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Morrissey au Zénith : l’idole en son panthéon

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Publié le

29 juillet 2025

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Si notre rock critic gonzo arrive trop tard aux concerts, il rend du moins ses papiers à l’heure, c’est pourquoi vous pouvez partager ci-dessous son expérience du dernier concert parisien du mythique chanteur des Smiths.
© DR

En prenant mon billet, je doutais de faire le bon choix. Morrissey venait à Paris, lui que j’écoute, avec les Smiths ou en solo, depuis ce mercredi d’adolescence où, par un hasard heureux, j’achetai The Queen Is Dead avec de l’argent de poche. Il n’est pas certain qu’un autre chanteur ait gardé pour moi une telle fraîcheur après tant d’années. Mon émotion est restée intacte, fidèle à celle qui m’illumina alors. Comme j’ai tendance à tout gâcher, je me suis dit que la meilleure idée serait d’aller passer l’après-midi qui précédait le concert sur les berges royales de Port-Marly à boire du vin. Le lieu se trouvant à plus d’une heure trente du Zénith de Paris, il n’y avait pas mieux. On peut toujours faire pire : un ami était parti en virée à Anvers la veille du mariage de sa sœur, laquelle l’avait désigné comme témoin : il en est revenu à temps, peu indemne, avec des bribes d’accent flamand et le corps harassé. Je pouvais faire aussi bien : être présent était un objectif atteignable.

L’idole est là

Cocteau avait de la chance, lui qui disait savoir « jusqu’où aller trop loin ». C’est avoir un charmant sens de la mesure. N’étant pas Cocteau, j’ai rejoint le Zénith, seul, ayant sans doute déjà navigué dans les zones troubles de l’excès. Les premiers rendez-vous m’ont toujours paniqué, et les (mauvaises) excuses sont faites pour s’en servir. J’avais raté la première partie (les plus qu’excellents Brigitte Calls Me Baby, que j’avais vus trois jours auparavant, lors d’un concert renversant au Supersonic) et Morrissey ayant fait patienter une heure la foule : je n’arrivai dans la salle qu’une fois le deuxième morceau commencé : un miracle. L’Idole est là, au loin. Sa voix est superbe. Au-dessus de sa tête défilent des images de son panthéon, de son autel-pop : les Ramones, Dionne Warwick, Sham 69, jusqu’à Mata-Hari que nous verrons plus tard apparaître. C’est une messe, les fidèles sont des milliers. Une nostalgie mortifère plane dans ce hangar triste. Navigant difficilement entre les corps, je regrette de n’être pas en 1985. Morrissey le sait, nous sommes aussi ici par crainte de ne plus le revoir. Peu importe, il trône sur la scène, fier et ému, seul et adoré.

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Notre Sarah Bernhardt

Quelques titres des Smiths et la ferveur des fanatiques explose. Le groupe qui accompagne Morrissey est excellent, à sa mesure. C’est notre Sarah Bernhardt : éternelle diva quelque peu insupportable, indépassable interprète dont les faiblesses n’atteignent pas le mythe. Il est là, solide, tandis que je tangue amèrement au gré de mes oscillations intérieures. Tout est beau et tout est triste. En sortant de la salle, j’ignore toujours si j’ai fait le bon choix. Un souvenir doux-amer perdurera. À l’heure où j’écris ces lignes, je repense à cette phrase de Proust au moment où le petit Marcel découvrit la Berma au Théâtre : « Ce que je regrettais, ce n’était pas de n’avoir pas trouvé l’art de la Berma admirable, mais de n’avoir pas été capable de l’admirer. »

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