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Partout, les saints : Gemma Galgani

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Publié le

25 août 2020

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Une âme en béton armé, et un visage digne d’une muse de la renaissance, Gemma Galgani, sainte italienne de la fin du XIXe, envoie de la lourde leçon de foi et de dévotion.
Gemma Galgani

Avant même sa naissance en 1878, les augures de la Providence pavent déjà le chemin de Gemma, qui ne s’appelle pas encore ainsi. Et pour cause, sa mère, pieuse et zemmourienne avant l’heure, s’y oppose car il n’existait pas de « Gemma » (qui signifie « joyaux » en italien) dans le calendrier des saints. Ce à quoi le prêtre de la famille rétorque : « Il y a des gemmes au paradis, et espérons qu’elle devienne l’une d’entre elles ». Bingo. Moralité, si vous voulez appeler votre enfant Blue Ivy comme le bébé de Jay-Z et Beyoncé, assurez-vous qu’il coche toutes les cases pour un accès express auprès du Père éternel.

Gemma est placée dans une école tenue par les sœurs pendant sa prime jeunesse, et fait l’admiration de tous. Lorsqu’elle prie, au lieu de torcher vite fait son bréviaire qu’elle lit depuis ses cinq ans, elle demande comme on demande une confiserie : « Et maintenant, je prie qui ? » À l’âge où on se roule par terre pour déconner et qu’on pinaille parce qu’on ne veut pas le gâteau qui est cassé, elle laissait toujours la meilleure part à ses frères et sœurs et ne se dispute jamais. Si vous venez d’une famille nombreuse, vous savez déjà à quel point cette môme est déconcertante.

C’est à ce moment qu’elle dit entendre Jésus pour la première fois. […] « Veux-tu bien laisser ta maman venir à moi ? – Oui, si vous me prenez avec ! » répondra l’enfant, avec une dose de foi proprement stupéfiante.

Après avoir tanné le curé puis l’évêque pour qu’ils acceptent, elle se fait confirmer à sept ans. C’est à ce moment qu’elle dit entendre Jésus pour la première fois. Il lui demande la chose la plus hardcore qu’on puisse demander à une gamine qui prie pour sa mère alors malade : « Veux-tu bien laisser ta maman venir à moi ? – Oui, si vous me prenez avec ! » répondra l’enfant, avec une dose de foi proprement stupéfiante. Le Patron rejette sa requête et lui réitère sa question, qu’elle accepte cette fois-ci avec obéissance. Quand sa mère qu’elle avait tant veillée s’éteint, Gemma ne la pleure pas mais se réjouit qu’elle soit au ciel avec Dieu. Pour un adulte endurci, ça serait déjà remarquable. Pour une fillette qui a appris ses tables de multiplications il y a deux minutes, ça redresse proprement l’échine. Gemma devient le pilier de sa famille.

Son père ne voulait pas se séparer de ce rayon de soleil, mais consent tout de même, certainement sur les conseils appuyés du Patron, à mettre sa précieuse Gemma dans une institution tenue par des bonnes sœurs. Prière, éducation de haut niveau, théologie, obéissance, Gemma se trouve en gros dans son Ibiza personnel.

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Son péché principal reste l’orgueil, qu’elle reconnaît en ayant le bon goût de rosir délicatement quand on le lui fait remarquer. Elle le combat en faisant exprès d’en baver. Tout ce qu’elle adore, elle tient à distance, et tout ce qu’elle ne peut pas blairer, elle s’en sert double ration. Mais lors de la mort de Gina, son frère préféré, les nerfs lâchent et elle souffre terriblement. Dieu aime déjà tellement cette jeune fille qu’il lui fait la grâce de voir et d’entendre son ange gardien. Selon Gemma, il devient alors son tuteur, qui la soutient dans ses moments difficiles, et l’engueule copieusement quand elle se sert de sa très grande beauté pour faire tourner les têtes. Elle décide alors de porter uniquement du noir pour se préparer à entrer dans les ordres, et lâche même les bagouzes en or offertes par papa. Mais les emmerdes ne sont jamais loin dans la vie d’un saint, et après le décès dudit papa, la famille jusque-là très aisée se retrouve dans une misère noire.

Pour continuer sur la lancée gagnante, Gemma se débrouille pour choper une méningite qui lui fait perdre ses cheveux et avoir d’horribles abcès. On la dit mourante. Alors elle prie, jour et nuit, et c’est un autre saint qui lui serait apparu, saint Gabriel de l’Addolorata, qui lui aussi a raté sa carrière de mannequin chez Hugo Boss. Il l’accompagne dans ses souffrances, et à ses 21 ans, il la guérit miraculeusement. Gemma ficelle alors sa petite lettre de motivation pour intégrer le monastère local des sœurs Passionistes, mais sa vie chaotique jette un froid, et la congrégation préfère lui dire qu’ils vont la rappeler, mais merci beaucoup, on garde vos coordonnées.

C’est alors que des stigmates apparaissent sur ses mains et ses pieds, stigmates qu’elle prendra bien soin de cacher sous ses vêtements et ses gants noirs.

La foi de Gemma ne faiblit pas. C’est alors que des stigmates apparaissent sur ses mains et ses pieds, stigmates qu’elle prendra bien soin de cacher sous ses vêtements et ses gants noirs. À ses 23 ans, son confesseur, Mgr Volpi, la place dans la famille Giannini, et lui fait rédiger son autobiographie. Bien lui en a pris, car deux ans après, la tuberculose la rattrape. Le Patron n’a pas voulu faire ça n’importe comment, puisqu’il la rappelle à lui le Samedi Saint, le 11 avril 1903, à l’âge de 25 ans.

Ironie du sort, ce sont les sœurs Passionistes qui se retrouveront à prendre soin de son corps. Son procès en béatification est ouvert en 1920, et elle sera reconnue sainte en 1940. On la prie beaucoup en Italie pour sa beauté, image vivante de la beauté de l’union mystique avec le Christ et ses blessures. Sans aller forcément jusqu’à envier son sort, on admire sa dévotion et son amour profond pour la figure de Jésus.

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