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Massimiliano Mocchia Di Coggiola : Le dandy ne meurt jamais

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Publié le

26 octobre 2026

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© Benjamin de Diesbach

À l’heure où la France crève la bouche ouverte, où les charognards de la finance sont déjà perchés sur nos épaules à compter les miettes de la dette nationale, est-ce que le « dandy » n’est pas anachronique, est-ce qu’on ne doit pas congédier cette figure archaïque de la modernité – ou moderne de l’archaïsme – dans les oubliettes de l’Histoire ? « Évidemment que non », répond Massimiliano avec son français chantant, teinté d’un accent italien si subtil qu’on le prendrait pour une coquetterie – plus que pour le relief de sa glorieuse ascendance – car Massimiliano Mocchia di Coggiola descend d’une de ces grandes familles piémontaises, de cette aristocratie séculaire qui a élu domicile sur les contreforts du mont Viso, là où les brumes alpines s’entortillent, chevelures éphémères, sur les ceps gorgés de sucre et sur les épis blonds. Tout aristocrate qu’il soit, Massimiliano n’a pas eu une éducation monolithique, bien au contraire, avec un père communiste qui l’initie aux contingences du monde ouvrier turinois. Le dandy, pur produit du xixe siècle, est en fait une sorte de sentinelle, un contrepoint aux spasmes de l’Histoire : embusqué à la fois sauvage, sybarite et hautain, parfait témoin d’un monde qui s’endort et d’un autre qui se réveille brutalement, perfusé aux cathéters du capitalisme et de l’industrie.

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Si on l’écoute, parce qu’il porte sur lui les anathèmes de toute une aristocratie déclassée, parce qu’il les endosse pour s’en faire une sublime capeline d’asphodèles et de jurons, on jurerait que le dandy est le Christ de son temps, le martyr éternellement supplicié, matoisement complice de son propre empêchement et brûlé vif par les feux de la rampe… Pourtant le dandy reste le syndrome d’un siècle, le xixe, et l’Anglais Georges Brummell en est sûrement la première incarnation. « Avant Brummell, il y a eu d’autres personnages qui affirmaient leur singularité, mais on parle d’époque, comme le xviiie siècle, dans laquelle la singularité n’était pas encore visible, comme on la conçoit aujourd’hui. Avant Brummell, l’individu se perd dans sa charge politique, dans sa raison d’être sociale, dans sa fonction. Il pouvait représenter un parti, les rois, la cour, les intellectuels ou le peuple. Mais c’est avec Brummell qu’il y a une déclaration d’intention. Le xixe, notamment parce que la bourgeoisie pulvérise l’aristocratie, invente ce désœuvrement métaphysique dans lequel le dandy seul peut s’épanouir. » À ce titre, Massimiliano rejette en bloc tous les procès en ringardisme qu’on pourrait faire au dandy : ni rôliste, ni forcené, ni nostalgique voûté sur ses objets de collection dans la pénombre étudiée d’un cabinet de curiosités, le dandy est aussi insaisissable que surprenant, c’est-à-dire qu’il se tient là où on ne l’attend pas, réceptacle des destinées chiffonnées, sublime gargouille posée sur la cimaise du xxe siècle, cette cathédrale construite sur un charnier global. À ce titre, on pourrait croire que Massimiliano est un pur produit de son pays, mais un bon dandy a foncièrement quelque chose d’apatride. S’il reconnaît volontiers le génie italien, de Leopardi à d’Annunzio, cet exilé volontaire qui vit à Paris depuis 2008 n’a pas de mots assez durs pour sa patrie : « Je les trouve assez futiles dans leur façon de s’adresser les uns aux autres. Quand je suis parti à Paris, je n’avais déjà pas un très bon rapport avec les Italiens. J’ai toujours méprisé cette fausse amitié arrogante. Je me suis toujours trouvé mieux à Paris, puisqu’il y a chez vous une froideur que les étrangers détestent mais que personnellement je trouve assez délectable. » Mais être un dandy aujourd’hui a-t-il encore du sens, à Paris, où les mantras publicitaires nous enseignent à « venir comme nous sommes », où les ahuris de la glisse globale circulent en vélocipèdes grotesques, où de jeunes hétaïres grimées estiment que porter le visage d’Isidore Ducasse tatoué entre les deux omoplates fait d’elles des créatures singulières ? Massimiliano, avec son complet d’un rose délicat taillé dans une étoffe rare, passerait-il inaperçu, dans ce cirque Pinder qu’est devenu le Marais, où les femmes sont bien trop dévêtues pour qu’on les désire ? Il répond en souriant énigmatiquement. Comme l’aurait fait Brummell en son temps.

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