En 1995, Les Racines du mal, le second roman de Maurice G. Dantec, vaut à son auteur le grand prix de l’imaginaire du roman francophone
et une renommée telle qu’il devient l’espoir français d’un roman hybride faisant dériver la SF et le polar vers des horizons métaphysiques, opérant la synthèse entre Dick et Dostoïevski, Ballard et Nietzsche. Babylon Babies, qui sort en 1999, sera adapté par Kassovitz en 2008 sous le titre Babylon A.D. (avec Vin Diesel), laquelle sera un échec commercial et critique, comme l’adaptation de La Sirène rouge, en 2002, par Olivier Megaton, sans doute parce que sa littérature certes spectaculaire mais aussi baroque, spéculative, cérébrale, n’est pas faite pour être traduite à l’écran, mais ces tentatives montrent quelle notoriété avait atteint cet ancien musicien de rock reconverti dans le futurisme apocalyptique et épiphanique. Un autre indice de sa gloire ?
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En septembre 2005, une soirée en sa présence est organisée à La Cigale : l’ambiance est électrique, le public jeune, la salle comble. Alors certes, l’entrée est gratuite, mais combien d’écrivains, aujourd’hui pourraient prétendre à une telle starification ? Il s’agissait, pour son agent d’alors, de remonter le moral à l’écrivain exilé à Montréal depuis 98 et qui subissait, en France, un lynchage médiatique constant depuis le début des années 2000.
Laboratoire de catastrophe générale
C’est qu’au tournant du millénaire, l’écrivain s’est lancé dans une entreprise fascinante, un journal monstrueux (Le Théâtre des opérations) écrit au cours de nuits blanches aussi cannabiques que caféinées où il jette son âme à nue pour y mettre sous tension la technoscience et Dieu, Deleuze et Bloy, le nihilisme occidental et une implacable quête de vérité. En résultent sa conversion au catholicisme et un certain nombre d’analyses qui lui valent dès lors d’être taxé de « sulfureux », bientôt d’« infréquentable ». Dantec prédit le totalitarisme narcissique que le Web fera advenir avant la création de Facebook ; le choc Islam-Occident avant la chute des Twin Towers et l’implosion française par le soulèvement des banlieues avant les émeutes de 2005 et même le covid : « Que se passera-t-il lorsque dans des métropoles, des conurbations de trente ou quarante millions d’habitants, il y aura des croisements entre une pneumopathie virale de Hong Kong et des réseaux meta- terroristes qui auront des sanctuaires au sein des États ? Notre génération, les quadras de l’an deux mil, nous sommes une génération de criminels. » (2003 sur Paris Première).
De sulfureux à infréquentable
Le troisième volume de son journal jugé impubliable par Gallimard pour des raisons juridiques, Dantec passera chez Albin Michel à partir de 2005 et à la suite d’une « affaire » qui lui vaudra la mise au pilori par toute la presse parisienne progressiste (l’écrivain avait osé commencer un dialogue critique avec les Identitaires, tout en affirmant ses désaccords, mais autant il est bon de s’afficher avec des salafistes, autant, selon les normes culturelles de l’époque qui n’ont pas trop évolué, il est criminel d’oser seulement adresser la parole à de jeunes Blancs inquiets).
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De moins en moins invité sur les plateaux télé où il se présente en cuir et lunettes noires pour, mi-punk mi-prophète, seul contre tous, tancer la lâcheté et la compromission des élites françaises et annoncer les catastrophes imminentes, on le verra peu avant son bannissement, chez Ardisson, face à Malek Chebel, en 2005. L’anthropologue algérien, arrogant et narquois, se demandait quelle maladie mentale pouvait atteindre l’écrivain franco-canadien qui expliquerait sa défiance envers l’islam. Vingt ans et vingt attentats plus tard, il se pourrait qu’on puisse diagnostiquer un excès de lucidité.





