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Partout, les saints : Charles de Foucauld

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Publié le

12 avril 2021

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Oubliez James Bond, et les autres héros du pauvre à la personnalité aussi plate que l’encéphalogramme d’une féministe. Car on découvre là un titan, un monstre bientôt sacré d’une épaisseur renversante. Asseyez-vous bien pour suivre Charles de Foucauld, bienheureux, futur saint, qui 100 ans après sa mort parvient encore à faire chouiner du gauchiste.
Charles de Foucauld par Romée de Saint Céran pour L'Incorrect

Dans une vieille famille noble pétée de thunes naît le petit Charles Eugène de Foucauld de Pontbriant, le 15 septembre 1858 à Strasbourg. Pour lui, pas d’enfance insouciante d’une famille unie et riche. Papa part pour le ciel à ses cinq ans, et maman le rejoint l’année suivante. Charles se retrouve dans les pattes de son grand-père, ancien lieutenant-colonel qui déborde d’amour pour le marmot. À force de s’enquiller tous les philosophes, le jeune vicomte Charles perd ses repères. D’autant que personne n’est là pour corriger le tir en le collant sur les bancs de l’église le dimanche matin. Exclu du bahut pour « paresse et indiscipline », l’effronté fait chauffer le chéquier de papy et prend un précepteur. Effronté certes, mais redoutablement intelligent. Il intègre l’école militaire de Saint-Cyr, haut la main.

Après une réflexion intense de trois ans, contenue à grand-peine par l’abbé Huvelin qui restera son directeur de conscience, Charles prend l’habit le plus hardcore : celui des trappistes

Papy décède à son tour, et pour un Charles déjà désaxé, c’est la goutte d’eau de la cerise sur le gâteau : il explose. Jeune héritier orphelin, sociable et insolent, le cocktail pour une jeunesse dissolue. Gueuletons de l’apocalypse, femmes de petite vertu à la chaîne, grasses mat » pendant le lever des couleurs du régiment le matin… Pour dire les choses simplement, c’est un très gros branleur qui cherche la merde – et la trouve. Il sort bon dernier de la promo, mais en rajoute une couche : il emmène en mission sa gonzesse du moment. Quand sa hiérarchie le découvre, c’est la porte. Mais, alors qu’il retourne à sa vie de patachon en France, il apprend que ses frères d’armes prennent de sales peignées en Tunisie. Le patriotisme prend le dessus : on le réintègre à sa demande. L’âge, sûrement, mais aussi la Grâce, peut-être, l’assagissent. Dans son feu intérieur, il puise pour devenir un chef exemplaire et un meneur d’hommes. Il perd le gras accumulé par les années qu’il qualifie de « vie de porc », et tombe amoureux de cette partie de la Méditerranée. L’inconnu l’attire. À Alger après ses batailles, il étudie un an l’arabe, l’hébreux, et les théologies afférentes. C’est décidé : pour passer inaperçu dans un Maroc hostile à la France, il se déguisera en rabbin. Le grimage nickel jusqu’au bout des papillotes, il embarque sextant, boussole, cartes, et note tout ce qu’il voit dans son périple.

À son retour en France en 1886, il compile tout dans un joli bouquin qui lui vaudra les honneurs de la société de géographie. C’est un Vicomte Charles à peine reconnaissable qui rentre. Grandi par un voyage aux limites du croyable, il est devenu studieux, humble, curieux, et surtout détaché des plaisirs mondains. Son cœur aspire à retrouver un peu de la ferveur religieuse vécue au Maghreb. Il toque à l’église Saint-Augustin, sans trop piger ce qu’il se passe. L’Abbé Huvelin, à qui il était recommandé, le flanque dans le confessionnal sans bonjour ni merde. Absolution, et communion dans la foulée pour pénitence : c’est l’électrochoc, une seconde naissance. Après une réflexion intense de trois ans, contenue à grand-peine par l’abbé Huvelin qui restera son directeur de conscience, Charles prend l’habit le plus hardcore : celui des trappistes. Des gens qui ne possèdent même pas leur brosse à dents – juste une tunique et des sandales. Zéro demi-mesure. L’ancien débauché met la gomme sur le dénuement. Mais trappiste, ça reste un peu trop confort pour lui. Alors il part, d’abord en Syrie, à Akbès, où son cœur s’ouvre à la prêtrise après le massacre des Arméniens. Puis à Nazareth, où il bricole et jardine pour des Clarisses. Sa soif d’ascèse le ramène à ses premières amours. Il s’installe à Béni Abbès en 1901. Accueilli comme un prince par des militaires au fait de son passé d’armes, il est vu comme un saint homme, lâchant de la grâce au quintal.

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Son style de vie exige tellement qu’il ne parvient pas à trouver ni garder des compagnons de route. Le seul qui aura trop pris la confiance sera récupéré à demi-crevé dans le Sahara. Tant pis, message reçu. Charles part vivre en ermite au milieu des Touaregs, sans jamais prêcher mais en diffusant une présence d’évangile. La légende veut qu’il bossât pour les renseignements français, filant en scred des tuyaux à sa hiérarchie. James Bond, on a dit. En 1914, la boucherie démarre en Europe. Les tribus rebelles du Sahara ont vite pigé que c’était le moment de foutre le bordel. Père Charles choisit de rester sur place, refusant même le Fort Motylinski, où on lui suggère de se réfugier. Trahi par un de ses protégés Touaregs, il est pris en otage par une bande de pillards. Mais dans la panique, Père Charles se prend une balle perdue d’un tir ami. On l’enterre à l’endroit même où il est tombé, selon sa volonté.

Ses héritages spirituels sont innombrables. Cartographe, linguiste, homme de lettres et avant tout homme de Dieu, il intercède désormais au Ciel pour nous. On lui reconnaît deux miracles. Il passera bientôt de Bienheureux à Saint. Voyage au ciel en 1re classe à celui qui se faisait passer en dernier.

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