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L’évêque de Montauban nous redit l’importance vitale des sacrements pour notre âme et son souhait de restaurer les messes publiques. Dans cette période de confinement, le gouvernement a en effet pris en compte la nécessité des commerces de nourriture, des hôpitaux et autres soins du corps mais la soif spirituelle de l’Homme est la grande oubliée.
Comment vivez-vous cette période de confinement dans votre diocèse ?
C’est une épreuve car nous avons dû annuler, comme tous les diocèses, la totalité des célébrations publiques. Mais cela ne veut pas dire que l’Église ne continue pas à vivre car nous nous adaptons à cette situation unique. Nous avons en effet assuré la retransmission vidéo de nos messes, j’ai personnellement célébré la fête de la Miséricorde divine au sanctuaire qui porte son nom, nous avons laissé les églises ouvertes pour que les fidèles puissent s’y recueillir individuellement, j’ai recommandé aux prêtres d’y exposer le Saint-Sacrement, nous avons assuré des distributions locales de rameaux, j’ai moi-même célébré la messe chrismale dans ma cathédrale, nous multiplions les visites à domicile pour apporter la communion aux malades et je maintiens le lien avec les fidèles par l’intermédiaire des bulletins paroissiaux. Seul regret: je n’ai pu obtenir d’organiser un chemin de croix public, le vendredi-saint, dans les rues de Montauban auquel seulement quatre personnes devaient participer avec moi…
Et pour la célébration de la messe, n’est-ce pas une lourde épreuve ?
Le confinement est une épreuve particulière pour les catholiques car nous ne sommes pas une Église virtuelle. Nous sommes une religion de l’Incarnation et vivons du corps du Christ dans l’Eucharistie. Il faut bien comprendre que pour un catholique, la messe n’est pas un rassemblement religieux comme un autre ; c’est le moment où il communie au corps du Christ mort et ressuscité pour nous. C’est à cette source que s’alimente notre foi. L’Eucharistie, c’est la nourriture du chrétien, ce n’est pas simplement une assemblée où les gens ont plaisir à se retrouver et écoutent des lectures.
L’Eucharistie, c’est la nourriture du chrétien, ce n’est pas simplement une assemblée où les gens ont plaisir à se retrouver et écoutent des lectures.
Cela peut être le cas dans d’autres religions mais la messe est bien plus que cela : elle est indispensable à la vie du chrétien. Nous priver d’Eucharistie, c’est nous priver de nourriture ! Il faut bien que les pouvoirs publics aient cela à l’esprit. La plupart du temps, ils envisagent la foi catholique comme une succession de rassemblements religieux, à l’image de ce que cela peut être pour d’autres religions. C’est cette méconnaissance qui explique que la reprise des messes publiques et des sacrements ne soit pas considérée par les pouvoirs publics comme un besoin vital.
En effet, le gouvernement a annoncé des mesures progressives de déconfinement à partir du 11 mai ; elles visent principalement les écoles, les entreprises et les magasins mais pas les églises, comme si la dimension spirituelle de l’homme était finalement accessoire.
C’est exactement cela. Le gouvernement considère la religion comme un superflu qui ne relève que d’un choix privé et ils appliquent le même traitement à toutes les religions (et familles de pensées !) sans voir les spécificités de certaines d’entre elles. Pour les pouvoirs publics il ne s’agit pas d’un besoin fondamental de la personne humaine. J’avais déjà vécu cette situation comme aumônier d’hôpital et elle s’amplifie au fur et à mesure que la société se déchristianise. De même, on voit apparaître une idolâtrie de la santé qui a remplacé la quête du salut. Loin de moi l’idée de remettre en cause la nécessité de se soigner mais nous ne sommes pas qu’un corps, nous avons aussi une âme et nous ne sommes pas faits pour vivre éternellement dans ce monde. L’Eucharistie nous donne le pain de vie qui nous conduit jusqu’au ciel. C’est pour cela qu’elle est vitale.
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Au début du confinement, les catholiques étaient très dociles voire timorés à l’égard des consignes données par les pouvoirs publics mais plus le temps avance, plus ils ont l’impatience de pouvoir à nouveau se ressourcer à la vie eucharistique.
C’est une sainte envie qui est tout à fait normale et que je partage pleinement ! Avec la CEF (réunie en visio-conférence de 24 avril) nous demandons que les célébrations publiques puissent reprendre le plus rapidement. Il est tout à fait possible de trouver un modus vivendi avec les autorités publiques pour que les messes publiques aient lieu, tout en respectant les gestes barrière.
Le danger, c’est que la loi civile se substitue à la foi pour quelque prétexte que ce soit !
S’il faut célébrer plus de messes afin de permettre à tous les fidèles d’y participer, nous le ferons ! Les catholiques ne doivent pas considérer que la loi civile est supérieure à la loi religieuse. Le danger, c’est que la loi civile se substitue à la foi pour quelque prétexte que ce soit ! Or, chacun est autonome dans son ordre, la loi civile d’un côté, la foi de l’autre. C’est cela, une juste laïcité ! Les catholiques ne doivent pas permettre au gouvernement de devenir maître de leurs consciences ! Par ailleurs nous devons rappeler le principe constitutionnel de la liberté de culte.
Pensez-vous qu’à l’issue de la crise, les Français redeviendront comme avant ?
Il est évident qu’une telle crise est de nature à nous faire réfléchir sur la fragilité de notre condition humaine et sur la nécessité de ne pas jouer les apprentis-sorciers en matière de bioéthique, comme s’apprêtait à le faire le gouvernement par l’extension de la PMA. « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles ». Nous devons sortir de la dictature de la technique et refonder notre société sur la dignité inaliénable de la personne humaine, de la conception à la mort naturelle, en ayant un soin particulier à l’égard des plus démunis, des personnes âgées qui ont souvent été les laissées-pour-compte de ce confinement et des soignants dont on redécouvre le rôle indispensable malgré les carences, les pénuries et la précarité qu’ils subissent. Enfin, je souhaite ardemment que les catholiques se nourrissent toujours plus de l’Eucharistie, cette nourriture « pour la vie éternelle » dont ils ont été privés pendant trop longtemps. Ainsi pourront-ils d’ici la Pentecôte vivre pleinement la joie pascale.
Propos recueillis par Benoît Dumoulin
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