Fondé par une violoniste formée à l’Institut Erik Sahlström en Suède et un compositeur passionné de lutherie et d’histoire, Octantrion a des références sérieuses en musique traditionnelle scandinave. Les pays du nord, comme ceux du bassin méditerranéen, sont des terres de mandoles et d’instruments à doubles cordes où la musique se compose avec des quarts de ton (les pays européens jouent sur douze demi-tons). Cette subdivision peu courante peut d’ailleurs parfois sembler étrange. Deux morceaux de II sont de purs traditionnels nordiques: Ragnarök, dont on ne sait s’il date du Moyen Âge ou de la Renaissance et En Gang När Jag Ska Dö, un traditionnel suédois. Le reste de l’album prend plus de liberté avec les codes folkloriques tout en exploitant toutes les possibilités des instruments scandinaves: vièle à archet, nyckelharpa alto ou ténor ou cistre basse nordique dans une perspective parfois quasi expérimentale.
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Sous le signe du corbeau
Dans le livret du disque, on trouve un extrait du codex Regius, manuel islandais de 1275 dont la poésie eddique mentionne les corbeaux Munin et Hugin représentant la mémoire et la pensée, qui murmurent à l’oreille d’Odin ce qu’ils ont vu dans le monde des hommes. La proposition artistique d’Octantrion, inspirée par ces oiseaux mythiques, fomente des transes inhabituelles. Bourdon des formes anciennes, mais aussi la surprise de « The Dead King » résonnant des influences du passé métalleux de Gaëdic qui mêle sa voix grave et mélancolique à celle, au timbre aigu, d’Éric Pariche (du groupe Superscream) pour évoquer la mort des divinités païennes. La boucle « ostinato » de guitare s’efface d’ailleurs peu à peu au profit d’un orgue d’église. Excellent preneur de son, le guitariste parvient à cultiver une véritable dynamique sonore et à mettre en relief les spécificités envoûtantes des instruments du grand nord.
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Tolkien en intermède
Grand admirateur de l’auteur du Seigneur des Anneaux, Gaëdic lui a rendu hommage avec quatre intermèdes portant chacun un nom emprunté au langage haut elfique inventé par Tolkien et renvoyant aux quatre éléments. L’air, l’eau, la terre et le feu se voient illustrés par des sonorités appropriées, et renforcent la puissance tellurique de l’ensemble. Et puis au fond, l’écrivain britannique aura su transporter au XXe siècle et dans la culture moderne, lui aussi et à sa manière, tout un monde enfoui germano-scandinave. II est une proposition du même ordre, même si elle peut paraître réservée à une niche d’initiés. Non consensuel, libre, onirique et fascinant, cet album bénéficie autant de l’énergie issue du metal de Gaëdic que de l’excellence d’Éléonore dans son art, et ressuscite avec grâce des rites musicaux disparus.





