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Fox News : Comment la droite américaine livre le combat télévisuel

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Publié le

14 juin 2019

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Créé en 1996 aux États-Unis par l’éditeur et homme d’affaires australien Rupert Murdoch, propriétaire de plusieurs groupes de médias en Australie et en Angleterre, Fox News a connu un succès rapide. Plus de 80 millions de ménages regardent aujourd’hui la chaîne et son audience dépasse celle de CNN et MSNBC. La raison de ce succès est simple : alors que la moitié de l’Amérique vote à droite, Fox est la seule chaîne qui reflète les opinions de cette fraction du pays, ses rivales étant toutes au centre ou à gauche.

 

Murdoch avait vu ce trou : personne à droite. Ceci n’explique pas tout. Si Fox est regardée, c’est aussi parce que ses émissions sont très bien faites et alternent le populaire (sexe, sports et sensation), l’information en direct et le commentaire politique. En France, il est de bon ton de mépriser cette télé réac qui a réveillé la droite américaine et sans doute permis la victoire de Trump. Tour d’horizon avec ses trois présentateurs vedettes, Laura Ingraham, Sean Hannity et Tucker Carlson.

 

Lire aussi : L’éditorial de Jacques de Guillebon : Frère humain qui avec nous

 

Laura Ingraham, le sourire qui tue

L’astuce de Laura Ingraham, belle avocate qui a fait ses armes avec Reagan, est d’inviter des adversaires politiques, généralement des Démocrates, parfois des Républicains ennemis de Trump. Elle les reçoit poliment, les remerciant d’avoir bien voulu se libérer pour participer à l’émission. L’invité est obligé de remercier à son tour. Le match commence. Pas de sang mais pas de faux-semblants non plus : pour évoquer le mur que Trump veut construire le long d’une partie de la frontière séparant les États-Unis du Mexique, Laura Ingraham invite par exemple Jorge Ramos, un journaliste américano-mexicain.

C’est la méthode Fox : accueil aimable, questions simples (« Jorge ! ») et attaque mortelle. 

Comme prévu, Ramos répète le point de vue démocrate : le mur est un symbole de haine et de racisme. « Mais Jorge, intervient Ingraham gentiment, rappelez-vous qu’en 2006, vous avez-vous-même écrit : “Chaque minute un migrant traverse la frontière illégalement, ce qui est une menace pour les États-Unis. L’intérêt du pays exige que l’on sache qui est chez nous et qui y arrive.”» Derrière Laura, les mots s’affichent sur le mur. C’est la méthode Fox : accueil aimable, questions simples (« Jorge ! ») et attaque mortelle. 

 

Lire aussi : Entretien : Mathieu Bock-Côté : « Il suffit à la gauche de se voir contestée pour se croire assiégée »

 

Tucker Carlson : « Ayons le courage de dire ce qui saute aux yeux ! »

Tucker Carlson pratique comme Laura Ingraham la méthode du débat musclé. 50 ans, jovial et toujours prêt à la bagarre, il rit à gorge déployée sans nul mépris de son invité démocrate. S’adressant parfois directement au public, il élargit son propos et demande quel est le problème le plus important pour les États-Unis, à long terme. « Hier, dit Carlson, le but ultime de l’Amérique était la prospérité, jugée en termes de biens de consommation accessibles. Est-ce encore vrai ? Les Américains sont noyés dans les objets, pendant que la drogue, l’alcoolisme et la criminalité se répandent à travers le pays ». Le problème des États-Unis, selon Carlson, n’est plus la prospérité, mais la famille. Il y a 30 ans, rappelle-t-il, les « inner-cities » (quartiers ouvriers) de Detroit, de Baltimore et des autres villes industrielles ont vu les familles traditionnelles disparaître, la plupart des enfants naître hors mariage, les mères-célibataires devenir la règle.

Aujourd’hui, selon Carlson, l’Amérique rurale ressemble aux « inner-cities » du passé.

Le crime, la drogue, le désordre s’installer partout. Aujourd’hui, selon Carlson, l’Amérique rurale ressemble aux « inner-cities » du passé. Deux mondes différents avec le même résultat : baisse du nombre des mariages, augmentation du nombre des enfants nés hors mariage, accroissement du chômage masculin au fur et à mesure que les usines ferment, d’où un effondrement du rôle des pères et tous les désastres qui s’ensuivent, la drogue, l’alcoolisme, l’éducation par la prison. Hier comme aujourd’hui, la famille est en crise, tout le monde le sait, souligne Tucker Carlson, face à la caméra : « Ayons le courage de dire ce qui saute aux yeux, dit-il. Comme ce fut le cas en Union Soviétique, la peur de dire le vrai étouffe la science, l’art, la comédie elle-même. Elle empêche que nous réfléchissions par nous-mêmes ».

 

Lire aussi : Steve Bannon (2e partie) : « L’époque de la droite punching-ball est terminée »

 

Sean Hannity, la démonstration du procureur

Autre méthode : la démonstration du procureur. Il ne s’agit pas de dialoguer, mais de dénoncer. Sean Hannity, un athlète de 57 ans d’origine modeste, qui après avoir travaillé sur des chantiers de construction à New York s’est fait un nom à travers une émission de radio, est le plus apte dans le style. Régulièrement, les Démocrates lancent le mot d’ordre suivant : la crise de la frontière sud, où des centaines de migrants s’engouffrent chaque jour, est « fabriquée » par Trump. Hannity décide logiquement d’en faire le thème de son émission. Il interviewe le président Trump sur la frontière, devant un groupe d’agents de la US Border Patrol (patrouille de la frontière), certains en uniforme, casqués. Au fond, on voit le Rio Grande, que traversent facilement migrants et drogues. Le passage des migrants à travers la rivière est-il un problème fabriqué de toutes pièces ? demande Hannity. Non, répond le président. Non, répètent les agents. 90 % de l’héroïne et autres opioïdes, fabriqués au Mexique, ne passent-ils pas par des points comme celui-ci, qu’aucun mur ne protège ? demande Hannity. 300 Américains ne meurent-ils pas chaque semaine du fait de ces drogues ?

Hannity est, en tout cas, parmi les commentateurs de Fox, l’un des plus efficaces et aussi celui que les Démocrates détestent le plus.

Le président et les agents sont encore d’accord. Ainsi Hannity montre-t-il, sur le terrain, que le mur est nécessaire. Plus loin, dans la même émission, Hannity interroge un groupe de parents qui ont perdu une fille ou un fils du fait d’un migrant, souvent déjà condamné dans son propre pays. Plusieurs de ces meurtres sont le fait d’hommes qui auraient dû être expulsés vers leur pays d’origine. Cette expulsion cependant n’a pas eu lieu, car l’État ou la ville où le crime s’est déroulé a été sanctuarisé, c’est-à-dire placés par une loi locale en dehors de la juridiction fédérale : le meurtrier n’a pas été, de ce fait, livré à la police fédérale. En évoquant le fait que le meurtrier de leur fils ou de leur fille aurait dû être expulsé avant l’agression, les familles établissent elles-mêmes non seulement la relation migration-crime, mais soulignent aussi la malfaisance de la sanctuarisation pratiquée par les Démocrates. La démonstration de Hannity est parfaite. Trop parfaite ? Hannity est, en tout cas, parmi les commentateurs de Fox, l’un des plus efficaces et aussi celui que les Démocrates détestent le plus. D’où un surcroît de célébrité. 

 

Sébastien de Diesbach

 

 

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