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Mickaël Fouet : Dur à cuir

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Publié le

16 septembre 2025

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© Benjamin de Diesbach

Il avait les mains noircies de cirage et le sourire tranquille de ceux qui ont trouvé leur voie. C’était une soirée organisée par Dandy Magazine, un de ces raouts sartoriaux dont Paris a le secret. Juliette Briens l’aperçut immédiatement. «Je lui ai raconté mon parcours, elle m’a dit : « Mais il faut qu’on fasse un article sur vous ! »» Voilà comment Mickaël Fouet, 47 ans, autodidacte au parler franc, entre dans nos colonnes.

Il se dit cireur, mais il est plus que cela. Artisan sans boutique, poète ambulant du cuir patiné, il réconcilie les Parisiens pressés avec la lenteur du geste juste. «Quand je rends les chaussures et qu’ils me disent « waouh », je sais pourquoi je fais ce métier. Certaines paires, les gens voulaient les jeter. Moi, je dis : « Attendez, montrez-les-moi d’abord ! »»

Avant d’être cireur, il a été beaucoup de choses : pâtissier à quinze ans, restaurateur pendant douze, puis agent de sécurité pendant treize. Dans cette dernière vie, il fréquentait les clubs de boxe et les couloirs de la Société générale à La Défense. «?Le matin, je voyais des types arriver en costume avec des baskets. Je ne peux pas. Le costume, c’est avec des souliers de ville, pas des sneakers.?» Il s’indigne, mais restaure aussi les baskets depuis 2017 – réalisme économique, goût du défi, et l’éternelle envie de ne pas s’ennuyer.

Car c’est bien cela, le moteur de Mickaël : la fuite de la routine. «?Répéter les mêmes gestes, voir les mêmes têtes, ça m’use. Moi, j’ai besoin d’évoluer.» Il aurait pu ouvrir une boutique, mais préfère aller chez ses clients. Cela le distingue : «Je n’ai pas de boutique, je me déplace. Les gens apprécient. Ils me disent : « Je n’ai pas le temps, merci de venir. »?» Le contact humain, il le chérit. Ce qui n’était pas gagné : «Dans la restauration, j’étais sauvage. Je prenais la fuite. Maintenant, je vais vers les gens, je parle, j’écoute. Je suis devenu l’inverse de ce que j’étais.»

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Il est aussi l’inverse d’un entrepreneur pressé. Il parle du cuir avec patience, comme d’un vieux compagnon. Il a tout appris seul : «Je suis autodidacte. J’ai observé, lu des livres, regardé sur Internet. Je suis parti de rien ; aujourd’hui, je vis de ma passion.»

Mickaël Fouet n’a pas d’enseigne en lettres dorées, mais une mallette pleine de produits, de chiffons et de crèmes. Il travaille pour Jean-Manuel Moreau, l’Officine générale, les pompiers de Saint-Germain-en-Laye, ou pour des particuliers exigeants. Il est à l’aise dans tous les milieux, à condition qu’on respecte le cuir et les gestes anciens.

Dans une époque qui jette, il répare. Dans une époque pressée, il s’arrête. Et dans un monde de faux-semblants, il ne triche pas. Ce n’est pas un cireur mondain, c’est un homme droit, fidèle à ses outils, à ses valeurs. À 47 ans, il sait ce qu’il doit à la sueur, pas aux diplômes : «Les études, c’était pas pour moi. Je suis un manuel. J’ai appris sur le tas. J’ai appris en vivant.»

Il a gardé de la pâtisserie le sens de la précision, de la boxe le goût de l’effort, et du cuir une philosophie : le beau se mérite, s’entretient, se restaure. Mickaël ne court pas après la réussite. Elle le rattrape, lentement, comme le brillant d’un soulier oublié.

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