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Miki : chanteuse à double détente

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Publié le

30 janvier 2025

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Avec seulement trois morceaux, bien entourée par des producteurs complètement au taquet, la Miki nouvelle version est promise à des horizons radieux.
© Juana Wein

Miki est un mystère soigneusement entretenu. Déjà, elle vient d’un pays qui n’existe pas : le Luxembourg. Dur de retracer son parcours, a fortiori depuis cette monarchie bananière perdue dans les brumes mosellanes. Pire, comme certaines stars du rap, elle a effacé toute trace numérique d’une carrière qu’elle aurait commencée quelques années plus tôt. Pourtant, en 2023, son premier EP connaît un joli succès d’estime, louvoyant dans les eaux trop sucrées d’une pop nostalgique et ouvertement girlie.

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Mais voilà, aujourd’hui il semblerait que la franco-coréenne ait brusquement décidé de prendre un nouveau départ. Conséquence, elle fait supprimer consciencieusement toutes les occurrences de ses anciens morceaux et elle inonde les réseaux avec trois titres imparables destinés à faire disparaître son personnage d’hier. Oubliée, la lolita exotique qui susurre son blues sur des instrus à la Benjamin Biolay, la nouvelle Miki se veut ouvertement girl next door, voire lycéenne faussement candide, le genre à kiffer autant les afters sous kéta que le bubble tea entre copines. Étudiante en cinéma, elle a d’ailleurs tout compris à l’image et créé l’événement avec un clip bluffant où culmine l’avant-garde débonnaire des zoomers : en gros plan et en gros playback devant un Buffalo Bill de banlieue, écrasée de soleil, tellement pas maquillée qu’on peut compter ses points noirs, elle ânonne des paroles un brin scabreuses, entre autofiction buissonnière et confession pince-sans-rire d’une enfant du siècle.

Fausse candeur et vrai talent

C’est à la fois grave et léger – comme un bon film coréen – et le tout dégage même un érotisme à la Gainsbourg – traces de transpiration sur la selle faisant foi. La production, sous ses airs lo-fi, est un modèle d’efficacité et d’harmonie, avec sa ligne de basse complètement addictive, magnifiée par le placement décalé de la chanteuse, très à l’aise dans cette espèce de hip-hop typique des années 80, à l’époque où l’on parlait encore de french boogie. Dans un autre morceau, l’excellent « Cartoon Sex », elle évoque carrément son viol sur un ton badin et sur fond d’electronica 8-bits, estimant qu’il l’a simplement rendue un peu « ding dong » – rien de si grave donc, passez votre chemin les pleurnicheuses #MeToo. Bref, le succès est immédiat, porté par une polémique de bon aloi, lorsque le forum Rap Plume poste le morceau.

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Immédiatement, les ayatollahs du bon goût en matière de rap (oui, ça existe) organisent une levée de boucliers, crient à la réappropriation culturelle, puisque Miki rappe alors que c’est juste une petite-bourgeoise – t’as capté. Alors tombe l’insulte ultime, lorsqu’on se pique d’être amateur de musique urbaine : Miki ne serait rien de moins qu’une industry plant, littéralement une « pousse d’industrie », c’est-à-dire une artiste construite de toutes pièces par les majors et martelée sur les réseaux à coups de likes achetés à bas prix dans les fermes à clic de Wuhan. Aux États-Unis, Sabrina Carpenter ou l’infâme Lil NasX sont d’ailleurs des spécimens du genre presque purs – tout en étant les artistes les plus streamés du monde. Alors, Miki serait-elle un pur produit ? Au fond, on s’en balance un peu. Avec seulement trois morceaux (et une présence sur les réseaux savamment orchestrée à coups de stories intimistes et mystérieuses, jouant à fond la carte de la vraie-fausse petite go du 13e émancipée à coups de parachutes de MD), bien entourée par des producteurs complètement au taquet (Can Blaster ou Tristan Salvati, what else ?), la Miki nouvelle version est décidément promise à des horizons radieux.

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