Qui est Maria Corina Machado ?
Maria Corina est une femme exceptionnelle. Ingénieure de formation, elle appartient à une famille d’industriels et aurait pu mener une vie confortable. Mais lorsque la politique du président Chavez commence à ruiner son pays, elle décide de s’engager en politique. Lors d’une séance parlementaire, elle lui tient tête : cela fait des heures qu’il parle sans aborder les sujets qui fâchent, notamment l’appauvrissement des Vénézuéliens. Elle le défie d’accepter un débat. Chavez la renvoie avec dédain. Elle n’a pas la taille pour qu’il lui réponde. « Les aigles ne chassent pas les mouches » lui dit-il droit dans les yeux. Et pourtant la mouche est devenue aigle. Nobel de la paix, Maria Corina incarne le peuple vénézuélien assoiffé de liberté et de justice. Depuis les élections, elle vit dans la clandestinité. Maduro a fait savoir qu’il la trouverait pour la tuer.
Quel est l’état du Venezuela aujourd’hui ?
Il faut savoir que huit millions de Vénézuéliens ont quitté leur pays. Huit millions ce n’est pas rien ! La Colombie en a déjà reçu trois millions. Des jeunes, des vieux, des mères avec leurs enfants dans les bras, désespérées de ne trouver ni biberons ni couches, bref, toute une foule d’affamés fuyant à pied pour traverser la frontière. Chavez puis Maduro ont anéanti le pays. Ceux qui avaient soutenu Chavez dans l’espoir qu’il limogerait une classe politique véreuse et ferait sortir les miséreux de l’indigence, sont désabusés et suivent Maria Corina Machado avec ferveur. Aujourd’hui, le peuple meurt de faim et ses dirigeants croulent sous l’argent du cartel de la drogue chapeauté par le régime. Voilà la réalité.
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Pourtant, le Venezuela est un pays riche de ressources…
Quand j’étais enfant, les Vénézuéliens étaient les nouveaux riches de la région. Ce pays détient les plus grandes réserves de pétrole au monde. Mais la tradition démocratique du Venezuela, à la différence de celle de la Colombie, est une tradition fragile. Le Venezuela a connu beaucoup de régimes dictatoriaux dans son histoire et lorsqu’un espace démocratique s’est ouvert, il a fini par être dévoyé dans les mains de Chavez. Il était un homme très charismatique. Je l’ai connu et j’avoue que je l’ai admiré. À l’époque, j’étais candidate à la présidence de la Colombie, je me souviens très bien de nos conversations. Il parlait de Dieu avec passion, de son projet d’instaurer une justice sociale, de sa volonté d’utiliser la richesse pétrolière du pays pour faire sortir la population de la pauvreté… Mais il a fait tout l’inverse. Il a donné le pouvoir à une clique de fonctionnaires corrompus qui ont tout pillé, et a désigné comme son successeur un type effroyable et sanguinaire : Maduro.
Qui est Nicolas Maduro ?
C’est non seulement un dictateur et un tyran, mais c’est surtout et avant tout le chef d’un cartel, « el cartel de los soles », le cartel des soleils, en référence aux insignes portées par les généraux de l’Armée bolivarienne du Vénézuéla. Le Venezuela est devenu la plaque tournante des réseaux criminels. C’est à travers le Venezuela qu’est blanchi l’argent des narcos et que se financent les terroristes tels le Hezbollah, le Hamas, et aussi l’Iran.
Et Nicolas Maduro a annoncé avoir été réélu en 2024, mais peu de pays ont reconnu son élection. Pourquoi ?
Parce que Maria Corina Machado a réussi à prouver qu’elle avait gagné les élections alors que le régime avait tout organisé pour que personne ne puisse être élu, sauf Maduro.
Pourtant, elle ne pouvait se présenter puisque jugée inéligible par la Cour suprême pour « corruption et trahison.
On a accusé Maria Corina Machado de toutes sortes de choses. On a dit qu’elle était corrompue. On a dit qu’elle avait essayé de tuer Maduro. On a dit qu’elle avait comploté contre son pays. Tout cela dans un seul but : l’empêcher de se présenter aux élections car elle avait réussi l’exploit d’unir l’opposition vénézuélienne ! C’était un tour de force puisque le régime savait comment manœuvrer pour diviser l’opposition. Machado a réussi à organiser une immense consultation populaire dans tout le pays, malgré le sabotage systématique du régime. Plus de deux millions et demi de Vénézuéliens se sont déplacés pour participer à cette primaire populaire. Machado a été élue candidate d’union de l’opposition. C’était une grande victoire.
Mais comme la loi imposait que le Conseil national électoral valide l’inscription de tous les candidats, elle a été exclue des présidentielles. Maria Corina a alors trouvé une maîtresse d’école portant son même prénom « Corina » pour la remplacer. Un jour avant la fermeture des inscriptions, son homonyme a elle aussi été évincée. Tout espoir semblait perdu. Mais c’était sous-estimer Maria Corina qui sans que l’on s’en aperçoive avait réussi à inscrire un troisième candidat de secours, un homme passé totalement inaperçu sous le radar du régime : Edmundo González. Il est devenu le candidat de l’opposition soutenu par Maria Corina. La campagne a alors véritablement débuté.
Comment se déroule la campagne ?
Toutes les mesures étaient prises pour empêcher Maria Corina Machado d’assister aux meetings du candidat d’union, le pays était quadrillé par les milices cubaines, l’idée était stricte, Machado ne pouvait pas se déplacer en avion. Et il y avait des barrages sur toutes les routes. Mais au lieu de la stopper, c’est l’inverse qui s’est produit. Elle a été portée littéralement par le peuple : si on stoppait son véhicule des partisans l’embarquaient sur leurs motos, se faufilant partout pour arriver à temps et monter sur les podiums. Et c’était des concentrations de centaines de milliers de personnes. Elle arrivait comme elle pouvait, même en pirogue ou à pied et la foule si dense la portait à bout de bras par-dessus jusqu’au podium, du haut duquel elle prenait la parole. C’était à la fois extraordinaire et très émouvant. Elle a fédéré un mouvement populaire incroyable derrière elle. Le jour de l’élection, sachant que les résultats seraient truqués, Maria Corina devance la lecture du bulletin officiel et annonce qu’elle a en sa possession tous les résultats de tous les bureaux de vote et toutes les preuves qu’Edmundo González a gagné très largement. À partir des procès-verbaux recueillis par l’opposition (environ 73 % du total des bureaux de vote), Edmundo González Urrutia gagne avec 67 % des voix.
Comment a-t-elle fait et quelles sont ses preuves ?
Elle a organisé ce qu’elle appelait les comanditos, des petits commandos qui allaient s’infiltrer dans chaque bureau de vote du pays. Il y avait toujours quelqu’un qui travaillait en secret pour elle et qui avait pour mission de prendre en photo les PV électroniques des résultats pour les lui envoyer dans la minute, ainsi que de récupérer des preuves papier acheminées par bus, taxi, motos, etc. Elle a tout centralisé et même réussi à envoyer les preuves aux États-Unis dans des valises de luxe Louis Vuitton.
Pourquoi donc ?
C’est là où c’est amusant. Les « enchufados », – terme réservé aux agents corrompus de Maduro-, vivent dans l’opulence, entre les États-Unis et le Venezuela, voyageant en grand luxe en avion avec leurs grosses valises de luxe. Donc, voyant passer des valises Vuitton, il n’y avait guère de risques que les douanes, à la solde de Maduro, contrôlent le contenu… Et voici donc comment le Centre Carter a reçu aux États Unis les preuves du vrai score de Maduro et comment ils ont pu certifier que le président élu était Gonzalez. Les États-Unis ont refusé de reconnaître l’élection de Maduro. Comme d’autres nombreux pays, à quelques exceptions près comme la Russie.
Qu’a fait le candidat officiel Edmundo Gonzales ?
Il a dû s’exiler en Espagne. Il a subi toutes sortes de pressions du gouvernement sur sa famille. Son gendre a été arrêté et ensuite porté disparu. Quand on disparaît au Venezuela, c’est soit qu’on est mort, soit qu’on est emprisonné dans el Helicoide.
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Qu’est-ce qu’el Helicoide ?
C’est un immense immeuble pyramidal planté au centre de Caracas qui, à l’origine, devait être un grand centre commercial. C’est devenu le centre de torture du gouvernement de Maduro pour faire parler les opposants ou les tuer. Ce que l’on sait, c’est que le gendre d’Edmundo González a été arrêté par le SEBIN, le Service national de renseignement du gouvernement vénézuélien. Ils ont arrêté également toutes les personnes qu’ils soupçonnaient proches de Maria Corina, notamment celles présentes dans les bureaux de vote. La mère de Maria Corina, une femme de 90 ans, a été poursuivie elle aussi, contrainte de rester seule chez elle, avec l’interdiction à quiconque de rentrer ou de sortir de sa maison. Pendant des mois et des mois, la police et le service de renseignement poursuivaient, menaçaient, emprisonnaient et terrorisaient la population pour acculer Maria Corina.
En quoi ce prix Nobel peut-il l’aider ?
Le prix Nobel est une bouffée d’oxygène pour un peuple muselé et terrorisé. C’est aussi un signe d’espoir. C’est leur dire qu’ils ne sont pas seuls et que le monde les regarde. Vous n’imaginez pas combien il est important dans ce combat d’usure de puiser dans l’espoir.
Ensuite, c’est faire connaître Maria Corina dans le monde, lui donner une voix. Car jusqu’à présent, on ne la connaissait pas en dehors de la région. Enfin ce prix offre la possibilité au peuple vénézuélien de s’unir en opposition à un régime très dangereux, parce que c’est un cartel de la drogue. Ce sont des criminels, ce sont des gens qui ne reculent devant rien pour faire taire les opposants. Ils torturent, ils tuent, ils poursuivent sans pitié. Ils emprisonnent même les enfants. Nous avons nous aussi un Français, otage du régime, que Maduro essaie d’utiliser comme monnaie d’échange pour une diplomatie de chantage. Ce sont des narco-terroristes au pouvoir. Il faut avoir beaucoup, véritablement beaucoup de courage, pour leur faire opposition. Je le sais parce que j’ai vécu des choses qui n’étaient pas faciles et je ne comprends que trop bien combien le courage peut nous faire défaut dans des situations extrêmes.
Historiquement, on parle du « bravo pueblo » lorsque l’on fait référence au peuple vénézuélien au courage dont ils ont fait preuve lors des guerres d’indépendance. Maria Corina est le symbole du bravo pueblo. Elle l’incarne. Lui décerner le prix Nobel, c’est reconnaître la bravoure du peuple vénézuélien. Il y a quelques semaines, une opération sous couvert a fait sortir clandestinement la mère de Maria Corina et les dirigeants de son organisation réfugiés depuis des mois à l’ambassade d’Argentine. L’opération Guacamaya a été un immense succès. Ils sont tous sains et saufs aux États Unis.





