Skip to content

Ludovine de la Rochère : « Toutes les décisions devraient être prises en fonction de la famille »

Par

Publié le

29 novembre 2021

Partage

À droite, la campagne présidentielle bat son plein. Un sujet fondamental manque pourtant à tous les débats jusqu’alors : la défense de la famille traditionnelle, et toutes les questions bioéthiques que cela soulève. Présidente de La Manif pour tous, Ludovine de la Rochère décrypte ce silence coupable. Entretien.
ludo

En trois débats, les candidats LR n’ont jamais abordé un thème pourtant central dans le corpus conservateur : les questions bioéthiques, de l’avortement à la GPA en passant par le mariage homosexuel, la PMA et l’euthanasie. Que cette omission vous inspire-t-elle ?

Ils ont été plusieurs à évoquer la politique familiale, le wokisme ou le « iel » dans le Robert qui fait polémique. Ils pensent donc avoir été sur le terrain de la famille et de ce que cela suppose. C’est terrible : ils ne parlent aux familles que par les politiques familiales et la fiscalité, alors que ce n’est qu’un infime aspect de la chose. Quand ils évoquent le wokisme, ce n’est pas par rapport à la théorie du genre et ses dérives malsaines (PMA, GPA, etc.), mais pour pointer du doigt le fait que tel professeur qui n’ait pas pu s’exprimer à l’université. De fait, ils sont très en retrait sur des questions beaucoup plus fondamentales sur le plan anthropologique et sociétal. Je pense que cela explique qu’ils sont pour l’instant assez bas dans les sondages : il leur manque une partie importante des enjeux actuels. Nous sommes dans un contexte d’opposition très forte entre d’un côté le progressisme individualiste libertaire, et de l’autre une vision très pro-famille qui postule le respect de la dignité humaine, des besoins fondamentaux de l’enfant et du mariage.

Ils ont un vrai problème de compréhension de l’importance de ces enjeux, et plus simplement de leur électorat. On sait que François Fillon avait connu une belle montée dans les sondages, et malgré les affaires avait obtenu des résultats loin d’être médiocres en s’exprimant sur ces sujets. Les candidats actuels n’ont pas intégré le fait que ces sujets sont porteurs pour la droite. Le fait que Bellamy ait eu des mauvais résultats aux européennes leur a fait penser que ces thématiques n’intéressaient plus personne. En réalité, au moment des européennes, nous n’étions pas encore sortis de la crise des Gilets jaunes, et une partie de la droite a alors préféré renforcer le pouvoir d’Emmanuel Macron en soutenant la candidate LREM aux européennes. Si un candidat LR veut avoir davantage de voix, il est évident que les sujets de société sur la famille sont incontournables.

Lire aussi : Valérie Pécresse, la droite dans le vent

À se focaliser sur les questions de sécurité et d’immigration, la droite n’opère-t-elle pas un tournant strictement identitaire qui a des mérites, mais qui lui fait oublier le plus élémentaire : les questions relatives au droit naturel ?

C’est du moins ce que nous nous évertuons à leur dire avec insistance. Ils veulent tous luter contre l’insécurité, et cela passe non seulement par le contrôle de l’immigration et de l’islam, mais aussi par l’éducation, et donc la famille. Vouloir agir pour améliorer la sécurité des Français signifie aussi œuvrer pour l’éducation afin que chaque enfant soit à l’aise dans son identité sexuelle, que la famille puisse assurer sa mission, et que l’école et les réseaux sociaux ne déstabilisent pas les enfants.

Toutes les décisions politiques devraient être prises en fonction de la famille. De fait, l’humain et la société sont la finalité de la politique, et la famille est la colonne vertébrale de la société, puisqu’elle est le premier lieu d’éducation de l’humain. On voit très bien avec la gauche et LREM que quand le pouvoir est défiant avec la famille et qu’il la déconstruit, les violences montent, la natalité baisse, et l’éducation des enfants se défait au point que l’Éducation nationale ne puisse même plus assurer son rôle. Il faut donc soutenir la famille dans ce qui la fait et la compose.

La société française est coincée entre les thèmes migratoires et l’islam d’un côté, et la déconstruction de la famille de l’autre, ce qui est gravissime

Huit ans après les grandes heures de la Manif pour tous, dans laquelle beaucoup ont vu un renouveau conservateur en France, faut-il y voir un échec pour votre mouvement ?

Je ne le crois pas parce que je constate qu’il y a de plus en plus de jeunes professionnels, intellectuels et journalistes qui s’intéressent à ces questions. Il y a beaucoup de jeunes qui rejoignent la Manif pour tous. Dernièrement, nous avons fait une opération de collage à laquelle beaucoup ont participé à travers toute la France : cinquante mille affiches ont été placardées pour la famille contre l’idéologie du genre. Sur ces sujets fondamentaux, il y a quand même un travail qui demande un peu de durée et de persévérance : nous ne pouvons, du jour au lendemain, changer un état d’esprit qui s’est mis en place depuis des dizaines d’années.

Parmi les cinq candidats LR, lequel vous semble tout de même le plus au clair sur ces questions bioéthiques ? Quid d’Éric Zemmour et de Marine Le Pen ?

À ce jour, la plus éloignée de cette nécessaire protection de la vie humaine et de sa dignité est Valérie Pécresse. Elle a magistralement retourné sa veste il y a quelques semaines sur France 2 : elle serait désormais favorable à la PMA sans père, au point qu’elle aurait voté la loi si elle avait été députée. C’est un exemple typique de ce qui provoque un écœurement et une défiance des Français. Xavier Bertrand avait dit vouloir réfléchir aux sujets politiques à l’aune de la famille. Il l’a dit une fois, timidement, sur les trois débats avec LR, mais désormais c’est silence radio. Celui qui serait le moins éloigné de ce que nous défendons est peut-être Éric Ciotti ou Michel Barnier, même si c’est difficile à dire puisqu’ils ne s’expriment pas sur le sujet. Il faut donc qu’ils clarifient leur ligne sur ces enjeux qui rassemblent des centaines de milliers de personnes chez Zemmour, qui lui tient un propos clair et net sur le sujet.

Lire aussi : Xavier Bertrand, la droite olfactive

Marine Le Pen n’évoque peu ou pas ces thèmes. Elle n’a pas déposé d’amendement contre la loi bioéthique mais a voté contre. Il est de notoriété publique que son électorat est partagé sur ces thématiques, mais il me semble, pour l’avoir rencontrée, qu’elle comprend parfaitement l’intérêt et les enjeux de la famille. On peut espérer de sa part une politique familiale ambitieuse, et pas seulement sur les aspects techniques (allocations, etc.) qui ont certes leur importance mais qui restent très secondaires par rapport à tout ce qui concerne la vie des familles.

Les questions bioéthiques risquent-elles d’être escamotées lors du débat présidentiel ?

J’espère que ce ne sera pas le cas. Il est vrai que l’on traite plus des questions, certes très importantes, de sécurité. De fait, la société française est coincée entre les thèmes migratoires et l’islam d’un côté, et la déconstruction de la famille de l’autre, ce qui est gravissime. Avec l’idéologie du genre, nous avons même la remise en cause de l’homme et de la femme : on pourrait dire, pour résumer, que nous sommes coincés entre islamisme et transhumanisme. Ni l’un ni l’autre ne sont souhaitables puisqu’ils peuvent mener à la mort de l’individu. Nous devons tous porter cet enjeu qui est celui de la famille et de la filiation père-mère-enfant. Même si un enfant ne vit pas avec ses deux parents, on doit au moins prendre en compte qu’il a un papa et une maman, et qu’ils sont nécessaires à son développement. Les politiques doivent s’emparer de cet enjeu majeur.

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest