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Marcel Powell, l’héritier inspiré

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Publié le

27 décembre 2022

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Marcel Powell sort avec « So Baden », un album-hommage à son père : l’illustre guitariste et compositeur brésilien Powell, qui aurait eu 85 ans cette année. Marcel Powell a choisi d’emboîter le pas à son père ; attaché au sens et à l’expression, il instille un sentiment de force tranquille et de paix dans son jeu. Une tournée internationale lui permet de célébrer l’anniversaire de celui qui lui a transmis deux choses fondamentales et à ses yeux indissociables : la musique et la foi. Entretien.
marcel powell

Quel a été votre premier contact avec la musique ? 

Mes parents s’étaient établis à Baden Baden en Allemagne. Ça ne s’invente pas ! J’ai commencé le violon à cinq ans, j’en jouais toutes les semaines. Puis la guitare est entrée notablement dans ma vie. C’est elle qui m’a choisi, car à neuf ans on ne conscientise pas vraiment ce genre de choix.

Votre père a formé votre frère Philippe, qui est pianiste, et vous, à la guitare. C’est donc vous qui avez choisi votre instrument ? 

Oui, c’était à notre demande ! Par contre, il fallait le faire sérieusement, et ça, c’était non négociable. J’ai explicitement demandé à mon père d’être mon professeur. Il le serait encore s’il n’était pas décédé. Il a accepté tout en ne sachant pas comment enseigner. Dix ans d’échanges et d’apprentissage m’ont permis de construire mes critères musicaux et de mûrir une forme de sagesse par rapport à la musique. Il faut fournir beaucoup de travail évidemment. Mais je n’ai pas souffert de cela car j’ai compris dès le début qu’il fallait être persévérant et je pouvais déjà rester huit à dix heures par jour à m’exercer.


« Mon père était un musicien formidable et mon héros. C’est une sensation de grâce que j’ai éprouvée en le côtoyant toutes ces années »


Marcel Powell

Parmi la discographie époustouflante de votre père, il existe l’émouvant Baden Powell & ses fils, un enregistrement scénique qui, en 1994, vous réunit tous les trois.

C’était mon premier album ! Je me souviens que, pour le concert, il y avait l’excellent compositeur et guitariste brésilien Raphael Baptista Rabello aux premières loges, ce qui m’intimidait car je n’avais alors que trois mois de guitare dans les pattes. Mais j’en ai éprouvé beaucoup de fierté, bien sûr ! Mon père était un musicien formidable et mon héros. C’est une sensation de grâce que j’ai éprouvée en le côtoyant toutes ces années. Je souhaite rappeler et pérenniser son œuvre, et ce en développant de nouveaux arrangements et collaborations. Comme par exemple la réinterprétation libre et sensible du talentueux parolier, compositeur et chanteur de jazz belge David Linx. Nous avons interprété le fameux morceau « Berimbau » de mon père selon la reprise « Bidonville » de Claude Nougaro.

Vous vous permettez donc des échappées ? 

Je m’y autorise au nom de tous les musiciens que j’écoute, que je côtoie et qui me nourrissent. Je ne suis pas du tout puriste et les nouvelles versions sont bienvenues car elles soulignent le caractère avant-gardiste des compositions de mon père. Je n’aime pas tout ce qui se profile, mais des propositions franchement exaltantes viennent des gens de ma génération. Le mandoliniste prodige Hamilton de Holanda est, par exemple, d’une intelligence rythmique sans pareille dans « Samba Novo ».

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Vous avez une disposition certaine pour conter les anecdotes sur scène… 

Comme je ne suis pas chanteur, j’utilise cela pour tenir le public en haleine. Mais j’avais remarqué chez mon père cette appétence pour les anecdotes. L’historiette autour de Samba em preludio est révélatrice des nuits de compositions géniales et arrosées avec le poète Vinícius de Moraes qui « habillait » la plupart de ses musiques. Baden, qui avait un air en tête, demande à Vinicius d’écrire un texte. Ils discutent, boivent. Vinícius n’écrit pas un mot. Vers 4 heures du matin, Baden lui demande s’il a une idée de texte et Vinicius répond : « Je ne veux plus faire les paroles du morceau, ça me met mal à l’aise ». Mon père demande des explications. « Baden, ce que tu joues est un plagiat, c’est évident, c’est Chopin ». Baden réfute, il connaît Chopin. Finalement, Vinícius dit : « Je vais appeler ma femme, médaille d’or du conservatoire de Rio, elle connaît toute l’œuvre de Chopin ». Elle confirme : « Non, c’est un thème romantique, c’est beau, mais ce n’est pas Chopin ». Vinícius s’en sort par une pirouette : « Bon, ben Chopin a oublié de faire cette chanson. » Il se met à la machine à écrire et tape les paroles magnifiques de ce futur succès.

Quelle est la plus grande leçon que vous ayez reçue de lui ? 

Il y en a deux. Une leçon de guitare sans précédent au sein d’un patrimoine culturel qui a révolutionné la manière d’aborder l’instrument. Et une leçon de foi inestimable ! 

C’est la foi qui vous pousse à jouer de la musique ? 

Mon père est devenu chrétien les trois dernières années de sa vie. À chacun de nos ateliers, il finissait la leçon de musique par la lecture d’un texte biblique et il priait pour moi. La pertinence des extraits choisis m’impressionnait. Jean-Sébastien Bach, l’un de mes compositeurs préférés, était aussi comme cela. Mon père m’a éveillé à cette aspiration spirituelle et cette foi en Jésus-Christ. C’était profond, inspiré et léger, surtout pas obligatoire. Depuis, tout ce que je fais dans ma vie, je le fais comme si je le faisais pour Dieu. J’ai commencé à développer des mélodies sur des textes bibliques comme moyen de prêcher la parole de Dieu sous forme de notes de musique égrainant les notions de compassion, d’amour et de divin. En somme : la musique est ma profession… de foi.


So Baden de Marcel Powell
Fina Flor, 15 €

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