Le fringant sexagénaire raconte son confinement avec son frère Michka et leurs jeunes compagnes respectives, non pas dans un 30 m2 à Belleville au-dessus de prostituées chinoises contraintes d’exercer, mais dans la maison préservée de leurs parents, quelque part dans la verte et apaisante campagne de la vallée de Chevreuse.
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Idéal pour faire du jogging, jouer au tennis, cueillir des cham- pignons ou discuter avec l’âme-sœur des fascinants replis de son âme d’artiste.
Nostalgie narcissique
Cette topographie magique se trouve amplifiée par les souvenirs d’Assayas narrés en voix-of d’un ton pontifiant de presque vieillard. Entre chaque petite merveille évoquée du temps jadis, des saynètes prétendument légères mettent en scène de faux mais vrais Olivier et Michka, de même raison sociale (cinéaste et homme de radio) mais affublés de noms d’emprunts (Paul et Etienne Berger). Ils sont interprétés par Vincent Macaigne (woody-alleno-geignard et précautionneux : son unique registre) et Micha Lescot (au dédain subtilement aristocratique), tous deux plus jeunes que leurs modèles de quinze ans. Le temps glorieux du Palace et des jeunes gens modernes est évoqué devant les compagnes médusées. Assayas soigne son image d’intellectuel tout-terrain en affichant son goût pour Sacha Guitry, Kenneth Anger et le cinéma muet. Il a tout lu (même si pas en entier) et, une ou deux fois, il exprime une compassion mesurée pour les malheureux qui n’ont pas ses conditions de confinement. Bien sûr, il ne se passe rien, sinon un contentement général à peine mis à mal par de micro-tensions.
Il a tout lu et, une ou deux fois, il exprime une compassion mesurée pour les malheureux qui n’ont pas ses conditions de confinement.
Les deux compagnes translucides ne passent pas le test de Bechdel qui juge de l’autonomie des représentations cinématographiques féminines vis-à-vis de leurs partenaires masculins, et n’interagissent entre elles que pour discourir sur les qualités de leurs tourtereaux, sans aller évidemment jusqu’à comparer la taille de leurs organes.
Autosatisfaction et non-dits
Ce qui fascine vraiment dans Hors du temps est la totale absence de sur-moi et de toute vergogne chez Assayas qui confond son journal de confinement avec une œuvre automnale de Jean Renoir longuement cité. Une scholie de Nicolás Gómez Dávila qualifie la bourgeoisie de « tout ensemble d’individus mécontents de ce qu’ils ont et contents de ce qu’ils sont. » Les grandeurs du patrimoine exalté par Assayas butent pour- tant sur un non-dit. À aucun moment n’est précisé le métier du père, or Raymond Assayas était scénariste, sous le nom de Jacques Remy, pour des grands noms de la Qualité Française (Delannoy, Clément, Autant-Lara). On saisit la gêne du fils, ancien des Cahiers et parangon d’une néo-Nouvelle Vague années 80, s’il avait à dévoiler une telle information, sans parler des soupçons de népotisme.
Autoportrait de monsieur Homais
Le temps où Assayas prenait le pouls de l’époque – comme avec le très beau Irma Vep (1996) – est révolu. L’homme court maladroitement après son passé. Il n’a plus qu’à fourbir comme une revanche la transmission de la maison familiale à sa fille pré-ado et lui expliquer ce qu’est un notaire dans une scène à la littéralité aussi désarmante que consternante. Hors du temps prend in fine les apparences d’un acte notarié qui fixe la transmission d’un capital qu’il soit fiduciaire, immobilier ou symbolique, et le spectateur sera ravi d’apprendre que l’auteur veille aux intérêts de la chair de sa chair.
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Ce don aux arrière-goûts de sacrifice consacre le film qui n’aura été, avant ce climax, qu’un interminable tour du propriétaire. Et tout à fait paradoxal puisqu’à l’issue d’1h50, on aura aussi fait le tour d’Olivier Assayas, bourgeois culturel sur le retour, s’inquiétant du monde comme il va, tout en assurant les arrières de sa progéniture. Il faut imaginer Monsieur Homais heureux.
HORS DU TEMPS (1h45), d’OLIVIER ASSAYAS, avec Vincent Macaigne, Micha Lescot, Nora Hamzawi, en salles le 19juin.





