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Député européen de 1999 à 2009, Paul-Marie Coûteaux estime que le climat actuel est beaucoup plus propice aux changements qu’il désirait mettre en œuvre quand il siégeait. Il défend aujourd’hui un souverainisme politique et culturel qui le conduit à se démarquer de certains compagnons de route.
Quand vous étiez député européen, avez-vous pu faire avancer des projets et changer les choses de l’intérieur ?
C’est difficile de faire avancer des projets quand on est extrêmement minoritaire. Il faut dire qu’à l’époque de ma première élection, en 1999, la supranationalité battait son plein à Bruxelles et à Strasbourg. Nous autres, souverainistes, étions marginalisés. Charles Pasqua présidait en 1999 un groupe de trente députés sur les 626 élus que nous étions. Cependant, j’ai tout de même réussi à jouer le rôle de lanceur d’alerte notamment au sujet de la directive Bolkenstein sur les travailleurs détachés. C’est la lettre d’actualité mensuelle, L’Indépendance, que j’avais fondée en 2002 et qui est devenue ensuite Les cahiers de l’Indépendance, qui a révélé au grand public ce projet de directive qui a été un des sujets majeurs de la campagne référendaire sur le traité constitutionnel européen en 2005.
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Qu’est-ce qui a changé aujourd’hui ?
Le climat n’est plus du tout le même et rétrospectivement, les évènements nous ont donné raison. D’abord, la politique étrangère et de sécurité commune (PESC), instaurée par le traité de Maastricht, s’est révélée un échec, notamment dans l’impossibilité d’adopter une diplomatie commune. L’UE ne pouvait donc légitimement pas se considérer comme un État. L’autre innovation de Maastricht, la monnaie unique, s’est aussi avérée une impasse. Si bien qu’aujourd’hui, les pays qui ont gardé leur souveraineté monétaire ne cherchent aucunement à intégrer la zone euro, alors qu’à l’inverse, beaucoup se plaignent de la férule de la monnaie unique. Même l’Allemagne, qui a longtemps bénéficié de l’euro, commence à accuser le coup car elle a le sentiment de payer pour les États surendettés du sud de l’Europe qui n’appliquent pas les règles budgétaires. De fait, si les Allemands revenaient au mark, celui-ci serait beaucoup plus fort que ne l’est l’euro aujourd’hui, ce qui ferait rentrer encore plus de devises.
Il faut toutefois travailler à la compatibilité de ces appartenances multiples, la petite patrie ou Heimat n’étant pas exclusive d’une appartenance nationale – qui reste le cadre de référence pour instruire la politique étrangère, la redistribution, la solidarité et l’éducation – ainsi que d’une appartenance européenne qui reste un ancrage civilisationnel majeur.
C’est pourquoi, le patronat allemand n’est pas très favorable à l’euro. C’est d’ailleurs un ancien président de la confédération patronale allemande, Hans-Olaf Henkel, qui a co-fondé le parti anti-euro AfD, en 2013. Enfin, le rejet par les peuples français et hollandais du traité constitutionnel européen en 2005 a marqué un coup d’arrêt extrêmement fort à cette logique de fuite en avant. Psychologiquement, on se rend compte que les peuples ne suivent plus. Si vous rajoutez à cela la montée en puissance du groupe de Visegrad, l’arrivée au pouvoir de Matteo Salvini en Italie et de Sebastian Kurz en Autriche, ainsi que le vote en faveur du Brexit au RoyaumeUni, vous pouvez légitimement espérer pouvoir changer les choses de l’intérieur. Ce qui n’était pas possible il y a vingt ans le devient.
On parle souvent du carcan européen qui étouffe les nations mais ces dernières années, on a assisté à une fragilisation des nations de l’intérieur, par la poussée des régionalismes, notamment en Écosse et en Catalogne. Or, l’Europe a, cette fois-ci, joué la carte des États, semble-t-il.
Non, l’Europe est structurellement destructrice des nations et la politique allemande est invariable sur le sujet : elle consiste à affaiblir les solidarités nationales. Rappelez-vous la phrase de Jacques Delors, alors président de la Commission européenne, lors de la mise en place du « statut Joxe » pour la Corse, en 1991 : « Quoi qu’il arrive, la Corse restera européenne ! » Cela signifiait : peu importe que la Corse soit en France, l’essentiel, c’est qu’elle soit dans l’Europe. Pour la Catalogne, le cas est différent car si elle avait mené à terme son indépendance, elle ne serait jamais entrée dans l’UE à cause du veto espagnol. Ceci dit, l’UE a beaucoup travaillé en sous-main pour accueillir Carles Puigdemont. Pensez aussi au poids du Comité européen des régions qui leur permet de se faire directement entendre de l’Union en contournant les États.
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Mais, n’est-ce pas justement le délitement des États-nations qui conduit les gens à se raccrocher à une identité de proximité, l’Heimat ou petite patrie, au détriment d’un lien jugé trop lointain ?
J’ai évolué sur ce sujet par rapport à la position que je défendais voici plus de vingt ans, quand j’ai publié L’Europe vers la guerre (1997). En effet, il ne faut pas se tromper d’ennemis. Aujourd’hui, il est double : c’est l’impérialisme américain d’une part et la guerre islamiste contre la civilisation européenne, d’autre part. De ce point de vue, je vois les régionalismes comme des affirmations d’appartenance traditionnelle qui constituent des poches de résistance qui, parfois, tiennent mieux que les vieilles nations. Il faut toutefois travailler à la compatibilité de ces appartenances multiples, la petite patrie ou Heimat n’étant pas exclusive d’une appartenance nationale – qui reste le cadre de référence pour instruire la politique étrangère, la redistribution, la solidarité et l’éducation – ainsi que d’une appartenance européenne qui reste un ancrage civilisationnel majeur. Car la souveraineté est double : elle comporte une dimension politique et un volet culturel. Or, beaucoup de souverainistes ne voient pas la question culturelle et identitaire, comme Florian Philippot, et réduisent la souveraineté à sa seule dimension politique.
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Finalement, l’Union européenne n’est-elle pas l’incarnation du vieux rêve babélien qui consiste à bâtir un projet sans en connaître les finalités, uniquement par hubris et volonté de puissance ?
Oui, c’est le vieux rêve babélien des hommes, selon lequel l’union fait la force, qui est à l’œuvre en Europe. Construire la tour de Babel, c’est rechercher la puissance. Or, la politique n’est pas le jeu de la puissance, c’est le calcul de la puissance suffisante pour rendre son pays libre, ce qui n’est pas la même chose. Ensuite, il ne faut pas oublier que si ce projet a pu prendre forme dans les années cinquante, c’est en raison de la mauvaise conscience des pays Européens marqués par les deux conflits mondiaux qu’ils avaient provoqués et dont ils imputaient la responsabilité aux nationalismes. D’où l’idée de dépasser les nations pour échapper à la guerre, ce qui est une véritable utopie.
Propos recueillis par Benoît Dumoulin
Tout sur la grosse Commission
Conçue comme un moteur de l’intégration européenne, la Commission européenne, forte de 32?000 agents, dispose du monopole du droit d’initiative en matière législative. Par ailleurs, elle est, par délégation du Conseil de l’UE, l’organe d’exécution des politiques et des actes adoptés par le Conseil. Gardienne des traités, elle veille en outre au respect et à l’application du droit européen et du droit dérivé (règlements, directives, décisions). Pour ce faire, elle s’informe, prévient et éventuellement sanctionne les États membres, ou peut saisir la Cour de Justice de l’UE si un État n’a pas suivi son avis. Elle peut également infliger des amendes aux entreprises n’ayant pas respecté le droit de la concurrence. Enfin, elle est compétente pour l’établissement de l’avant-projet du budget ou la négociation d’accords commerciaux et d’association avec les États tiers. Pour ces raisons, la Commission est une institution puissante et la cible des opposants aux politiques supranationales.
Luc Compain
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