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Paul Weller : black soul for white spirit

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Publié le

27 juin 2025

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En publiant la compilation de ses morceaux préférés de soul music, Paul Weller paye sa dette à l’influence de la musique noire sur la scène britannique. Nicolas Sauvage nous l’explique.
© Facebook Paul Weller–Dean Chalkley

En Angleterre, Paul Weller s’est constitué une stature que l’on pourrait comparer chez nous à celle d’un Gainsbourg. La comparaison est bancale, mais pas sans fondements. C’est une figure incontournable, un maître admiré, une influence qui n’a jamais cessé d’agir sur des générations de musiciens. C’est aussi un homme multiple, changeant, ayant été à la fois un garnement lancé aux débuts du punk, celui qui popularisa de nouveau, dix ans après la première vague, l’attitude et l’esthétique mod ; mais également, et c’est ce qui nous intéressera aujourd’hui, le grand défenseur d’une certaine musique noire américaine. Du jazz raffiné d’un Coltrane à la soul de la Motown, jusqu’à son goût pour Sly & The Family Stone, il n’a jamais cessé de digérer ces influences pour les faire entendre à sa façon dans ses compositions. L’Anglais teigneux de Woking est donc autant un créateur qu’un transmetteur. Avec ce qui est déjà comme la meilleure compilation d’un Long Hot Summer à venir, Paul Weller renvoie l’ascenseur, et entreprend un exercice d’admiration absolument grandiose de par sa sélection sans faute. Pour nous parler de Weller autant que de ses obsessions musicales, je me suis entretenu avec Nicolas Sauvage, le plus british des biographes français de rock. Son dernier livre, sur Terry Hall, le chanteur des Specials, succède à ceux sur Morrissey et les Smiths, Damon Albarn, mais aussi et surtout, Paul Weller et Curtis Mayfield, qui tous deux réunissent une bonne partie des sujets de notre conversation.


Est-ce une surprise de voir Paul Weller dans le rôle d’un compilateur de chansons ?

C’est quelque chose qui n’est pas nouveau chez Weller. Son attachement à la soul en général et à la northern soul en particulier est présent depuis toujours. Il avait déjà inventorié des titres dans une compilation sortie au début des années 2000 et qui s’appelait Under The Influence. Puis il avait participé aux Vinyls Classics de la BBC en proposant quelques titres déjà compilés ici. Il lui est aussi arrivé d’être DJ dans certaines soirées, donc pour lui faire de la musique et en partager participe d’une même passion.

La période électronique qui explosera en 88 naît en quelque sorte des premiers DJ’s qui, aux États-Unis ou en Europe, passent majoritairement, au départ, cette musique noire

Comment découvre-t-il ces modes musicales noires-américaines ?

C’est quelque chose qui fait partie de l’histoire moderne britannique. Quand les labels américains de soul, comme Tamla Motown, Stacy ou Chess Records deviennent populaires au début des années 60, il y a un relais qui se fait en Europe. Des artistes, comme The Supremes ou Stevie Wonder, sont envoyés pour faire des concerts en France, et bien sûr en Angleterre. Cela va avoir une influence directe sur des groupes comme les Stones, les Yardbirds ou les Pretty Things. Dave Godin, un journaliste et disquaire londonien va être le grand passeur de cette soul. Une clientèle va se démarquer : des jeunes garçons venant du nord de l’Angleterre, fans de football, qui dansent sur les titres de la Motown les plus rythmés. Dave Godin va, pour eux, sélectionner des disques qu’il rangera dans un bac labellisé « northern soul ». Ce sont des singles qui n’ont pas un succès commercial énorme, mais qui fascinent ces gens. Au même moment, des clubs légendaires tels que le Twisted Wheel mancunien ou le Blackpool Mecca attirent les all-nighters et s’ouvrent à des artistes américains alors en perte de vitesse ainsi qu’à des DJ’s qui passent cette musique : une contre-culture nouvelle en Angleterre naît de cette manière. Paul Weller découvrira cette culture a posteriori, en 1981, lorsque débute une période qu’il qualifiera de purification mod. Après avoir été dingue des Beatles, des Who, de Dr. Feelgood, et à une moindre mesure, des Sex Pistols, il sera un grand amateur de cette musique.

Quel rapport Paul Weller a-t-il avec ces différentes influences musicales présentes tout au long de ce disque ?

C’est finalement une partie de son héritage dont il témoigne ici. Ce n’est évidemment pas quelque chose d’exhaustif. Il collectionne des disques depuis plus de quarante ans et il a une culture très vaste, plus que la plupart des rockeurs classiques. Weller a formé The Style Council après la fin de The Jam : ce groupe sera pour lui un moyen de montrer plus encore les influences que l’on entend dans cette compilation.

Dans That Sweet Sweet Music, qui est le nom de ce double-disque, on ne trouve pas de morceaux de reggae jamaïcain qui fut considérable pour les mods et skinheads anglais. Weller n’était-il pas sensible à cette musique ?

Non, au contraire, cette culture est également importante pour lui ! Au fond, c’est un pur Anglais de cette période : aussi bien amateur de musique jazz, blues, mais aussi caribéenne. La sélection porte ici sur la soul uniquement.

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À propos de musique dansante, l’ère de l’acid-house que l’on entendait à l’Hacienda a-t-elle puisé dans cette tradition née dans les années 60 ?

Totalement ! C’est une longue et vieille histoire. Avant ça, un titre comme « Tainted Love », repris par Soft Cell, était une chanson originellement de soul des années soixante. Tout est imbriqué. La période électronique qui explosera en 88 naît en quelque sorte des premiers DJ’s qui, aux États-Unis ou en Europe, passent majoritairement, au départ, cette musique noire. Weller était imprégné de ces nouvelles influences, au point que le dernier album du Style Council (A New Decade Of Modernism) est tout pétri de house-music.

Morrissey, qui fut sans doute un admirateur de Weller (dont il a repris « That’s Entertainment »), a l’air beaucoup plus éloigné des musiques qui composent cette playlist…

Oui et non. Cette culture ne lui est pas étrangère. Il aimait les girl-groups américains comme The Supremes, The Marvelettes. Mais il y a, c’est vrai, quelque chose de plus blanc chez Morrissey. C’est surtout une nature très différente. Il y a un syndrome Alain Delon chez lui. Ils se sont tous deux construits un univers dont ils sont les personnages principaux et qui les poussent à oublier le monde réel. Ils vivent avec des souvenirs, des fantômes et des références. Weller beaucoup moins. Les deux ne s’apprécient pas, d’ailleurs, pour beaucoup de raisons qui les éloignent sur de nombreux points.

À l’époque, mais encore aujourd’hui, les fêtes londoniennes où l’on retrouve des minorités mêlées aux Anglais de souche fédèrent et ont été, du Clash aux Specials, quelque chose de constitutif au son de l’époque…

Le point de départ de tout cela, c’est l’après-guerre et plus précisément ce que l’on désigne désormais sous l’appellation de « génération Windrush ». Le gouvernement est en recherche d’une main-d’œuvre nouvelle et ils vont proposer aux Caribéens, dont Jamaïcains, de travailler à reconstruire le pays. Tous ces gens, dont des musiciens, vont s’installer durablement en Angleterre, et forcément cela aura un impact important sur la musique britannique. Le punk va digérer ces sonorités, ce qui sera moins le cas chez nous avec l’Afrique du Nord. Il faut toutefois nuancer, parce qu’une ville comme Marseille sera modelée par ces influences venues d’ailleurs, mais ce sera plutôt le hip-hop que le rock qui l’inspirera.


PAUL WELLER PRESENTS THAT SWEET SWEET MUSIC, COMPILATION, Ace Records, 20 €
TERRY HALL, SOMETHING SPECIAL, NICOLAS SAUVAGE, Le Boulon, 320 p., 26 €

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