Dans bien des médias, comme Libération, nous lisons à propos des ordinations du diocèse du Var qui ont été suspendues : « Les griefs contre l’évêque de Toulon ne se focalisent pas uniquement sur la Castille [le séminaire diocésain, Ndlr]. Régnant en maître depuis vingt-deux ans sur le diocèse du Var, Rey y a accueilli nombre de communautés qui ont fait, ces derniers temps, l’objet de signalements à Rome pour des dérives sectaires et des abus sexuels ».
« Les communautés font l’objet d’un suivi. Les fragilités, les difficultés, que rencontrent certaines d’entre elles nous imposent toujours plus de vigilance », explique le directeur de cabinet de l’évêque, Yves-Marie Sévillia. Sur différents forums ou dans les mêmes médias, on peut également lire que Mgr Rey va démissionner ou que le séminaire de la Castille est remis en cause.
L’interprétation de ces journaux, si elle touche des choses qui peuvent être vraies, reste néanmoins trop ambiguë pour traiter de manière objective du sujet. Oui, il arrive qu’il y ait des problèmes, Sévillia le reconnaît d’ailleurs : « Nous travaillons en collaboration avec les Congrégations romaines lorsque des difficultés adviennent ». Les communautés, comme d’habitude, font l’objet d’un suivi régulier partout dans l’Église, et non pas seulement dans le diocèse de Fréjus-Toulon. Sur un certain nombre de points, des tensions ou des difficultés peuvent apparaître et ces points sont soumis à l’attention de l’évêque et de Rome. Monsieur Sévillia l’explique ainsi, de son côté : « Les communautés font l’objet d’un suivi. Et c’est à partir du moment où des dysfonctionnement et des témoignages arrivent à l’attention de l’évêque que des points qui doivent être traitées de manière plus approfondies le sont ». Un ancien séminariste confie avoir reçu nombre de formations de sensibilisation en vue de « réagir face aux abus sexuels et autres problèmes de mœurs ». De là à dire que c’est une des raisons qui ont fait surseoir aux ordinations, c’est une interprétation qui semble assez éloignée de la réalité.
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La raison de ces visites est donc toute autre : Mgr Rey avait déjà demandé une visite à Mgr Bataille, évêque de Saint-Étienne, l’an dernier, pour suivre la formation de ses séminaristes et vérifier que toutes les réformes du séminaire qu’il avait mises en place étaient ajustées. La visite de Mgr Aveline, archevêque de Marseille, a eu lieu dans la même optique, Sévillia confie à ce propos : « Mgr Rey avait demandé une visite à Mgr Bataille pour suivre ce qu’il se fait, la formation, afin d’améliorer ce qui doit l’être et vérifier que tout est en bonne harmonie. La visite fraternelle faite par Mgr Aveline avait dans la même optique pour but de suivre les questions du séminaire». Les échos ont été bons, les visiteurs ayant constaté beaucoup de points positifs et quelques points d’amélioration au niveau de la formation intellectuel. Des points tels que la mise en place de liens avec l’université catholique de Lyon ou un livret de présentation des enseignement dispensés à la Castille. Sévillia, est de ce fait confiant : il explique que « le séminaire et sa formation sont des points d’attention, mais ne sont pas remis en cause». Dans la continuité des renouvellements qui ont eu lieu depuis deux ans, ces visites avaient pour objectif de tendre toujours vers un meilleur rythme de vie et une meilleure formation. On est simplement dans la vie classique d’une institution qui cherche à progresser. D’ailleurs, Sévillia d’expliquer que « Mgr Rey travaille en confiance avec ses confrères et notamment Mgr de Moulin Beaufort et Mgr Aveline. Ces échanges sont fraternels et constructifs ».
« Ce qui vous arrive est plus important que les cours de cette année ! Tout futur prêtre, configuré au Christ, doit faire l’expérience de la croix… » (Père Ferraro s’adressant aux séminaristes)
A aussi été développée la question de l’accueil des communautés de sensibilité traditionnelle qui aurait posé un problème à Rome. Cette question s’inscrit dans une politique d’accueil générale et « Mgr Rey travaille au défi de l’unité et de la communion de l’Église qui est nécessaire à la vie du diocèse, du presbyterium et de la vie des fidèles » et qui interroge à Rome dans la mesure où c’est une caractéristique essentielle du diocèse, ce qui en fait la singularité. La richesse liturgique du diocèse est un modèle original dans l’Église de par son accueil extraordinaire : une sorte de « melting pot » qui cherche à correspondre à toutes les sensibilités du peuple de Dieu. Dans ce contexte, le directeur de cabinet de l’évêque de dire : « La communion est un défi à relever ; l’assimilation et l’intégration de tous est nécessaire notamment par un temps d’acculturation pour les étrangers. Le spectre des sensibilités est très large, à l’image de l’Eglise, que ce soit les sensibilités charismatiques ou traditionnelles ».
Malgré son caractère de communion et son caractère profondément ecclésial, cet accueil est plutôt mal vu à Rome qui ne souhaite pas apparemment que la liturgie traditionnelle survive et se déploie. C’est une évidence qui reste incompréhensible d’autant que « l’accueil » est un cheval de bataille du pape François et que le travail de l’évêque ne cherche pas à les favoriser mais plutôt à développer une véritable richesse diocésaine par la différence des communautés.
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D’autre part sur les réseaux sociaux et les forums, les ennemis de Mgr Rey, qui ne manquent pas, se réjouissent en s’imaginant qu’il allait être obligé de démissionner. Yves-Marie Sévillia nous répond que « la question de la démission ne se pose pas aujourd’hui : il y a des échanges avec l’archevêque de la province, Mgr Aveline, avec qui nous travaillons en confiance et avec Rome. La décision de surseoir est encore à clarifier et c’est pour cela que nous sommes toujours en discussion ».
Si le terme « sine die » a été en général interprété dans le sens que Mgr Rey n’aurait plus le droit de procéder à des ordinations pendant les six ans d’épiscopat qui lui restent. Il est bon de rappeler, selon les termes de son directeur de cabinet, qu’« il s’agit d’une suspension, pas d’une annulation, car tant qu’il n’y a pas de précision de Rome : de fait rien ne peut avancer. Mais c’est également pour cela que des discussions se poursuivent ».
Pour conclure, il est bon d’écouter la démarche des séminaristes et des prêtres qui les forment, qui sont à dix mille lieues des descriptions qu’on a pu parfois lire d’eux : le journal La Vie a également rapporté ces propos que l’ancien séminariste que nous avons contacté a lui-même reçus de ses amis encore sur place : un professeur, le père Christian Ferraro, appelait les séminaristes à tout offrir au Seigneur : « Ce qui vous arrive est plus important que les cours de cette année ! Tout futur prêtre, configuré au Christ, doit faire l’expérience de la croix… » Un discours que porte aussi le nouveau recteur du séminaire de la Castille, Benoît Moradei : « On n’entre pas au séminaire pour faire carrière. L’ordination est un don, pas un dû. Cette épreuve unit le futur prêtre à Jésus qui s’offre pour l’humanité ».





