Il faut s’en remettre aux techniciens de l’Opéra de Vienne, seuls rescapés des diktats sanitaires au printemps 2021: le Parsifal monté à l’époque devant les loges vides fut le grand événement lyrique de ces dernières années. La télé en assurait la diffusion, mais les mélomanes peu friands de transpositions théâtrales seront mille fois plus comblés par la captation audio que Sony vient enfin de publier. Pourquoi se creuser la tête à décrypter les images de Kirill Serebrennikov (celui-là même qui allait piétiner Lohengrin à l’Opéra Bastille en 2023), avec une pareille distribution? Du premier au dernier des rôles, on tient là les meilleures voix que l’on puisse rassembler aujourd’hui pour le « festival scénique sacré » de Wagner. Jonas Kaufmann, d’abord : un Parsifal viril, habité, saisissant d’humanité, « chaste fol » tout en sensibilité et nuances.
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Ensuite le Gurnemanz anthologique de Georg Zeppenfeld, un monument d’autorité, de subtilité, de douceur. La surprise Ludovic Tézier, qui aborde Amfortas avec le même sens incomparable du phrasé que dans ses rôles verdiens déjà légendaires. Jusqu’à l’insolente Kundry d’Elina Garanca, alliage miraculeux de sauvagerie, de mystère et de séduction. Mais les sommets ne seraient pas atteints sans les sonorités mouvantes du « Wiener ». Plus qu’un orchestre, un océan de lumière, où la baguette de Philippe Jordan, wagnérien à la souplesse très latine, puise, sans hiératisme abstrait, un élan charnel de rédemption.

PARSIFAL, festival scénique sacré en trois actes de RICHARD WAGNER, avec Jonas Kaufmann, Elina Garanca, Georg Zeppenfeld, Ludovic Tézier – Orchestre de l’Opéra de Vienne (dir. Philippe Jordan), 4 CDs (avec livret de 284 pages), Sony Classical, 42,99 €





