« Je suis né le 11 mars 1963. Ce jour-là, mon père a quitté ma mère… Deux enfants, c’était trop pour lui », nous raconte Laurent Firode. Un début façon Émile Zola qui prit pour décor la banlieue sud de Paris. Il est élevé avec son frère aîné à Malakoff par leur mère qui tira le diable par la queue pour survivre. « Nous n’étions pas pauvres, nous étions très pauvres. » Autant dire qu’entre Malakoff et les marches du Festival de Cannes, la route était aussi longue qu’entre Houston et la surface de la Lune.
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Pour gravir les pentes infernales de la gloire, le jeune Firode ne pouvait pas compter sur la méritocratie républicaine. « Ma mère m’autorisait à sécher l’école, les profs m’appelaient l’élève fantôme. J’étais un collégien médiocre mais cultivé. Car si nous étions pauvres, notre famille avait un vrai respect pour la culture. Toute ma jeunesse, j’ai vu ma mère lire. » Rapidement, Laurent Firode se fait une règle de vie : « Si je dois apprendre quelque chose, je l’apprendrai par moi-même. » La rencontre avec ce « quelque chose » se produit en 1976. L’enfant de treize ans découvre le film Prix de Beauté au cinéma de minuit sur la chaîne de télé FR3. « J’étais fasciné par le spectacle, moi aussi je voulais exercer cet art. » À la cinémathèque de Paris, Firode se gave des films muets de Murnau et de Fritz Lang.
Ce petit succès l’encourage à tourner à cadence réelle avec de vrais personnages. « Alors que j’étais considéré comme un clochard par le milieu du cinéma, j’ai réussi à vendre en 1986 un de mes films à Canal+. »
À 16 ans, il commence sa carrière de réalisateur avec une caméra super 8, achetée par son frère. « Le problème était le coût prohibitif de la pellicule… Impossible de filmer à 24 images secondes. Je me suis résolu à faire des films d’animation car on avance image par image. J’ai construit des décors et des marionnettes en bois. Rapidement, j’ai gagné des prix qui m’ont permis d’acheter du matériel plus perfectionné. » Ce petit succès l’encourage à tourner à cadence réelle avec de vrais personnages. « Alors que j’étais considéré comme un clochard par le milieu du cinéma, j’ai réussi à vendre en 1986 un de mes films à Canal+. » Ce premier court-métrage (La Mort du chanteur de Mexico) lui permet de vivre enfin de sa passion.
En 1998, Laurent Firode filme Le Battement d’ailes du papillon, son premier long-métrage avec Audrey Tautou. « La production m’a imposé le casting et des coupes dans le scénario. J’ai commencé à comprendre l’esprit délétère du système. » Durant quinze ans, il travaille sur des films de commande pour le cinéma et la télévision. Laurent Firode devient prospère, il s’achète un appartement à Montmartre. Toutefois, il ne vend pas son âme au diable, il protège sa liberté de création en continuant à tourner des courts-métrages.
Le divorce avec le milieu du cinéma a lieu lors de la crise du Covid. « J’ai tourné en 2019 un court-métrage qui ridiculisait les mesures sanitaires du Covid. Destiné à être projeté dans un petit festival, j’ai été éjecté par le jury. J’ai compris que j’avais touché la zone sensible, j’étais ravi. » Posté sur le réseau X, ce court-métrage (Dérapages) fait 30 000 vues en une journée. Laurent Firode a trouvé son public, il pousse alors le curseur plus loin avec deux longs-métrages : Le Monde d’après 1 et 2.
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Stakhanov du cinéma, Firode tourne aujourd’hui trois sketchs par semaine et prépare un film. Tout passe au marteau-piqueur, de l’écologie punitive à l’égalité femmes-hommes. Sur sa chaîne YouTube (Les Films à l’arrache), le rire devient libérateur.Dans ce flot créatif, Laurent Firode a trouvé le temps d’écrire en 2024 un livre (Main basse sur le cinématographe) avec Bruno Lafourcade. Ce pamphlet dénonce la gabegie d’argent public dont le seul but est de maintenir au pouvoir une oligarchie médiocre et conformiste. Pas certain que ce pamphlet redore la réputation de Laurent Firode dans le milieu du cinéma. Mais cet anarcho-autodidacte n’en a cure. Dans les vents contraires, Laurent Firode avance seul mais toujours libre.





