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Paul-Marie Coûteaux : « Il n’y a rien de gaulliste dans la politique mitterrandienne »

Directeur de la revue “Le Nouveau Conservateur”, l’ancien député au Parlement européen Paul-Marie Coûteaux est l’auteur d’un “De Gaulle philosophe” (Lattès, 2002) qui fait autorité. Pour lui, l’opposition entre Mitterrand et de Gaulle est d’abord morale.

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© U.S. National Archives

S’il y a une chose qui rapproche François Mitterrand et Charles de Gaulle, c’est leur formation intellectuelle, non ?

Politiquement, ils étaient tous deux imprégnés par l’Action française. De Gaulle a lu l’AF jusqu’en 1938, même si c’était en cachette depuis sa condamnation par Rome, et, dans ses lettres à sa mère, il faisait souvent référence à Charles Maurras, que manifestement il estimait. Sa première sortie publique, dans l’entre-deux-guerres, avait consisté à donner une conférence devant le Cercle Fustel de Coulanges, qui dépendait de l’AF, et son dernier acte public, en 1970, fut d’aller voir Franco à Madrid, à qui il a dit : « Je vous félicite d’avoir fait en Espagne ce que je n’ai pas réussi à faire en France : restaurer la monarchie. » De Gaulle était un monarchiste – ou un Capétien – par toutes ses fibres. Et Mitterrand aussi ! En 1939, François Mitterrand, qui fréquente les cercles d’Action française en Charente comme à Paris, se rend à Bruxelles pour s’incliner devant celui qui fut jusqu’en 1999 le comte de Paris, le grand-père de l’actuel Jean. Quelques mois plus tard, fait prisonnier, il considère que les soldats français captifs sont « les héritiers de cent cinquante années d’erreurs », phrase qui figure dans un texte qu’il a publié en décembre 1942 dans France, revue de l’État nouveau. Après, les divergences entre les deux hommes ont été totales. La hargne de Mitterrand à l’égard de de Gaulle fut absolue et assez irrationnelle, tandis que de Gaulle ne manifesta que du mépris à l’égard de celui que les gaullistes appelaient « l’Arsouille », et cela parfois devant le général sans qu’il ne les reprenne.

Ils se connaissaient depuis quand ?

Ils s’étaient rencontrés en décembre 1943 à Alger. Mitterrand, que le général de Gaulle tenait pour un homme de Giraud, avait obtenu qu’il le reçoive. L’entretien avait tourné court. Mitterrand avait expliqué à de Gaulle qu’il lui fallait avoir plus de contacts avec la Résistance, car cela lui permettrait de mieux comprendre la France. Réplique cinglante de de Gaulle : « M. Mitterrand, pour voir dans quel état est la France, il me suffit de fermer les yeux. » De Gaulle l’avait jugé pour ce qu’il était déjà : un politicien. 

L’opposition est donc plus philosophique que politique ?

L’opposition est morale. La mort dit tout des êtres. Or celle de Mitterrand est à l’exact opposé de celle de de Gaulle. Pensez que de Gaulle est mort octogénaire en 1970 sans avoir vu un médecin depuis son opération en 1964. Ça, c’est le mort d’un chrétien qui ne connaît « ni le jour ni l’heure ». Alors que Mitterrand, qui avait déjà célébré sa victoire dans un cimetière – qu’est-ce que le Panthéon, sinon un cimetière – a consulté des batteries de médecins, et même une thanatologue, lorsque sa maladie l’a envahi.

C’est une erreur de croire que Mitterrand a voulu se rattacher à l’histoire de France. Il n’a pas de bilan, sauf un bilan moral, emblématique de l’égocentrisme moderne

Dans les dernières années de son règne, l’Élysée était devenu un véritable hôpital, et, quelques jours avant sa mort, il se traînait à Louxor, devant les tombeaux des rois et reines. Qu’est-ce que cela signifie ? Que François Mitterrand ne s’intéressait à rien d’autre qu’à lui-même, qu’à la seule chose qui l’avait toujours mû : ce qui pouvait amplifier son pouvoir et son emprise sur les êtres. Il ne raccrochait sa vie de mortel à rien qui soit métaphysique, pas même la France. C’est une erreur de croire que Mitterrand a voulu se rattacher à l’histoire de France. Il n’a pas de bilan, sauf un bilan moral, emblématique de l’égocentrisme moderne.

Placez-vous ses doubles obsèques dans cette quête égocentrique ?

Évidemment ! C’était dans ses gènes. Il a fallu qu’il tente le coup de la mise en scène des « deux corps du roi », de Kantorowicz : le mortel à Jarnac, l’immortel à Notre-Dame. Mais pour que cela réussisse, il aurait fallu quelque chose qui le dépassât. Or il n’y a pas eu, il y avait trop d’insincérité chez lui. Mitterrand est un réaliste, de Gaulle un idéaliste, ils ne peuvent pas se comprendre.

Expliquez-nous ça un peu plus…

Le réalisme est une qualité mais il peut conduire à l’à-plat-ventrisme devant les rapports de force. À cela, de Gaulle oppose un réflexe idéaliste au sens essentialiste de Platon : il ne tient pas la réalité telle qu’elle est pour l’alpha et l’oméga et il pense que ce qui doit dominer, ce sont les idées. De Gaulle est un platonicien : il se fait une idée de la France éternelle. Qu’est-ce que le 18 juin ? Impossible de le comprendre pour un réaliste à la Mitterrand. Le 18 juin 1940, la réalité, c’est la mort du pays. Mais de Gaulle dit : il y a une vérité supérieure à la réalité, et elle est immuable, c’est l’éternité de la France[...]

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