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Si encore la Ligue du LOL avait été dissoute en conseil des ministres, mais non, il eût fallu instruire le dossier. Sans aucun acte judiciaire ni même administratif, ses membres ont été jetés en pâture et exécutés. C’est la loi du marché : qui prend une balle libère une place.
La saison de la chasse est ouverte toute l’année dans la France d’après. Nous construisons tous ensemble une société plus inclusive, dont l’unique dessein semble l’expurgation des maux qui la rongent, des maux anciens et profonds : le patriarcat, l’humour, la dérision, le détachement, l’objectivité, le droit. Les procès sont désormais publics, comme autant de tribunaux populaires dressés à la hâte pour assouvir l’envie pressante de sang frais de porcs, de salauds et de monstres que réclame la foule fulminant de rage et réclamant vengeance. Les membres de la défunte « Ligue du LOL » l’ont appris à leurs dépens, mais nous ne devrions pas nous en réjouir. Ce qui leur est arrivé est susceptible de nous arriver un jour à tous.
C’est ce qu’ont subi les membres de la Ligue du LOL : un lynchage au passé composé, au mépris des règles de droit les plus élémentaires, avec un fond complotiste proprement délirant.
L’apparition de nouveaux outils a rendu possible ces Grandes Purges 2.0 que certains jubilent à organiser. Les paroles s’envolent et les écrits restent, disait-on autrefois. Aujourd’hui, les paroles sont éternelles, à jamais enregistrées dans les archives numériques. Rien ne s’efface. Rien ne s’envole. Vous pouvez être comptables de mots écrits sous le coup de la colère lors de votre adolescence, de traits d’humour incompris à l’heure où le second degré est mort, de comportements suspects dans votre petite enfance : Big Mother tient ses fiches régulièrement à jour. C’est ce qu’ont subi les membres de la Ligue du LOL : un lynchage au passé composé, au mépris des règles de droit les plus élémentaires, avec un fond complotiste proprement délirant.
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Tout est parti d’un entretien accordé par le journaliste Vincent Glad au site Le Vent se lève, proche des Insoumis. Dans cette interview, le susnommé Glad s’est probablement montré un peu trop donneur de leçons, critiquant le traitement de la crise des Gilets jaunes par certains de ses confrères. Il faut bien admettre qu’il avait assez bien suivi ces Gilets jaunes, se consacrant à une veille numérique capitale pour comprendre le phénomène, notamment sur facebook. Vincent Glad indiquait alors que les journalistes avaient « manqué d’empathie » et avaient « trop essayé de plaquer les codes politiques de [leur] classe sociale » sur des Gilets jaunes qui ne s’y reconnaissaient pas.
L’aubaine était parfaite pour les néo-féministes post-« balance ton porc », toujours avides de clouer au pilori de nouveaux mâles ontologiquement mauvais. Mieux encore, la Ligue devenait l’occasion d’un grand aggiornamento de la part de ses membres et des rédactions qui les employaient.
Une semaine plus tard, le même Vincent Glad était la cible d’attaques sur twitter. Lui était reproché son manque d’empathie… quelque dix années auparavant, quand, pionnier du réseau social, il était abonné à un humour noir assez adolescent et à un « trolling » qu’on ne définissait pas encore comme du harcèlement. L’aubaine était parfaite pour les néo-féministes post-« balance ton porc », toujours avides de clouer au pilori de nouveaux mâles ontologiquement mauvais. Mieux encore, la Ligue devenait l’occasion d’un grand aggiornamento de la part de ses membres et des rédactions qui les employaient. Une thérapie de groupe où les acteurs de cet ancien système prétendument oppressif ont dû confesser leurs péchés mortels : mansplaining, patriarcat intériorisé, grossophobie, etc.
Ces dernières années, avec le Gamergate ou le 18-25, je crois qu’on a tous pu prendre conscience de la masculinité toxique dans laquelle se vautre encore cette sous-culture. La ligue du LOL, c’était le “boys’ club”. Ce sont les femmes et les racisés qui en ont fait les frais.
Dans des lettres d’excuse dignes d’écoliers pris la main dans le sac, Vincent Glad ou Olivier Tesquet se sont d’ailleurs excusés en se mettant plus bas que terre, comme s’ils étaient les auteurs de crimes de sang. Ils n’avaient alors pas compris que les crimes de sang sont impardonnables. Les avouer c’est se condamner : « Ces dernières années, avec le Gamergate ou le 18-25, je crois qu’on a tous pu prendre conscience de la masculinité toxique dans laquelle se vautre encore cette sous-culture. La ligue du LOL, c’était le “boys’ club”. Ce sont les femmes et les racisés qui en ont fait les frais. Chaque homme devrait se saisir de ce moment pour y réfléchir ».
Car les envieux rodaient, prêts à brandir le glaive de la justice pour les futurs postes à pourvoir.
Cette auto-flagellation pathétique n’aura donc servi à rien. Tout au contraire. Dès le lendemain de la révélation de l’affaire, une vague de sanctions sans précédent s’est abattue sur les ligueurs : mises à pied, procédures de licenciement accélérées ou mises à mort sociales pures et simples. « Ils vont être condamnés lourdement aux prud’hommes ! Rien n’a été fait dans les formes. On nous a sacrifiés à la vindicte, sans même regarder qui avait fait quoi, qui était membre ou pas. Il suffisait que votre nom sorte et c’était fini », témoignait sous couvert d’anonymat l’un des ligueurs. Car les envieux rodaient, prêts à brandir le glaive de la justice pour les futurs postes à pourvoir.
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Le 5 février, un certain Jean, un journaliste connu selon nos sources, a posé une question sur la page Check News de Libération : « La Ligue du LOL a-telle vraiment existé et harcelé des féministes sur les réseaux sociaux ? » Et le bloc anti-« fake news » de Libé de citer
Daria Marx – fondatrice du collectif Gras Politique, tout un programme donc – ou encore Nora Bouazzouni, pour que le feu prenne. Un des journalistes visés dans l’affaire a d’ailleurs témoigné sur Check News. Ce qu’il en dit est édifiant : « La subtilité perfide, c’est qu’ils ne se présentent plus comme fact checkers mais comme service de questions-réponses, alors que c’est tout de même un service imaginé à la base par une agence dans le cadre de la couverture de la campagne présidentielle de 2017. Il y aurait évidemment beaucoup à dire mais je préfère attendre l’issue judiciaire… »
Tous les ligueurs ont été dégagés manu militari, le mal expurgé. Aux Inrocks, David Doucet a été licencié pour faute une heure après qu’on lui a proposé de signer une rupture conventionnelle. Il a appris tout ça dans la presse. Il se trouvait pourtant dans les locaux du journal à ce moment-là. Voilà des méthodes qui feraient passer Jean-Marie Meissier pour Mère Teresa.
À Libération comme aux Inrocks, on n’a pas attendu la justice officielle pour la rendre. Tous les ligueurs ont été dégagés manu militari, le mal expurgé. Aux Inrocks, David Doucet a été licencié pour faute une heure après qu’on lui a proposé de signer une rupture conventionnelle. Il a appris tout ça dans la presse. Il se trouvait pourtant dans les locaux du journal à ce moment-là. Voilà des méthodes qui feraient passer Jean-Marie Meissier pour Mère Teresa. Dans le petit monde bienveillant de la presse branchée sévit le même darwinisme social que partout ailleurs. Est-ce à dire que la Ligue était composée d’agneaux ? Très probablement pas, mais fallait-il les livrer à la vindicte populaire et aux menaces de mort sans preuves ? Fallait-il, comme l’a fait Matthias Jambon-Puillet, diffuser la liste des membres au prétexte que l’un d’entre eux occupait « une position sociale plus élevée » que la sienne ? Fallait-il, comme Élisabeth Laborde, s’essuyer sur la présomption d’innocence et publier instantanément un communiqué de la rédaction évoquant avec emphase la « pulsion de mort » des ligueurs ? Élisabeth Laborde, rédactrice en chef des Inrocks virée depuis pour sa gestion calamiteuse de la « crise ». Celle-là même qui décida d’offrir la couverture du journal à Bertrand Cantat, au motif, certes noble, de la distinction nécessaire à opérer entre l’artiste et l’homme. Les hommes sont parfois remplacés par des femmes : des féministes, des féministes à cheveux bleus, des féministes portant le tchador, des hommes devenus femmes. Quant aux méthodes, elles restent les mêmes dans la start-up nation : ce qui est su est plus important que ce qui est.
Gabriel Robin
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