C’est en l’an 1997 que le monde découvre l’existence de Mogwai. Une nouvelle ère démarre alors. Le 1er mai de cette année, Tony Blair est élu Premier Ministre du Royaume-Uni : il le sera pour dix ans ; le chef-d’œuvre de Radiohead, OK Computer, lui, sort quelques semaines plus tard. Durant l’été, le troisième disque d’Oasis, Be Here Now, paraît : déjà la presse leur a retiré les lauriers des princes de la jeunesse. À Manchester, aussi, le King Cantona laisse place aux jeunes Beckham, Scholes, Giggs et Neville. Tout fout le camp, encore et toujours. Le vieux monde est pris d’assaut : Mogwai en profite pour imposer son nom. Ce que l’on nomme alors, avec une pompe un peu ridicule, post-rock, nait durant ces quelques mois. C’est à cette période que certains de mes premiers chocs remontent. J’avais cinq ou six ans ; mon frère, vingt. Sur la porte de sa chambre qui menait à un monde effrayant, peuplé de disquettes d’Amiga et de guitares électriques, était accroché l’iconique poster de Trainspotting. Par-delà cette frontière, sans cesse fermée par les douanes de l’enfance, me parvenait, je l’ai su longtemps après, ces étonnantes chansons sur lesquelles aucune voix ne se posait : l’aristocratie du post-rock. Eux aussi avaient vingt ans et leurs premiers disques sortaient, ils se nommaient : Godspeed You Black Emperor, Tortoise, Arab Strap, Sigur Ros, et sans doute celui qui me marqua le plus : Mogwai.
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Un groupe radical
Devant Young Team, leur premier album, Robert Smith, le chanteur de Cure, est instantanément conquis. Mogwai devient l’un de ses groupes favoris. Il avouera même avoir cherché à reproduire, pour le disque Bloodflowers, l’émotion qu’il avait eue en les découvrant. Le groupe est sauvage. Sans doute plus punk qu’arty ou intello. À genoux sur scène, face à leurs amplis poussés au maximum, ces Écossais tirent leur épingle du jeu au milieu de cette nouvelle scène émergeante. Il faut dire que démarrer par un chef-d’œuvre, c’est bien, mais enchaîner ensuite avec quatre disques quasi-parfaits, c’est encore mieux. Les journalistes du magazine NME les jugent alors : « la force musicale la plus radicale de notre temps. » Il faut dire que Mogwai est l’inventeur d’une recette qui fait des miracles. Lancez une ligne de basse harmonieuse, faites entendre une batterie profonde, donnant de l’ampleur à l’ensemble, puis ajoutez deux guitares : l’une qui rejoint la mélodie initialement lancée par la basse, l’autre qui pose de notes cristallines, au loin, et vous avez les bases essentielles. Ensuite, conduisez alternativement votre morceau d’une transe apocalyptique aux éclaircies contemplatives, des tempêtes furieuses aux accalmies mélodieuses, et vous approchez du Mogwai-style mille fois copié, rarement égalé.
Retour au sommet
Après avoir durci leur son au début des années 2010, Mogwai a su rendre service au cinéma en composant des bandes-originales sinon réussies parfois superbes. Mieux que ça aujourd’hui, puisqu’ils sont de retour avec ce qui est sans doute leur meilleur album depuis les débuts flamboyants. Aidé par John Congleton, producteur entre autres de leurs meilleurs descendants, j’ai nommé le groupe Explosions In The Sky, Mogwai explose tout sur son passage. Un titre comme Fanzine Made Of Flesh nous offre le plaisir d’un véritable single pop puissant, avec du chant en prime (en vocoder, n’exagérons rien). Véritable compilation de ce que Mogwai parvenait, avec des hauts et des bas, à faire depuis quinze ans, The Bad Fire est un moment essentiel de la discographie essentielle de l’un des groupes du siècle.






