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Palantir Technologies : la Silicon Valley au service de l’État

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Publié le

1 juin 2026

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Palantir Technologies, l’énigmatique entreprise de défense cofondée par Peter Thiel, le conservateur le plus proéminent de la Silicon Valley, fascine. Dans « The Technological Republic », Alexander Karp et Nicholas Zamiska, respectivement PDG et directeur des affaires corporatives, lèvent le voile sur leur vision alternative de l’industrie numérique, à rebours d’un milieu réputé progressiste.
© DR

Palantir Technologies, l’énigmatique entreprise de défense cofondée par Peter Thiel, le conservateur le plus proéminent de la Silicon Valley, fascine. Avec son nom inspiré par Tolkien (dans Le Seigneur des Anneaux, le palantír est un globe qui permet d’observer des lieux distants dans l’espace et le temps), elle promet de mettre les récentes innovations du Big Data au service de l’armée américaine, alors que l’avenir de la course aux armements se jouera avant tout sur le front technologique. Dans The Technological Republic, Alexander Karp et Nicholas Zamiska, respectivement PDG et directeur des affaires corporatives de Palantir, lèvent le voile sur leur vision alternative de l’industrie numérique, à rebours d’un milieu réputé progressiste.

À leurs yeux, la Silicon Valley s’est égarée, car elle est avant tout le produit du contexte culturel de la Californie, berceau de la contre-culture, du mouvement hippie et des radical sixties. Cette origine aurait durablement marqué sa vision du monde, pour le meilleur et pour le pire. Ainsi, l’esprit d’innovation serait tristement teinté par la vision postmoderne, qui ne croit plus en la nation ou en des projets politiques structurants. Voilà pourquoi cette énergie est investie dans des « applis » superficielles de partage de photos ou de livraison de nourriture : le progrès technologique se replie sur le mode de vie des bobos jouissant d’un bon revenu disponible, au détriment du politique.

Lire aussi : Peter Thiel : le mage de la Maison-Blanche

Karp et Zamiska plaident pour une conception différente de la technique, avec les mots de la nouvelle droite intellectuelle américaine. Avec les conservateurs postlibéraux, ils appellent le monde de l’entreprise à sortir de la vision factice de l’État ou du scientifique moralement neutre, hors du champ politique, pour remettre la recherche du bien commun au cœur de la cité. Avec les nationaux-conservateurs, ils souhaitent que les Américains assument à nouveau une identité nationale culturellement définie, et reconnaissent que les entreprises ont une loyauté envers la patrie dans laquelle elles opèrent. Il y a là une rupture frontale avec « l’idéologie californienne », et plus largement avec l’orthodoxie libertarienne du monde des affaires selon lequel il devrait y exister le moins d’interactions possibles entre la puissance publique et l’économie.

Les dirigeants de Palantir critiquent ainsi durement les ingénieurs de Google, par exemple, qui ne veulent pas mettre leurs talents au service de l’armée américaine, refusant de défendre la Pax Americana dont ils sont pourtant des bénéficiaires directs. De la même manière, ils désirent un renouveau dans la collaboration entre État, scientifiques et entrepreneurs, qui a permis des innovations marquantes du siècle dernier comme le Projet Manhattan et Internet. On comprend ainsi les fondements de l’action du « mouton noir de la Silicon Valley », qui avance à rebours d’un milieu progressiste et libéral.

The Technological Republic se présente donc comme un essai fascinant de pensée politique, et une fusion singulière entre la perspective d’un leader du secteur technologique et le renouveau conservateur contemporain. Si les plus traditionalistes pourront avoir des réserves sur cette vision qui ne définit pas clairement les limites du progrès technique, l’ouvrage mérite d’être lu et médité pour comprendre l’état d’esprit d’un secteur qui transforme rapidement notre monde, et qui prend trop rarement le temps de coucher ses idées sur papier.


THE TECHNOLOGICAL REPUBLIC, ALEXANDER C. KARP ET NICHOLAS W. ZAMISKA, Crown, 320 p., 25 €

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