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Né en 1941 dans une famille juive de Brooklyn, Paul Gottfried est professeur émérite au Elizabethtown College où il a enseigné vingt-cinq ans avant de rejoindre l’ISSEP. Docteur de l’université de Yale, il a consacré ses recherches à l’étude de la droite américaine et fut le premier à parler d’« alt-right ». A l’heure où Donald Trump se déclare candidat à sa réélection, l’Incorrect a souhaité le rencontrer.
Deux ans et demi après son arrivée à la Maison-Blanche, l’Europe ne parvient toujours pas à cerner Donald Trump. Sa politique étrangère est-elle plutôt isolationniste, comme en Syrie, ou plutôt offensive comme en Israël et en Iran ?
Le Président Trump n’avait absolument aucun passé d’homme de droite quand il a annoncé sa candidature à la présidence. Malgré sa façon de parler très populaire et sa base électorale de travailleurs blancs, il a gouverné la plupart du temps comme un Républicain assez classique, entouré de conseillers néoconservateurs. C’était inévitable pour plusieurs raisons, mais plus particulièrement parce que les néoconservateurs contrôlent les médias dits conservateurs.
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Et parce que l’entourage de Trump, avant qu’il ne devienne président, faisait largement partie de ce groupe. Sa politique étrangère a globalement été celle de ses conseillers néoconservateurs comme John Bolton, Eliott Abrams et d’autres figures venues de l’administration Bush ou de néoconservateurs plus anciens encore. Son extravagant soutien à Israël est conforme aux fondamentaux de la politique étrangère néoconservatrice.
Le parti démocrate hésite entre une gestion centriste des institutions et une dérive gauchiste. On a même vu apparaître une forme de réhabilitation du socialisme…
L’apparition sur la scène nationale de personnalités politiques aussi atrabilaires que Rashida Tlaib à Detroit ou son équivalente radicale du Bronx Alexandria Ocasio-Cortez, n’est pas une simple coïncidence. La chambre des Représentants est désormais pleine de détestation pour Trump comme Maxine Waters, Hank Johnson et d’autres qui comparent hystériquement Trump à Hitler.
Autre problème, Tlaib, Ocasio-Cortez et le Black Caucus sont pro-palestiniens et leurs critiques publiques d’Israël sont parfois incohérentes avec la ligne démocrate.
Les instances du parti démocrate vont devoir travailler dur pour conserver ces gêneurs dans le rang. Autre problème, Tlaib, Ocasio-Cortez et le Black Caucus sont pro-palestiniens et leurs critiques publiques d’Israël sont parfois incohérentes avec la ligne démocrate. Cela va susciter des frictions avec des responsables politiques comme Schumer et Feinstein, qui sont deux fervents défenseurs d’une législation pro-israélienne, des mesures anti-boycott par exemple. Mais l’idée la plus saugrenue de ces jeunes représentants, qui pourrait fortement déplaire à ses donateurs, est celle de taxer lourdement les entreprises afin de lutter contre le dérèglement climatique en engageant de très coûteux programmes écologiques (Green New Deal ndlr).
Steve Bannon rêve de faire en Europe ce qu’il a fait de l’autre côté de l’Atlantique, croyez-vous à l’émergence d’un grand mouvement populiste européen ?
Bannon a toujours été marginal dans l’administration Trump. Il a été autorisé à rester dans le cercle tant qu’il coopérait avec les conseillers néoconservateurs (comme le gendre de Trump, Jared Kushner). Mais dès qu’il a commencé à devenir récalcitrant et quinteux, il a été mis dehors, à la grande satisfaction des médias de gauche et de ceux dits conservateurs.
Mais les petites nations européennes sont fondées sur une appartenance ethnique, culturelle, religieuse et une histoire millénaire tandis que les États-Unis se considèrent supérieurs parce que fondés sur des principes universels.
Quand Trump était encore candidat en 2016, ses partisans ont voulu lister les soutiens universitaires de Trump. J’ai été contacté pour aider. Quand la liste a été publiée, mon nom et ceux de tous les membres de la vieille droite américaine ont été effacés sans façon. Cela m’a rappelé les communistes après la deuxième guerre mondiale qui effaçaient de leur liste de résistants tous les membres qui s’étaient opposés à Hitler tandis qu’ils continuaient à collaborer avec lui. Apparemment, mes amis et moi-même n’avions pas été suffisamment coopératifs avec les néoconservateurs, qui prennent avec Trump la place qu’ils avaient prise sous Reagan.
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Pour revenir au projet de Bannon, l’intégration des partis populistes européens dans une internationale transatlantique signifierait la défaite simultanée du patriotisme. Mais il y a une raison plus profonde qui explique pourquoi populistes américains et européens ne devraient pas pouvoir coopérer entre eux. Ils se méfient du mondialisme qui pèse sur leurs économies nationales et leur rhétorique en appelle au peuple contre les élites. Il est vrai que les deux populismes s’opposent à l’immigration de masse, surtout en Europe avec la présence de plus en plus pressante de l’islam. Mais les petites nations européennes sont fondées sur une appartenance ethnique, culturelle, religieuse et une histoire millénaire tandis que les États-Unis se considèrent supérieurs parce que fondés sur des principes universels. C’est pourquoi le populisme est très difficile à unifier de part et d’autre de l’Atlantique.
Le populisme a-t-il un avenir aux Etats-Unis après Trump ?
En dépit de ses succès économiques, qui sont réels, et la fin du califat de Daech, Trump est généralement impopulaire pour une raison qui n’a rien à voir avec son manque de tact. Il est perçu comme trop droitier dans un pays qui est sous influence d’Hollywood, des médias de gauche et du système éducatif. La haine combinée des féministes, des minorités raciales et des millenials, contribue à éroder les sondages les plus favorables à Trump. Il est à 39 % d’opinions favorables. Bien que Trump ne se soit jamais compromis avec la Russie, la gauche américaine continue de croire qu’il est l’instrument du régime nationaliste de Poutine. Un xénophobe néfaste qui doit être défait par tous les moyens.
Il est perçu comme trop droitier dans un pays qui est sous influence d’Hollywood, des médias de gauche et du système éducatif.
Je ne vois pas comment Trump et sa base électorale pourraient se maintenir au pouvoir en invoquant un « nouveau nationalisme ». La plupart des Américains sondés sont bien moins concernés par la construction d’un mur à la frontière et par la défense de leur identité que par un gouvernement qui leur paye une assurance médicale. Bien que 65 % des Américains placent l’immigration parmi leurs cinq priorités, seuls 44 % soutiennent le projet du Président de mur à la frontière du Mexique. Selon un sondage Harvard CAPS/Harris, 56 % des gens pensent qu’il devrait l’abandonner.
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Enfin, il paraît peu probable que les noirs et les femmes de la classe supérieure quittent la gauche pour la droite, quels que soient ses résultats économiques. Les partis qui gouvernent la plupart des pays occidentaux sont tous plus à gauche que notre parti Républicain. Et ce dernier est bien plus à gauche qu’il ne l’était il y a 20 ans sur la question des droits des homosexuels ou du féminisme. Une étude du Pew Research Center publiée en 2017 montre que depuis 1994, tous les partis se sont déplacés vers la gauche sur les questions de société. En 1994, 58 % des Républicains et 42 % des Démocrates pensaient que l’homosexualité devait être découragée. En 2017, cette opinion avait baissé de 21 points dans chacun des deux camps.
Dès que Trump sera parti, Démocrates et Républicains seront d’accord pour régulariser tous les migrants qui ont un casier judiciaire vierge.
Le parti républicain, qui est le moins solide d’un point de vue idéologique et électoral, a l’habitude de s’entendre avec l’établissement démocrate. Il partage avec lui son inquiétude face à Poutine et son soutien au Likoud en Israël. Dès que Trump sera parti, Démocrates et Républicains seront d’accord pour régulariser tous les migrants qui ont un casier judiciaire vierge.
Il n’y a donc pas de raison pour que l’actuel clivage se poursuive après Trump. Les enseignants, la culture de masse, les médias et l’immigration sont des tendances qui poussent structurellement l’Amérique vers la gauche. Et il faut bien constater que le soutien politique de la droite se réduit.
Propos recueillis par Hadrien Desuin
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