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Lycée Thierry Maulnier : cancel culture, cas d’école

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Publié le

23 décembre 2024

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Le terrorisme intellectuel de l’extrême gauche s’est de nouveau illustré à Nice, où le lycée technique Thierry Maulnier a été rebaptisé lycée Mélinée & Missak Manouchian, au nom de la « lutte contre la haine ». Avec la complicité passive de la presse de droite et des élus « républicains ».
© Tract d’EELV de Nice

Après avoir, au nom du politiquement correct, des valeurs de la République, de l’intransigeance laïque et du principe de parité, déboulonné les statues des méchants qui peuplaient les places et les avenues du beau pays de France, on décida courageusement de s’attaquer aux noms des rues et des écoles.

Cette nouvelle entreprise avait un avantage sur la précédente, puisqu’elle impliquait de remplacer les noms des méchants par ceux des gentils. Mais elle présentait un inconvénient, celui d’avoir été régulièrement pratiquée dans le passé, ce pourquoi rares étaient les vrais méchants dont les noms avaient échappé à la vigilance citoyenne et aux ardeurs purificatrices des élus locaux. C’est pourquoi on fut peu à peu de moins en moins regardant sur la méchanceté intrinsèque de ceux dont on exigeait à grands cris le remplacement immédiat, avec, parfois, quelques difficultés à faire admettre la substitution par les habitants du lieu, comme lorsqu’en 2021, Nicolas Mayer-Rossignol, ex-militant Attac devenu socialiste et maire de Rouen, se heurta à la résistance de la population lorsqu’il proposa de remplacer, devant l’hôtel de ville, le bronze monumental de Napoléon à cheval par une statue de Gisèle Halimi à pied.

Enfin un vrai méchant

C’est dans cette ambiance un peu particulière qu’en septembre 2023, la patronne des écologistes au Conseil municipal de Nice, Juliette Chesnel-Leroux, s’avisa qu’un modeste lycée technique de la plaine du Var s’était vu attribuer, en février 1990, le nom de l’académicien et ancien lycéen niçois Thierry Maulnier, disparu deux ans plus tôt. Or, s’insurgea-t-elle dans une lettre au ministre de l’Éducation nationale Gabriel Attal, Maulnier, de son vrai nom Jacques Talagrand, n’était rien moins que « raciste, colonialiste, antisémite et anti républicain » (Nice Matin). Sur une fausse carte d’identité jointe à la lettre, il était précisé, à la rubrique profession : « écrivain et penseur d’extrême droite » ; puis, au titre des « caractéristiques » : « Antirépublicain, membre de l’Action française, opposant farouche à la décolonisation, fondateur d’un mouvement d’extrême droite (la Jeune droite) avec Robert Brasillach, rédacteur du quotidien d’extrême droite l’Action française, utilise le pseudonyme Thierry Maulnier pour défendre l’anti-républicanisme, bras droit de Charles Maurras, participe à l’insurrection antiparlementaire du 6 février 1934 avec les Croix-de-Feu, apporte officiellement son soutien au dictateur Franco lors de la guerre d’Espagne, fervent défenseur de la révolution nationale menée par le régime de Vichy » (etc, etc).

Pour Juliette Chesnel-Leroux et ses petits camarades, peu importe que Maulnier n’ait pas été plus antisémite que le général de Gaulle, moins collaborateur que Sartre et Beauvoir, et beaucoup moins colonialiste que Jules Ferry

Alléluia ! Enfin un vrai méchant à se mettre sous la dent ! Un qui aurait miraculeusement échappé à la vigilance des radars citoyens ! Le salaud pur sucre, qui non-content d’avoir fréquenté Brasillach (à Louis-le-Grand et à Normale sup, où il croise aussi Simone Weil, Roger Vailland et Julien Gracq, qui le considèrent « comme le meilleur esprit de leur génération » – voir le Discours de réception de Thierry Maulnier à l’Académie française), puis d’avoir été le bras droit de Maurras (qui comme la déesse Kali en possédait d’innombrables), participa au 6 février « avec les Croix-de-Feu » (sans doute une branche française du Ku-Klux-Klan), alla jusqu’à apporter « officiellement » son soutien au général Franco – qui avait en effet bien besoin d’être soutenu par un journaliste de vingt-sept ans. Que Maulnier ait été, à partir de 1941, collaborateur du redoutable quotidien extrémiste Le Figaro, où il écrivit jusqu’à sa mort, semble malheureusement avoir été omis dans le réquisitoire – de même, qu’il ait été qualifié dans Le Monde « d’intellectuel de droite sans esprit de chapelle », ce qui laisse entendre à demi-mot qu’il était toujours prêt à fricoter avec les pires extrêmes. Et ne parlons pas de l’Académie française, repère notoire de fascistes revêtus d’uniformes verts, qui en 1934 (alors qu’il participait à « l’insurrection antiparlementaire » précitée) lui décerna le Grand Prix de la critique littéraire, puis le Grand Prix de littérature en 1959, avant de l’élire parmi les siens en février 1964 (soit exactement trente ans après l’insurrection, il n’y a pas de hasard), au fauteuil d’Henri Bordeaux, autre proche de Charles Maurras… « Il est connu pour avoir fait, dans sa vie peu honorable, des actions contre la République. Alors, donner son nom à un lycée, à un lieu où l’on apprend notamment les bases des valeurs républicaines, ça fait contresens ! », s’était même exclamée la Chesnel-Leroux, démontrant en deux phrases qu’elle était moins familière que Maulnier de la prose racinienne.

De la blague, tout cela ? Pour Juliette Chesnel-Leroux et ses petits camarades, peu importe que Maulnier n’ait pas été plus antisémite que le général de Gaulle, moins collaborateur que Sartre et Beauvoir, et beaucoup moins colonialiste que Jules Ferry. Il fournit une proie rêvée à la conducatrice des écologistes niçois, et un excellent moyen de faire un peu de battage autour de sa future candidature à la mairie.

Un « grand » remplaçant

Le problème sera de trouver un remplaçant adéquat. On songea d’abord à Robert Badinter, qui s’était éteint le 9 février 2024 et aurait pu faire figure de candidat idéal, idole intouchable depuis la loi sur l’abolition de la peine de mort. Mais même sans évoquer ses origines – au moment où les écologistes niçois étaient accusés par Christian Estrosi de dérives antisémites –, le fait est que la candidature Badinter leur posait, à eux et à la gauche locale, un problème cornélien : celui de sa veuve. Sa veuve, Élisabeth, qu’il aurait fallu inviter à l’inauguration alors qu’elle est devenue depuis quelques années la bête noire du wokisme, la traîtresse, l’intouchable par excellence, celle que l’on ne saurait plus fréquenter, même devant un buffet de petits fours ou une coupe de champagne, sans être aussitôt et justement ostracisé par Mathilde Panot, Alice Coffin et Sandrine Rousseau.

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C’est alors que germa l’idée lumineuse de remplacer Thierry Maulnier par ce qui paraît en effet comme son antithèse absolue, le couple fraîchement panthéonisé de Mélinée et Missak Manouchian. « Il s’agit pour nous de rendre hommage sur le territoire à deux héros de la résistance », déclara celui qui prit la décision, le président du Conseil régional Renaud Muselier – le propre petit-fils de l’amiral qui tenta d’évincer de Gaulle à la tête de la France libre au motif qu’il était un mauvais républicain (voir De Gaulle contre le gaullisme du vice-amiral Muselier) « Honorer les mémoires de Mélinée et Missak Manouchian, c’est mettre en lumière les combattants de l’ombre qui ont pris les armes très tôt pour résister à la barbarie nazie. » Très tôt, du moins, après l’invasion de l’Union soviétique par l’Allemagne hitlérienne et la rupture du pacte germano-soviétique : jusque-là, Missak s’est surtout illustré par sa stricte fidélité à la discipline du Parti communiste, auquel il avait adhéré avec enthousiasme en 1934, au plus fort du stalinisme triomphant. Un bel exemple pour la jeunesse, en effet.

Toujours est-il que l’affaire illustre à merveille le terrorisme intellectuel imposé par l’extrême gauche avec la complicité passive de la presse de droite et des élus « républicains », prêts à tout avaler dès lors qu’on ne dérange pas trop leur confort intellectuel. Une formule fameuse attribuée à Lénine assure que le dernier bourgeois vendra la corde pour le pendre. Ces bourgeois-là, les nôtres, la donneraient gratuitement en s’excusant humblement d’avoir été si longtemps du mauvais côté, et d’avoir osé faire inscrire, au fronton d’un lycée public, le nom d’un monstre comme Thierry Maulnier.

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