur-réalisateur surprend par sa finesse d’écriture. Il touche très juste lorsqu’il se met en scène en « papa » maladroit contraint d’expliquer le cycle féminin à sa fille et nous bouleverse quand il l’engueule (lumineuse Anna Pniowsky) parce qu’elle se « déguise » en fille. Des moments de vérité saisissant dans cette tragédie inégale que traversent des éclats lumineux.





