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Métal : un genre adoubé

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Publié le

27 mai 2024

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Longtemps vilipendé et considéré comme un sous-genre musical, le metal se paye désormais le luxe de s’afficher au musée, comme l’atteste l’exposition que lui consacre en ce moment la Philharmonie de Paris et même le philosophe allemand Hartmut Rosa, connu pour ses travaux sur la théorie de l’accélération sociale et héritier des penseurs de l’école de Francfort, consacre aujourd’hui un essai à ce genre musical qu’il adore. Une consécration.
© Joachim Bertrand - Philharmonie de Paris

Hartmut Rosa remonte aux origines d’un genre, le heavy metal, dont le nom fut forgé par le pape de la beat generation William Burroughs avant de se hisser rapidement au rang de l’une des premières musiques populaires dans les années 70, ce qui explique sans doute le mépris que lui vouent encore aujourd’hui les élites.

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Partant de son expérience d’adolescent découvrant avec candeur la magie luciférienne des riffs distordus de Black Sabbath ou de Deep Purple, le penseur allemand développe la théorie selon laquelle écouter du metal serait avant tout une expérience physique et sensorielle ayant pour but de combler le vide existentiel laissé béant par les exigences de la vie moderne.

Confusions religieuses

Conscient qu’il est vain d’entreprendre l’exégèse d’une musique qui flirte souvent avec les clichés, l’auteur rappelle que – s’il peut être considéré à bien des égards comme un enfant du romantisme littéraire – le métal n’a pas pour vocation d’élaborer des concepts ou des théories complexes. En effet, les symboles et références culturelles qui parsèment l’iconographie utilisée par les groupes n’ont généralement pour seul but que de mettre en relief un univers pré-écrit.

Même si le fatras ésotérico-païen qui est l’apanage du métal paraît à juste titre ridicule, force est de constater que le christianisme est présent partout en filigrane dans cette musique.

En revanche, cela n’empêche une part du public de vivre la musique comme une expérience mystique, le métal n’étant pas exempt d’une certaine dimension religieuse. Cette dernière prend d’ailleurs toute son ampleur lors des festivals qui s’apparentent pour les amateurs du genre à de véritables pèlerinages, Hartmut Rosa évoquant la ferveur quasi-religieuse qui étreint les participants à ces rassemblements, laquelle est censée aboutir à de véritables épiphanies. Même si le fatras ésotérico-païen qui est l’apanage du métal paraît à juste titre ridicule, force est de constater que le christianisme est présent partout en filigrane dans cette musique. Quant aux procès en satanisme adressés aux artistes depuis les débuts du heavy metal, le philosophe rappelle qu’il s’agit avant tout d’une mascarade qu’on aurait tort de prendre au serieux.

Paradoxes sociologiques

 No fear of the dark est aussi un ouvrage sociologique au sens traditionnel du terme: Hartmut Rosa y dresse un profil assez précis du fan de metal type, pointant notamment un paradoxe qui en dit long: si le heavy metal est né dans un environnement strictement urbain et prolétaire (ce qui en fait un héritier direct de la révolution industrielle), les amateurs de métal représentent aujourd’hui une population majoritairement blanche, plutôt rurale et appartenant à la classe moyenne.

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Dressant un parallèle surprenant entre ces derniers et les mélomanes de la musique classique, l’auteur explique que ces deux publics partagent notamment le fétichisme qui les incite à privilégier toujours l’écoute de la musique sur support physique. Parsemé d’anecdotes personnelles et parfois drôles, ce livre s’intéresse aussi au positionnement politique du genre dont la dimension contestataire n’est que rarement relayée par un discours d’extrême gauche, sans qu’on puisse en général la situer concrètement sur ce plan. À 50 ans passés, le metal, en dépit de tous les efforts que ses thuriféraires ont pu déployer pour éviter cela, acquiert finalement un début de respectabilité.

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