Skip to content

Monseigneur Ginoux : « Beaucoup de catholiques aiment choisir leurs pauvres »

Par

Publié le

6 juin 2019

Partage

@nicolas pinet

[vc_row][vc_column][vc_column_text css= ».vc_custom_1559812058656{margin-right: 25px !important;margin-left: 25px !important;} »]

 Évêque de Montauban depuis 2007, monseigneur Bernard Ginoux s’est fait notamment connaître pour être allé rencontrer les Gilets jaunes sur les ronds-points de son diocèse au mois de décembre. Un geste qui rejoint sa préoccupation constante en faveur des plus démunis, qu’il s’agisse des pauvres, des embryons qu’on empêche de naître ou des migrants. Une parole juste sans langue de buis.

 

 

 

En 2018, vous avez retiré votre soutien au Mouvement rural de la jeunesse chrétienne (MRJC) qui considérait l’avortement comme un droit fondamental, mais vous avez été assez seul au sein de l’épiscopat. Pourquoi ?

 

En tant qu’évêque, je ne pouvais pas laisser dire que l’avortement est un droit fondamental. Pour les chrétiens, le respect de la vie s’impose dès la conception. Il en va de ma mission d’évêque de le rappeler. Beaucoup d’évêques m’ont soutenu à cette occasion mais ne l’ont pas fait en public, peut-être par volonté de ne pas se couper des jeunes de ce mouvement. Pour ma part, je considère qu’un mouvement catholique qui affirme publiquement des opinions contraires à l’enseignement de l’Église sur un sujet aussi grave que l’avortement ne peut plus se rattacher à l’Église catholique et recevoir à ce titre des financements de la part des diocèses.

 

Lire aussi : L’éditorial de Jacques de Guillebon : Frère humain qui avec nous

 

À l’époque, le scandale venait en effet aussi du fait que le MRJC recevait plus de 500 000 € de la part des diocèses – un montant colossal. Qu’en est-il aujourd’hui ?

 

Si ces chiffres sont justes, ils proviennent de la somme accumulée par les subventions diocésaines puisqu’un certain nombre de diocèses subventionnent le mouvement. Il faut savoir, par ailleurs, que le MRJC organise, à partir de subventions publiques, des sessions de formation en partenariat avec les associations LGBT, ce qui est objectivement scandaleux. Il faut ajouter à cela que le mouvement, qui est l’héritier de la Jeunesse agricole catholique (JAC), est en perte de vitesse dans de nombreux diocèses, où sa présence est marginale voire inexistante. À Montauban, il n’existe plus depuis plusieurs années.

 

Ce mutisme de certains de vos confrères révèle-til un manque de liberté au sein de l’Église ?

 

C’est difficile à dire. Certains croient que la meilleure position se situe toujours dans un entre-deux qui renvoie dos-à-dos deux positions jugées extrêmes. Ce serait ce juste milieu qu’il faudrait promouvoir. D’autres préfèrent des approches verbales ou écrites alambiquées, d’où il ne ressort rien de très concret. Ce n’est pas le langage du Christ !

 

Lire aussi : Barbara Lefebvre : « Le catholicisme demeure indispensable pour penser l’identité et la culture françaises »

 

Vous êtes le seul évêque à avoir rendu visite aux Gilets jaunes. Pourquoi l’avoir fait ?

 

Ils sont dans mon diocèse, je ne pouvais pas les ignorer. Après tout, c’est le pape François qui nous envoie vers les périphéries. Or, beaucoup de catholiques aiment choisir leurs pauvres et préfèrent soutenir ceux qui leur apparaissent le plus en adéquation avec leur propre conception de la pauvreté. Quand on va vers les périphéries, il ne faut pas opérer un tri mais accueillir toutes les formes de périphéries. J’ai beaucoup discuté avec un ancien prêtre-ouvrier qui était très décontenancé par la tournure de ce mouvement, qui ne correspondait au monde ouvrier qu’il connaissait. Mais il a fait l’effort de vouloir comprendre.

 

Comment s’est passé votre rencontre avec les Gilets jaunes ?

 

Ils m’ont salué, m’ont demandé comment ils devaient m’appeler – ce qui prouve qu’il leur reste une culture chrétienne – et m’ont parlé de leur quotidien. Certains reçoivent moins de 400 € de retraite par mois. Une dame ne pouvait pas se faire soigner les dents à cause de ses revenus extrêmement modestes. C’est une misère sociale qui échappe à nombre de nos hommes politiques dont le discours est déconnecté des réalités. À l’approche de Noël, j’ai répondu à leur demande de bénir leur petite crèche et nous avons partagé un moment convivial autour d’un verre.

 

Lire aussi : Guillaume de Prémare : « La nouvelle question sociale exige de nouvelles pratiques politiques et sociales du catholicisme » 

 

Pourquoi les milieux populaires ont-ils déserté les églises ?

 

Je vous répondrai qu’ils n’ont pas déserté uniquement les églises mais aussi les partis politiques, les syndicats et toute forme d’institution censée encadrer la vie sociale. On vit dans un individualisme fort qui engendre misère sociale et solitude. Dans les années cinquante, on avait une véritable piété populaire, faite de processions, pèlerinages, dévotions aux saints locaux et fêtes patronales. Cela rythmait la vie des gens et entretenait le lien social. Les Gilets jaunes que j’ai rencontrés auraient probablement été, à cette époque-là, les représentants de ce catholicisme populaire que l’on a perdu à cause d’un intellectualisme trop accentué à partir des années soixante. À force de vouloir une foi dépouillée, on a obtenu une foi désincarnée, hors de la vie des gens. Donc ils ont pris leurs distances.

 

 

L’Église affronte en ce moment une des plus graves crises de son histoire, celle des abus sexuels. Comment en est-on arrivé là ?

 

Il y a une forme de dégénérescence qui découle de la pastorale des années soixante-dix. Le pape émérite Benoît XVI évoque, à juste titre, la crise de mai 68. Il faut y ajouter la décomposition de toute forme d’autorité et de repère, qui ne permet plus à certains jeunes fragiles d’avoir un équilibre psychologique suffisant pour pouvoir se situer dans une identité sexuelle et une mission paternelle ou maternelle. La pensée dominante veut abolir les frontières entre l’homme et la femme, le père et le fils, le maître et l’élève, tout doit être nivelé. Or, ce n’est qu’en distinguant que l’on respecte ! Beaucoup de prêtres ont cherché, à une certaine époque, à devenir des copains. Cela peut créer une forme de proximité malsaine. Le crime des abus sexuels vient de ce que nous avons oublié que toute personne est sacrée et que nous devons la respecter sur tous les plans.

 

Lire aussi : L’éditorial du Dossier : Place de l’Eglise

 

Certains catholiques sont déroutés par les propos du pape François au sujet de l’islam qui ne correspondent pas à ce qu’ils vivent au quotidien ou dont ils entendent parler dans les médias. Que leur répondez-vous ?

 

Sur l’islam comme sur les questions politiques, le catholique n’a pas à suivre dans tous ses développements telle ou telle position du Saint-Père. Il faut décomplexer les catholiques par rapport au pape quel qu’il soit. Ce n’est pas lui manquer de respect que d’affirmer que la réalité de nos ghettos en Europe pose un véritable problème et inquiète les populations. Je comprends parfaitement le souci du pape de vouloir pacifier les rapports entre les religions et je l’approuve. Mais, un catholique n’est pas tenu de partager tous les propos du pape quand il ne s’exprime pas dans le domaine magistériel. De plus, il faut distinguer le degré d’importance entre une phrase prononcée au cours d’une conférence de presse improvisée dans un avion et la publication d’une encyclique.

 

Concernant l’accueil des migrants, comment envisagez-vous votre rôle ?

 

Sur cette question, j’affirme que c’est le devoir du chrétien – et même de tout être humain – de secourir ceux qui sont dans le besoin. On ne peut pas laisser dormir les gens dans la rue, même s’ils ne sont pas arrivés légalement sur le sol français. La charité n’a pas de frontières. Bien sûr, il est légitime pour un État de réguler l’immigration en vue du bien commun, mais mon propos se situe dans le registre de la charité concrète que l’on doit à tout homme. Il faut certes essayer de régler les problèmes en amont pour éviter que ne se constituent chez nous des lieux où les gens vivent dans des conditions inadmissibles. Il appartient aux autorités politiques de chercher le bien commun. Je me limite, pour ma part, à porter secours à tous les plus démunis. En cela aussi je rejoins ce que nous dit le pape François. J’ai accueilli ici provisoirement des familles jetées à la rue. C’est un devoir d’humanité. Je retiens toujours la Parole de Jésus : « Tout ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le aussi pour eux » (Mat. 7,12).

 

 

Le 20 mai, avant d’être heureusement stoppé par la Cour d’Appel de Paris, le CHU de Reims avait décidé d’arrêter l’alimentation et l’hydratation de Vincent Lambert. Que vous inspire cette décision ?

 

Une profonde peine. Cela fait plusieurs années que je défends sa cause et j’ai ainsi noué des liens avec sa mère. Vincent Lambert n’est pas maintenu en vie artificiellement. Il n’est pas un malade en fin de vie. Il est vivant, en état pauci-relationnel comme 1 600 autres personnes en France. Il vit sous perfusion comme des gens qui sortent d’opération mais il n’est pas à l’article de la mort. C’est le résultat de la culture du déchet ; on a perdu de vue que tout être humain est unique et que sa dignité est inaliénable. Beaucoup pensent que Vincent Lambert est un être inutile mais c’est glaçant de voir que l’on juge de la dignité d’une personne en fonction de son utilité. C’est une forme d’eugénisme.

 

 

Propos recueillis par Benoît Dumoulin

 

 

[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest